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Tribune

Paléo : Emilie Zoé vs. Lana Del Rey (arbitré par Twenty One Pilots et Cyril Cyril)

© Paléo / Marc Amiguet

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Et si le véritable intérêt du Paléo Festival n’était plus aux immenses têtes d’affiche et aux grandes scènes, mais plutôt aux scènes annexes, aux concerts sauvages et aux artistes à découvrir ?

Après trois jours brûlants sur la plaine de l’Asse, je rentre du Paléo avec une multitude d’images et de sons dans la tête. Dans mes souvenirs marquants, pas de -M-, pas de Charlotte Gainsbourg et encore moins de Lana Del Rey.

Globalement, les grandes scènes n’ont pas été très excitantes. Peut-être en attendais-je trop ? Sûrement. Toujours est-il que le concert sauvage de Cyril Cyril au milieu des arbustes de la HES-SO a été bien plus captivant et fascinant que la prestation de -M-, perdu au milieu de ses automates entre ses divers accoutrements et sa foule de guitares. Il faut dire que les deux genevois Cyril Bondi et Cyril Yeterian avaient fière allure, l’un arborant chapeau et banjo, l’autre, lunettes et baguettes. Source de légèreté et de réconfort sous ce soleil de plomb, je quitte ce concert bien trop court, rafraîchi et revigoré par ces mélodies entêtantes. J’ai faim !

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Une fois rassasié – quelques falafels sur leur lit de quinoa, accompagnés d’une julienne de légumes d’été, le tout enrobé d’une délicieuse sauce aux… bref. Je vais écouter Bertrand Belin. Le dandy aux paroles minimalistes se déhanche anachroniquement sous la tente du Détour avant d’entamer une parodie de discours politique. Président ou dictateur, le temps d’une chanson, le grand blond nous regarde de haut, nous méprise, nous ordonne… Le jeu d’acteur est exceptionnel, les sons sont minutieusement choisis, la musique semble être un tapis volant sur lequel Bertrand Belin se prélasse. C’est fameux.

Il ne se passe pas grand-chose, puis mon téléphone vibre dans ma poche, une amie m’écrit «On est à Hubert Lenoir c’est trop bien». Je pars la retrouver, quand soudain je tombe sur un fou furieux torse nu et maquillage noir autour des yeux. C’est Hubert. Sûrement le fruit de la rencontre entre un punk et une stripteaseuse. Flirtant toujours dangereusement avec le mauvais goût sans jamais tomber dedans pour autant, le Québécois enchaîne hurlements et refrains hauts perchés avec une énergie sans précédent. La prestation est aussi intense qu’incompréhensible. Le jeune fou de 23 ans grimpe sur la structure du Dôme, lance un Smell Like Teen Spirit hasardeux, hurle une dernière fois «Je m’appelle Hubert Lenoir, motherfucker !», puis le silence revient d’un coup. Je n’ai rien compris à ce qu’il m’est arrivé, je n’ai pas vu mon amie mais qu’importe, maintenant j’ai envie d’être pote avec Hubert.

Jeudi, je suis venu tôt, il fallait absolument que je voie Emilie Zoé. En novembre dernier, la chanteuse sortait «The Very Start» un deuxième album aux sonorités lo-fi rock envoûtantes.

Accompagnée de son batteur et meilleur ami Nicolas Pittet, Emilie apparaît sur la scène du Club Tent, toute de noir vêtue. Elle prend sa première guitare, et très vite, c’est parti : 6 O’Clock, The Tiger Song… Les chansons s’enchaînent et c’est magnifique. Une douce violence sort de la scène. Tout est si simple et si épuré. Il n’y a rien de trop, chaque élément semble avoir été longuement réfléchi sans pour autant perdre une once de spontanéité. La batterie sonne gigantesque et lorsque qu’Emilie pose le pied sur son octaver, sa guitare explose et va transpercer les âmes de chacun. À ce moment-là, il n’y a plus de Paléo, plus de chaleur, l’espace-temps a été arrêté, il ne reste plus que les deux musiciens et leur public.

Entre deux chansons, je repense à Lana Del Rey, qui chantait la veille sur la Grande Scène. Je me demande si elle n’aurait pas dû venir s’inspirer un peu de ce concert et de sa simplicité. Finalement, un spectacle avec juste des musiciens et leurs instruments ne vaut-il pas mieux que l’immense show millimétré derrière lequel se cachait Lana ?

