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Concerts

Au Paléo, Docteur Chedid et Mister M

© Paléo / Ludwig Wallendorff

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Mercredi soir, le multi-instrumentiste, véritable showman, a fait de la Grande Scène de Paléo son royaume.

Au Paléo, mercredi soir, on y a vu un vrai concert de M. Avec du grand Matthieu Chedid dedans. «Un véritable spectacle son et lumière», comme diraient les producteurs influents de la décennie passée.

Tout seul dans l’arène

Quelques notes acides à la guitare et une entrée en scène faite de «ah», de «ouh» et de «mh» qui lui sont propres. M est là, vit, le manteau blanc, les santiags or et l’allure survoltée.

Derrière lui, Chedid. Poète. Comme son père, Louis. Comme sa grand-mère, Andrée. Comme lui-même, Matthieu, découvert, timidement égocentrique, dans les notes du Baptême.

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L’un a quarante-sept printemps, l’autre vingt-deux. L’un regarde les autres, l’autre se regarde lui. Une seule chose les rassemble : tous deux ont ce besoin irrépréhensible de partager la musique. Celle d’hier et d’aujourd’hui. Peut-être même de demain.

Devant le parterre de la plaine de l’Asse, il dit «aime», M. Il s’aime, M. Si bien qu’il en supprime ses musiciens ; remplacés par des automates. Un pour chaque instrument. Une batterie loquace, une autre plus austère, la folie d’un vieux piano et la fiabilité pérenne de moult autres androïdes.

© KEYSTONE / Salvatore Di Nolfi

Coiffé-décoiffé

Mais dans le monde de Matthieu, le son n’est pas seul. Non, ici et là, l’image, la mise-en-scène et les artifices y ont une place de choix. Au milieu de six changements de costumes et de onze guitares, M se réapproprie «son» Paléo au travers de lumières hypnotiques, de ses coiffes impeccables et d’un culte du moi altruiste.

Avec un final composé de Machistador et de Bal de Bamako, Docteur Chedid et Mister M s’effacent presque, laissant la place aux techniciens de la Grande Scène. Ainsi, pendant près de vingt-cinq minutes, la «Golden Team» s’épuise dans une battle de danse.

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Dans la lumière écarlate du plateau, Matthieu disparaît, on ne sait trop comment. Quelques instants avant M, qui lui, mimant une fusée, s’enfonce dans les coulisses du festival nyonnais. Messieurs, merci.


Le 44e Paléo Festival se déroule du 23 au 28 juillet 2019, à Nyon. Infos, bourse au billets et programme complet sur www.paleo.ch. 

Concerts

Joan Baez, les adieux montreusiens

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© 2019 FFJM / Lionel Flusin

Hier soir, l’Américaine a envoûté le fervent public du Stravinsky de Montreux avec un concert d’une touchante simplicité et d’une rare honnêteté.

Salle noire, courte musique d’introduction et déjà la reine de la folk apparaît dans le faisceau des projecteurs. Saluée par l’ovation d’une foule conquise, la chanteuse entame très vite Don’t Think Twice, chanson de son vieil amour Bob Dylan, avant d’enchaîner avec Last Leaf de Tom Waits.

Joan Baez, sa voix n’est plus exactement la même ; son chant est désormais habité d’un grain sublime et dégage une fragilité émouvante. Ses doigts, eux, courent sur les cordes de sa guitare, avec une étonnante facilité. On comprend mieux pourquoi Dylan jalousait tant son picking si fin, si précis.

Joan Baez, sur la scène de l'Auditorium Stravinski, mercredi soir

Joan Baez était sur la scène de l’Auditorium Stravinski, mercredi soir. – © 2019 FFJM / Lionel Flusin

Entre les morceaux, la New-Yorkaise s’exprime le plus souvent en français. Se moquant de son âge, ainsi que celui de son public, elle se remémore son concert à Woodstock et les chansons qu’elle chantait avec sa sœur Mimi.

Entourée de trois musiciens, dont son fils Gabriel Harris aux percussions, Joan interprète un répertoire varié, tant dans l’époque que dans le genre. De Farewell Angelina (Bob Dylan) à Another World (Antony and the Johnsons), en passant par d’opérants chants faisant écho à l’abolition de l’esclavage, la septuagénaire continue sans cesse de délivrer un message de paix et d’humanisme.

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Évoquant, avec The President Sang Amazing Grace, la tuerie de Charleston aux États-Unis, dans laquelle un suprémaciste blanc avait abattu plusieurs paroissiens noirs dans une église de la ville, mais aussi la cause des femmes avec Silver Blade, la chanteuse semble plus engagée que jamais.

