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Le film d’horreur Saccharine, en salles françaises depuis le 3 juin 2026, met en scène une jeune femme souffrant d’hyperphagie. Sa réception montre combien la pop culture peine encore à proposer des portraits nuancés et fidèles des troubles du comportement alimentaire (TCA).
Un trouble courant mais mal connu
L’hyperphagie boulimique se caractérise par des épisodes d’ingestion massive et incontrôlée, souvent associés à un fort malaise psychique. La nourriture y joue un rôle apaisant et distractif, remplaçant temporairement une souffrance intérieure.
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Au cinéma, l’hyperphagie est toujours réduite à un cliché
En France, ce trouble toucherait entre 3 et 5 % de la population, contre environ 1,5 % pour la boulimie et 1 % pour l’anorexie. Pourtant, il reste fréquemment méconnu, y compris par les personnes elles‑mêmes, ce qui retarde bien souvent le diagnostic.
Des images stéréotypées à l’écran
Des chercheuses américaines ont examiné la façon dont cinéma et séries représentent ces troubles. Lucy Bassett, professeure à l’université de Virginie, et sa coautrice Maya Ewart ont recensé les personnages de la pop culture souffrant d’un TCA entre 1981 et 2022 et publié leurs conclusions en septembre 2023 dans le Journal of Eating Disorders.
Leur constat est net : les fictions offrent pour la plupart des portraits simplifiés et sensationnalistes, souvent déconnectés des données cliniques. Les personnages concernés sont majoritairement décrits comme de jeunes femmes blanches et minces, tandis que les hommes, les personnes racisées, les personnes âgées et les personnes LGBT+ demeurent largement sous‑représentés.
Une idée répandue dans ces fictions est aussi d’associer automatiquement certains TCA à un physique précis — l’hyperphagie au « corps gros », l’anorexie à l’extrême maigreur — alors que la réalité clinique est plus complexe.
Des clichés qui minimisent la souffrance
À l’écran, l’anorexie est souvent surreprésentée alors qu’elle reste statistiquement moins fréquente que d’autres TCA. La boulimie, elle, est parfois banalisée ou caricaturée dans des productions adolescentes. Quant à l’hyperphagie, elle est fréquemment traitée comme un ressort comique ou moralisant, plutôt que comme un trouble lié à un mal‑être psychologique.
Plusieurs exemples parlants existent : des œuvres grand public comme Black Swan (2011) ou le film Je vais bien, ne t’en fais pas (2006) contribuent à des images très marquées de l’anorexie. Dans d’autres cas, le surpoids est instrumentalisé pour ridiculiser ou déshumaniser un personnage — scènes en costumes grossissants ou prothèses caricaturales n’aident pas à comprendre la réalité des compulsions alimentaires.
Quand l’horreur choisit le spectacle
Le nouveau film Saccharine, de la réalisatrice australienne‑américaine Natalie Erika James (auteur de Relic, 2020), illustre ces écueils. Il suit Hana, une étudiante en médecine incarnée par Midori Francis, aux prises avec des épisodes d’alimentation compulsive et une forte aversion de son corps.
Plutôt que d’explorer son intériorité, le film multiplie les plans centrés sur l’aspect physique et intensifie les bruits de mastication, créant un effet de répulsion. Le monstre qui hante le personnage prend la forme d’un cadavre obèse, choix visuel et symbolique qui a suscité de la critique pour son ton sensationnaliste.
Le cas récent de The Whale (2022) illustre le même risque : Brendan Fraser y joue un homme de 272 kilos via prothèses et effets numériques. Certains choix esthétiques — musique, design sonore, cadrages — transforment le personnage en spectacle grotesque plutôt qu’en portrait empathique.
Des conséquences concrètes pour les personnes concernées
Ces images ont un effet sur la perception publique et sur la capacité des personnes à se reconnaître dans un trouble. Quand les fictions présentent des cas extrêmes ou moqueurs, beaucoup se disent qu’elles « ne sont pas comme ça » et n’envisagent pas d’aide. Or le déni est déjà un obstacle majeur au diagnostic et au soin.
Lucy Bassett alerte : des représentations inexactes renforcent la stigmatisation et peuvent empêcher des personnes touchées de demander de l’aide ou d’être prises au sérieux par les professionnels.
Quelques portraits plus nuancés existent
Tout n’est pas noir : certaines œuvres traitent des compulsions alimentaires avec sensibilité. Dans A Ghost Story (2017), une longue scène filme une femme mangeant une tarte entière sans sensationnalisme, mettant en relief le vide affectif plutôt que le ridicule.
Les séries, en particulier, ont parfois davantage de place pour développer des récits complexes. Mad Men aborde la compulsion et la honte à travers Betty Draper ; Skins a offert un personnage d’anorexie marquant avec Cassie. Plus récemment, Heartstopper (depuis 2022) présente Charlie, un jeune homme gay aux prises avec un trouble alimentaire, un personnage dont la création a impliqué l’association britannique Beat pour assurer l’authenticité.
Un appel à des représentations plus responsables
Pour Lucy Bassett, les médias disposent d’une responsabilité et d’une marge de manœuvre pour raconter ces histoires autrement. Si la représentation de la santé mentale générale s’est améliorée ces dernières années, les TCA restent souvent traités de façon réductrice.
Améliorer la représentation des troubles du comportement alimentaire sur les écrans ne relève pas seulement de la justesse artistique. C’est aussi une question de santé publique : de meilleures fictions peuvent favoriser la compréhension, réduire la stigmatisation et encourager des parcours de soin.