Même si les petites scènes et les concerts sauvages m’ont enthousiasmé, même si certaines têtes d’affiche n’ont pas répondu à mes trop grandes attentes, cela ne veut pas dire qu’il faut fermer la Grande Scène. Lomepal, Twenty One Pilots, ou encore Xavier Rudd et bien d’autres ont montré que faire les choses en très grand, ça a aussi du bon.


Le 44e Paléo Festival se déroule du 23 au 28 juillet 2019, à Nyon. Infos, bourse au billets et programme complet sur www.paleo.ch.

Actu

Ceci pourrait être l’article d’une femme*

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Le 14 juin 1991 a eu lieu la première "Grève des femmes*" – Image : Keystone

Aujourd’hui, partout en Suisse a lieu la «Grève des femmes*». Sensible à la cause, Slash Média se fait porte-voix du manifeste rédigé en décembre 2018 par les Collectifs romands pour la grève féministe et des femmes.

Un peu partout dans le monde, nous assistons à un renouveau des mouvements féministes : #metoo a contribué à diffuser et libérer la parole des femmes* et, grâce aux réseaux sociaux, a eu un écho planétaire.

En Suisse aussi, le sexisme, les inégalités et les violences à l’encontre des femmes* persistent, malgré un discours politiquement correct sur l’égalité et bien que l’égalité soit inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1981.

«Les femmes bras croisés, le pays perd pied !»

Au pays de la prétendue paix du travail, les femmes ont déjà fait une grève qui a mobilisé 500’000 personnes ! C’était le 14 juin 1991, dix ans après l’entrée en vigueur de l’article constitutionnel sur l’égalité. Ce jour-là, les femmes ont croisé les bras : la grève a eu lieu non seulement sur les lieux de travail, mais aussi dans les foyers, où elles ont arrêté de faire le ménage, ont suspendu leurs balais aux fenêtres, n’ont pas cuisiné ni pris en charge les enfants.

La grève des femmes de 1991 avait surpris tout le monde. Un immense élan vers l’égalité avait secoué le pays : nous avons depuis lors obtenu des résultats concrets comme une Loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, un congé maternité, le splitting et le bonus éducatif dans l’AVS, la solution dite des délais en matière d’avortement, des mesures de lutte contre les violences domestiques.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouvel élan ! Le 22 septembre 2018, 20’000 femmes* et hommes solidaires ont manifesté à Berne pour l’égalité et contre les discriminations. Le début d’une mobilisation que nous voulons poursuivre jusqu’à la grève féministe et des femmes* le 14 juin 2019 !

L’égalité stagne : les femmes* se mobilisent !

Nous sommes toutes exposées au sexisme, aux discriminations, aux stéréotypes et aux violences, sur le lieu de travail, à la maison ou dans la rue. Mais nous savons que des oppressions spécifiques basées sur l’appartenance de race, de classe ou sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre se combinent, si bien que certaines d’entre nous peuvent subir des discriminations multiples. Faire vivre la solidarité entre les femmes* du monde entier, c’est un des objectifs de notre grève.

Fortes de nos diversités, nous refusons toute instrumentalisation de nos luttes, notamment à des fins racistes. Nous revendiquons le droit de vivre libres dans une société qui garantit des droits égaux pour toutes*.

Durant ces vingt dernières années, nous avons assisté à la montée des politiques néolibérales: les services publics ont été remis en cause, les prestations ont été réduites, des secteurs comme la santé ont été soumis à la logique marchande, les conditions de travail et de retraite ont été péjorées. L’économie capitaliste veut maximiser les profits au détriment de l’être humain et de l’équilibre écologique. Les femmes* sont les premières à en souffrir en tant que travailleuses précaires, migrantes ou encore mères, souvent seules responsables du foyer et des enfants.

Comme le disent les Islandaises: «Ne changeons pas les femmes, changeons la société !». Car l’égalité ne peut se réaliser dans un monde où seul compte l’argent, mais nécessite de construire une société où ce qui compte est le respect et le bien-être de chaque être humain.

