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Depuis 2025, des vidéos générées par intelligence artificielle permettent à des proches de soldats russes tués en Ukraine de voir — et parfois d’enteriner — des images de leurs disparus. Ce marché en ligne, relayé sur les réseaux sociaux, interroge à la fois la frontière entre consolation et exploitation et soulève des questions éthiques profondes.
Une scène mise en scène par l’IA
Sur Instagram, une vidéo devenue virale montre une rue moscovite enneigée, une musique orchestrale et un panneau proclamant la fin de «l’opération militaire spéciale», l’expression officielle pour l’invasion de l’Ukraine. Une femme, en larmes, s’élance vers son mari en uniforme : la scène paraît authentique mais a été entièrement fabriquée par IA, rapporte la BBC.
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Au cinéma, l’hyperphagie est toujours réduite à un cliché
La créatrice de la vidéo est une blogueuse russe populaire. L’homme qu’on y voit est présenté comme son mari, porté disparu au front. Ce type de clips, appelés communément deepfakes, se multiplie depuis 2025 et propose des représentations souvent flatteuses des soldats, sans montrer l’Ukraine ni les destructions liées au conflit. De nombreux internautes ukrainiens se disent choqués en tombant sur ces images.
Un marché qui se professionnalise
Pour obtenir un portrait animé d’un proche, il suffit souvent d’envoyer quelques photos à un outil d’IA qui génère ensuite une séquence selon des modèles établis. Anna Korableva, une Russe qui a commencé à produire ces vidéos en mai 2025, dit l’avoir fait pour aider à achever des «adieux inachevés». «Les premiers mois, je pleurais presque tous les jours», confie-t-elle à la BBC. Elle assure cependant qu’elle a appris à dissocier ses émotions du travail, en se concentrant sur la qualité technique et la dignité de la réalisation.
Les commandes proviennent majoritairement, d’après elle, de familles de soldats tombés depuis 2022. D’autres contenus montrent des combattants encore en activité sur le front. Les coûts de production étant faibles, certains créateurs en retirent des bénéfices significatifs: Ulyana Lebed, elle aussi épouse d’un militaire, affirme gagner entre 150 000 et 200 000 roubles par mois — soit environ 1 700 à 2 300 euros —, un revenu proche du double du salaire moyen russe.
Usage social et rituels funéraires
Au-delà des publications sur les réseaux, ces vidéos trouvent parfois leur place dans des cérémonies d’adieu. Pour certaines familles en deuil, elles représentent un moyen tangible de dire au revoir ou de conserver une image animée du disparu.
Mais l’emploi de ces images lors de funérailles interroge. Les conséquences psychologiques à long terme sur le processus de deuil restent mal documentées, selon la chercheuse Katarzyna Nowaczyk-Basińska de l’Université de Cambridge.
Enjeux éthiques et incertitudes psychologiques
Nowaczyk-Basińska met en garde contre la complexité morale de ces pratiques. «Créer des deadbots, des IA imitant des soldats russes morts et qui rentreraient d’Ukraine, est une pratique extrêmement complexe et éthiquement très difficile à évaluer de manière tranchée», dit-elle. Le contexte politique, ajoute-t-elle, rend ces vidéos encore plus problématiques.
Sur le plan psychologique, il n’est pas clair si ces représentations aident vraiment à surmonter le deuil ou si elles prolongent la souffrance. «D’une certaine manière, nous sommes tous au cœur d’une expérience technologique et culturelle sans précédent», conclut la chercheuse.
Un phénomène plus large
Les vidéos de soldats s’inscrivent dans une tendance mondiale: des avatars posthumes ont déjà été employés dans des musées, des tribunaux et des campagnes politiques. L’usage de ces technologies en temps de guerre, où la mort et le deuil sont omniprésents, n’en est qu’une nouvelle déclinaison.
Pour les observateurs, la diffusion de ces contenus oblige à repenser les règles et les garde-fous autour de la représentation numérique des morts. Sans cadre clair, le mélange d’émotion privée et d’économies virtuelles risque d’entraîner des dérives difficiles à mesurer.











