Ex-boulangère Carmen Enciso jugée pour le démembrement de son conjoint, très isolée au procès

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Du 3 au 5 juin 2026, la cour d’assises des Pyrénées‑Orientales a examiné le passé et la personnalité de Carmen Enciso, 62 ans, mise en examen pour le meurtre et le démembrement de son compagnon, François Vigouroux, disparu en 2022 à Ille‑sur‑Têt. Le procès a alterné récits personnels et éléments de contexte destinés à éclairer les jurés sur la vie de l’accusée.

Une audience chargée d’émotion

La salle d’audience provisoire était comble dès la matinée du 3 juin. La lumière filtrait par les grandes vitrines et le stress se lisait sur certains visages: une jurée, récemment récusée, a poussé un soupir avant de reprendre sa place. Dans le box des prévenus, Carmen Enciso, 62 ans, attendait, les cheveux roux attachés en queue de cheval.

Comme souvent en assises, l’instruction a commencé par un portrait de la personne mise en cause: enfance, parcours professionnel, relations familiales et comportements observés par les enquêteurs et les experts.

Origines et premières responsabilités

La famille Enciso a quitté l’Andalousie pour la France en 1970 et s’est installée à Saint‑Paul‑de‑Fenouillet. Le père, maçon, imposait une discipline stricte. Carmen, aînée des filles, raconte avoir assumé tôt de nombreuses tâches domestiques: acheter le pain tous les matins, dormir vétue faute de chauffage central, aider ses sœurs.

À l’école, la langue française a été un obstacle. Une institutrice reste, dans son récit, un repère: c’est elle qui l’a guidée dans l’apprentissage. Très vite, la jeune fille fixe un objectif: décrocher le certificat d’études.

La pâtisserie comme échappée

Une voisine du village, Annie, qui préparait et vendait des croquants au marché, a introduit Carmen à la pâtisserie. Les mercredis après‑midi, dans la cuisine d’Annie, elle apprend à travailler les biscuits et reçoit même quelques pièces en récompense. Cette initiation l’oriente vers un métier.

À 15 ans, elle décroche un CAP en boulangerie malgré des débuts laborieux. Elle est appréciée par ses employeurs, jusqu’à un incident: un contremaître ivre a vomi dans une pâte, mais les produits ont néanmoins été mis en vente. Carmen quitte alors son emploi sans explication. L’experte psychologue entendue à l’audience a souligné le ressentiment durable que cette affaire lui aurait laissé.

Vie familiale et engagements

À 18 ans, Carmen épouse Charles, avec qui elle aura trois filles: Deborah, Caroline et Naomi, née en 1999. Le couple tient une boulangerie et assure la fourniture de pain et viennoiseries pour plusieurs villages. Charles se reconvertit ensuite comme tractoriste viticole; Carmen s’investit parfois comme aide à domicile auprès d’un couple âgé qu’ils finissent par accueillir chez eux.

Aux débuts des années 2000, elle devient assistante familiale et accueille deux petites filles placées par l’Aide sociale à l’enfance. Après la sortie de détention de la mère, les enfants sont restitués: Carmen décrit ce moment comme «un coup de couteau dans le dos». Elle a ensuite nié les accusations de complicité d’enlèvement quand celles‑ci lui ont été reprochées.

Maladie, épuisement et reconversions

En 2013, le diagnostic de cancer est posé pour Charles. La maladie et les traitements modifient son comportement, selon Carmen, qui évoque des consommations d’alcool et de fortes doses de morphine. Le couple est contraint de céder la boulangerie; ils achètent une maison dans l’idée d’en faire un gîte.

Deborah aide sa mère à reformuler son CV, ce qui lui permet d’obtenir un poste de responsable pétrin. En 2018, la santé de Charles se détériore à nouveau avec des métastases osseuses. Carmen quitte son emploi pour s’occuper de lui: elle parle d’absences nocturnes, de chutes à relever et d’incidents domestiques, tout en assurant qu’elle n’a jamais subi de violence physique directe.

Rencontre avec François Vigouroux

En 2018, Carmen fait la connaissance de François Vigouroux, électricien travaillant en Andorre et père d’un fils, Quentin. L’homme, décrit par son entourage comme réservé et protecteur, propose à Carmen un appartement à Ille‑sur‑Têt si elle a besoin d’un toit. Leur relation évolue rapidement: amis, puis amants au printemps 2019.

Quentin, le fils de François, a rapporté une différence de tempérament entre son père — «la force tranquille» — et Carmen, plus spontanée. Malgré tout, il dit avoir été heureux de la voir présentée à son père.

Derniers mois avant la disparition

Après le décès de Charles en 2020, Carmen s’installe chez François à Ille‑sur‑Têt. La compagne affirme que l’homme lui laissait «sa liberté», et la famille de François conserve des clefs pour intervenir en cas d’absence liée à son travail en Andorre.

Au printemps 2022, Quentin perçoit un déclin de l’état de santé de son père: prise de poids, essoufflement, difficultés à se déplacer. Mireille, l’ex‑épouse, veille à l’approvisionnement des traitements cardiaques. En mai 2022, François contracte le Covid‑19; les échanges de textos de cette période semblent inhabituels au fils.

Le 26 mai 2022, Quentin se présente à 19h comme convenu. Carmen ouvre la porte et explique que son père est parti faire du vélo. Elle propose un apéritif. François n’est pas rentré à l’heure attendue. Quentin a décrit en cour la transformation physique et morale de Carmen ce soir‑là: de l’étonnement à l’angoisse, jusqu’aux larmes, alors qu’elle continuait à soutenir le récit du départ à vélo.

Ce que le procès cherche à établir

Les premiers jours d’audience ont visé à reconstituer le parcours et le caractère de l’accusée pour aider les jurés à comprendre le contexte humain autour de la disparition de 2022. Les débats doivent maintenant s’attacher aux faits matériels et aux éléments d’enquête qui conduisent à la mise en cause de Carmen Enciso.

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