À voir ce week-end : Florence Pugh, Gillian Anderson et Marina Vlady mises à l’honneur

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Deux sorties culturelles attirent l’attention : au cinéma, Emmanuel Marre livre un film d’atmosphère qui interroge la compromission sous le régime de Vichy ; en streaming, Zoe Kazan propose une vaste adaptation du roman de John Steinbeck, portée par Florence Pugh. Les deux projets misent sur une écriture dense et des interprétations marquantes.

Au cinéma : un portrait glacial de la compromission

Notre Salut, signé Emmanuel Marre, plonge le spectateur au cœur d’une France occupée filmée de très près. Le parti-pris formel — caméra très mobile, éclairage frontal et atmosphère aux teintes blafardes — confère au film une proximité presque documentaire.

Décor de film d'époque évoquant la France occupée, éclairage frontal et teintes pâles
Notre Salut mise en scène avec un éclairage frontal et une atmosphère blafarde.

Le récit suit Henri Marre, interprété par Swann Arlaud, un homme terne et adaptable qui cherche sa place dans un système en décomposition. Il n’apparaît pas comme un « grand méchant » : sa dangerosité tient plutôt à sa capacité à se fondre dans le décor et à accepter les compromis.

La voix-off de sa femme, Paulette, campée par Sandrine Blancke, apporte un contrepoint incisif : ses lettres, douces en apparence, frappent avec une ironie mordante. Le film avance vers ce que l’on pourrait appeler un double effondrement, à la fois moral et affectif.

En montrant la France des années 1940 avec une immédiateté qui résonne, Notre Salut invite à une réflexion sur la banalité du renoncement. La suggestion implicite — que ce type d’attitude peut nous concerner collectivement — reste l’un des aspects les plus troublants de la mise en scène.

Sur les écrans : une fresque fidèle et renouvelée

À l'est d'Eden, adapté par Zoe Kazan, se présente comme une relecture ambitieuse du roman de John Steinbeck. Déployée sur sept épisodes, la série embrasse l’ensemble de la saga familiale des Trask avec une ampleur que le film de 1955 ne pouvait atteindre.

Scène dramatique d'une série familiale, personnages dans un intérieur ancien
À l’est d’Eden, une fresque familiale portée par Florence Pugh.

Cette version recentre le regard sur Cathy, la figure manipulatrice du roman, incarnée avec intensité par Florence Pugh. La série n’hésite pas à approfondir les zones d’ombre du personnage, offrant une lecture plus complète et nuancée.

Autre choix notable : le traitement de Lee, le domestique chinois des Trask, qui se voit ici attribuer une place plus centrale. Ce déplacement de perspective confère à l’adaptation une fraîcheur contemporaine tout en restant fidèle aux thèmes originels du roman.

La réalisation et l’écriture affichent une ambition formelle et narrative : on retrouve une mise en scène soignée et des dialogues ciselés qui servent la portée dramatique de la fresque.

À l’est d’Eden est disponible en streaming sur Netflix.

Pourquoi lire ou voir ces œuvres aujourd’hui ?

Les deux propositions partagent une même volonté : regarder le passé pour mieux interroger des ressorts humains intemporels — compromission, manipulation, responsabilité individuelle. L’une le fait par une immersion presque documentaire, l’autre par une vaste relecture romanesque. Dans les deux cas, l’intérêt tient autant aux choix de mise en scène qu’aux performances des comédiens.

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