Que ce soit pour la cause des noirs aux côtés de Martin Luther King ou contre la guerre d’Indochine à Hanoi, Joan Baez s’est toujours battue pour la tolérance et la paix. Et si sa voix ne chantera bientôt plus, il y a fort à parier qu’elle continuera à porter son engagement à travers le monde.

Le concert touchant à sa fin, Joan Baez entonne The Boxer de Paul Simon, puis reprend l’hymne Imagine de John Lennon. L’audience, ravie, chante à pleine voix. Après plusieurs rappels, Joan revient seule sur scène pour Fare Thee Weel, titre de son premier album sorti en 1960 (Joan Baez).

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Adieu mes amis chante-t-elle enfin en français, rendant, ainsi, un hommage certain à sa contemporaine Nana Mouskouri. Ce sera la dernière chanson de la reine, son ultime concert au Montreux Jazz ; une page se tourne. Un immense merci, Joan Baez.


Le 53e Montreux Jazz se déroule du 28 juin au 13 juillet 2019  www.montreuxjazzfestival.com.

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Concerts

Montreux Jazz Festival : Fatoumata Diawara, Mama Africa

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© 2019 FFJM / Anne-Laure Lechat

Attendue vendredi soir au Montreux Jazz Festival, la chanteuse malienne a embrasé la première soirée du Lab.

Pour le pogo, repasser. On le comprend sitôt parvenu aux abords du Montreux Jazz Lab : ce soir, on ne parie sur aucun tumulte. Et c’est sans doute ce que le public de cette première soirée du festival de la Riviera prévoit. Sur scène, avec la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, la place est à la sagesse, la militance et au multiculturalisme.

Tempérée par la venue prochaine d’un deuxième enfant, l’artiste de 37 ans assure tout de même le spectacle. Peut-être au moyen de son nouvel habillage scénique dépouillé, mais surtout grâce à son charisme et sa sapience. «En français, j’imagine ?», demande la chanteuse, le sourire large. En guise de bonsoir, le parterre du Lab acquiesce.

Folk wassoulou

Elle sait tout faire, Fatoumata Diawara. Tantôt à la gratte, tantôt à la voix, tantôt au sifflet, elle vole, virevolte. Porteuse d’un militantisme éthéré, celle que l’on a découverte en 2017 avec «Lamomali», projet musical du Français M, étonne par sa vigueur.

Fatoumata Diawara sur la scène du Montreux Jazz Lab, vendredi soir.

Fatoumata Diawara sur la scène du Montreux Jazz Lab, vendredi soir. – © 2019 FFJM / Anne-Laure Lechat

Sa musique, elle aussi, brille de mille feux. Lorsqu’elle n’interprète pas Karaba, la sorcière de la comédie musicale Kirikou, sur scène, la Malienne s’enivre de rythmes afrobeat à la Fela Kuti, de folk et d’une singulière pop convoyée par des chants wassoulous. Une eurythmie délicate et savante, source de «Fenfo», un deuxième album sorti au printemps 2018 et produit également par Chedid – attendu, lui, en clôture du festival au côté de Quincy Jones.

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Vêtue d’une gandoura rouge, Diawara s’empare de son espace, nous compte ses nombreux combats, notamment pour l’émancipation des femmes ou l’accès à l’éducation, et enchaîne des dabs magistraux. Frustrée de ne pas pouvoir le faire, elle invite le public montreusien à «retourner son week-end» en sautant sur le tempo soutenu de Bonya.

Vox Africa

Un chasse-mouche baoulé dans une main, le «micro des sans-voix» dans l’autre, durant son concert, Fatoumata se fait la vox populi du Mali. «Son» Mali. Un pays dont elle souhaite faire remonter des notes positives. «Lorsque l’on entend parler de l’Afrique, c’est toujours en temps de guerres, de famines… Moi, ce soir, je veux être la voix de celles et ceux qui ne l’ont pas et qui réalisent malgré tout des choses magnifiques», entonne la chanteuse en prologue de Nterini.

Désireuse de rendre hommage à Nina Simone, «l’une des plus grandes femmes de l’Histoire», Fatoumata Diawara se lance dans une réinterprétation pêchue de Sinnerman. Le public du Lab, plongé dans un silence monacal, savoure.

Brusquement, comme rattrapée par sa setlist, la chanteuse laisse place à la soul des sœurs franco-cubaines d’Ibeyi. Un geste de la main, puis, toujours avec la même élégance, elle disparait alors, tout comme ses musiciens, dans les coulisses sinueuses du Miles Davis Hall. Fatoumata, merci.


Le 53e Montreux Jazz se déroule du 28 juin au 13 juillet 2019  www.montreuxjazzfestival.com.

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