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Les suppressions d’emplois dans la tech américaine prennent une ampleur qui inquiète. Depuis le début de l’année, près de 150 000 salariés ont été licenciés — un rythme d’environ 1 000 personnes par jour, en hausse de 44 % sur un an — et l’intelligence artificielle est désormais invoquée comme cause principale depuis trois mois consécutifs.
L’IA mise en avant, mais d’autres explications persistent
Plusieurs dirigeants présentent la transition vers l’IA comme le moteur des coupes massives. Mais des voix critiques estiment que la technologie sert parfois d’alibi pour des réajustements plus prosaïques.
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Le dossier Block est révélateur. Après avoir réduit fortement ses effectifs, son cofondateur a d’abord associé ces décisions à une réorientation liée à l’IA. Sous la pression publique, il a finalement admis que l’entreprise avait embauché en excès pendant la pandémie.
De son côté, l’investisseur Marc Andreessen affirme que de nombreuses sociétés sont surdimensionnées — parfois de 25 à 75 % — et que l’IA offre une justification commode pour corriger ces déséquilibres. Le cas d’Uber alimente ce constat : la société a supprimé 23 % des postes dans son service des ressources humaines tout en niant un lien avec l’IA, alors que son directeur technique a indiqué que le budget annuel dédié à l’IA avait été consommé en quatre mois.
Des fortunes colossales pendant que des salariés restent vulnérables
Le contraste entre les bénéficiaires de la course à l’IA et les employés licenciés est frappant. Des entreprises liées aux puces ou aux modèles d’IA enregistrent des gains spectaculaires en bourse.
Cerebras Systems, par exemple, a vu son cours bondir de 68 % le premier jour d’introduction, créant instantanément de nouveaux milliardaires. SpaceX est entré en bourse avec une valorisation autour de 2 100 milliards de dollars, ce qui fait de son fondateur un trillionnaire sur le papier et a généré des centaines de nouveaux centimillionnaires. Parallèlement, Anthropic et OpenAI approchent chacune d’une valorisation proche du billion.
Pour beaucoup de travailleurs, la réalité est moins faste. Les coûts pèsent : les primes d’assurance maladie augmentent cette année de 6 à 7 %, les prix de l’immobilier ont grimpé de 28 % depuis début 2020, et les taux d’intérêt ont quasiment doublé. Un sondage CNN/SSRS de mai 2026 indique que 76 % des Américains placent le coût de la vie en tête de leurs préoccupations économiques.
Un précédent historique et un risque de fracture sociale
La situation rappelle des épisodes de colère sociale passés, notamment la crise financière de 2008. À l’époque, le sauvetage des banques avait déclenché un fort ressentiment populaire et des mouvements de protestation.
La différence aujourd’hui est nette : il n’y a pas d’effondrement systémique, mais des profits records et l’émergence de nouvelles fortunes alimentées par l’IA. Les suppressions d’emplois continuent malgré tout. Le message implicite — que la richesse se crée en grande partie avec des technologies qui remplacent des postes — contient un potentiel de tension sociale important.