Un mois avant la journée de la “Grève des femmes*”, des actions ont eu lieu dans toute la Suisse. Ici, à Genève – DR

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Le 14 juin 2019, nous nous mettrons en grève sur nos lieux de travail, dans nos foyers et nous occuperons l’espace public

Parce que nous en avons assez des inégalités salariales et des discriminations dans le monde du travail. Parce que nous voulons des rentes qui nous permettent de vivre dignement. Parce que nous voulons que le travail domestique, éducatif et de soins soit reconnu et partagé, de même que la charge mentale. Parce que nous nous épuisons à travailler, nous voulons réduire le temps de travail. Parce que le travail éducatif et de soins doit être une préoccupation collective. Parce que nous revendiquons la liberté de nos choix en matière de sexualité et d’identité de genre. Parce que notre corps nous appartient, nous exigeons d’être respectées et libres de nos choix. Parce que nous refusons la violence sexiste, homophobe et transphobe, nous restons debout ! Parce que nous voulons que la honte change de camp.

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Parce que lorsque nous venons d’ailleurs, nous vivons de multiples discriminations. Parce que le droit d’asile est un droit fondamental, nous demandons le droit de rester, lorsque nos vies sont en danger. Parce que l’école est le reflet de la société patriarcale, elle renforce les divisions et les hiérarchies fondées sur le sexe. Parce que nous voulons des cours d’éducation sexuelle qui parlent de notre corps, du plaisir et de la diversité sexuelle. Parce que les espaces relationnels doivent devenir des lieux d’échange et de respect réciproque. Parce que nous vivons dans une société qui véhicule des représentations stéréotypées de «la femme».

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Parce que nous, actrices culturelles, sommes trop souvent peu considérées et reconnues. Parce que les institutions ont été conçues sur un modèle patriarcal et de classe dans lequel nous n’apparaissons qu’en incise. Parce que nous sommes solidaires avec les femmes du monde entier. Parce que nous voulons vivre dans une société solidaire sans racisme, sans sexisme, sans homophobie et sans transphobie.

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, nous ferons grève le 14 juin 2019 !


La «Grève des femmes*» a lieu le 14 juin 2019 dans toute la Suisse www.frauenstreik2019.ch.

Femme* : toute personne qui n’est pas un homme cisgenre (soit un homme qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance).

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Actu

“Maman, j’ai raté l’avion”, version PLR

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© 20th Century Fox

COMMENTAIRE. Tout juste remis de leur cuisante défaite zurichoise, le #TeamFDP ou PLR (si jamais l’organe communication du parti oubliait à nouveau que la Romandie est en Suisse) se lance dans l’industrie juteuse de l’écologie.

Il paraît que l’on apprend de ses erreurs. Généralement, cette citation a le mérite d’être avantageuse. Mais pas tout le temps. Dans le cas précis du revirement écologique du PLR, cela ressemble plutôt à un «changeons notre fusil d’épaule». Car oui, le parti de droite s’intéresse à cette problématique désormais. Dès le vendredi 29 mars, les libéraux-radicaux ont lancé un sondage parmi leurs 120’000 adhérents sur les attentes écologiques de ceux-ci.

«Le PLR n’a pas été compris»

Benoît Genecand (PLR, GE), conseiller national et membre de la commission de l’environnement, a répondu aux questions de La Liberté (29.03.2019). À propos de l’échec au Conseil national de la loi sur le CO2, il a déclaré : «Le PLR n’a pas été compris». Alors, cher Monsieur, je crois plutôt que c’est vous qui n’avez pas compris. Les jeunes d’aujourd’hui (pas tous, mais beaucoup tout de même) désirent des actions concrètes.

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Ce monde que vous quitterez sûrement plus tôt que nous change et il ne faut pas le laisser agoniser. Non, la Suisse ne peut pas modifier le futur du climat à elle seule. Oui, la réussite économique de notre pays (qui nous permet tout de même de vivre dans un certain confort) a nécessité certaines décisions pas des plus vertes. Mais nous pouvons être un exemple. Nous pouvons tenter (au moins cela) de coupler réussite économique et respect de l’environnement. Pas en un jour  ni en une année. Mais cela vaudrait le détour d’y réfléchir. Votre intérêt subit pour l’écologie n’est point à blâmer. Votre timing, oui.

Pourquoi s’y intéresser uniquement après une défaite ? Votre puissance politique est-elle plus importante que vos idées ? Car si vous avez bel et bien raté l’avion sur ce sujet, il n’est jamais trop tard pour prendre le prochain train.

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