Que sait-on de la «maladie du sommeil», responsable de 500 000 morts et toujours inexpliquée ?

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Il y a un siècle, une épidémie méconnue a frappé la planète en même temps que la grippe espagnole : l’encéphalite léthargique, dite «maladie du sommeil». Entre 1917 et 1930, elle a laissé des centaines de milliers de victimes et pose encore aujourd’hui des questions sans réponse.

Un fléau discret face à une pandémie célèbre

Alors que la grippe dite «espagnole» a fait environ 50 millions de morts entre 1918 et 1920, l’encéphalite léthargique a compté près de 500 000 victimes sur la période 1917-1930. Moins retentissante dans la mémoire collective, elle s’est pourtant répandue sur plusieurs continents à la même époque.

Des manifestations très variables

La maladie ne se présentait pas de manière uniforme. Certains patients succombaient rapidement, d’autres évoluaient sur des mois, parfois des années. Les médecins de l’époque décrivaient des épisodes aigus suivis d’une somnolence profonde, parfois accompagnée de délires.

Selon la Society for Microbiology américaine, l’évolution typique se déroule en deux temps : d’abord un tableau proche de la grippe, puis une phase avec somnolence et parfois démence. Chez les survivants, des troubles moteurs comparables à un syndrome de Parkinson pouvaient apparaître.

Symptômes clefs

  • Signes grippaux initiaux (fièvre, maux de tête, malaise)
  • Somnolence persistante et épisodes de confusion ou délire
  • Chez les survivants : troubles moteurs, changements de personnalité, psychoses

Des hypothèses mais pas de preuve définitive

La coïncidence chronologique avec la grippe espagnole a suscité de nombreuses spéculations. Pourtant l’encéphalite léthargique a continué de faire des cas près d’une décennie après la fin de l’épidémie grippale, ce qui affaiblit l’hypothèse d’un lien direct.

Des analyses post-mortem sur des cerveaux de victimes n’ont pas permis d’établir une cause unique et acceptée. En 2012, un groupe de chercheurs a avancé l’hypothèse d’un entérovirus — un virus à ARN dont le poliovirus est un exemple — comme piste possible. D’autres équipes ont proposé une origine auto-immune, mais cette explication ne rend pas compte de l’ampleur et de la répartition géographique observées.

Un héritage humain et scientifique

Les survivants ont souvent conservé des séquelles lourdes : rigidité, troubles du comportement, dépendance prolongée. Philip Leather, considéré comme l’un des derniers patients de cette vague, est décédé en 2002 après des décennies passées en institution.

Aujourd’hui, l’encéphalite léthargique est devenue très rare : environ 80 cas ont été reportés sur les 85 dernières années. Reste la question ouverte qui intrigue les chercheurs : cette maladie oubliée pourrait-elle resurgir ? Pour l’instant, la réponse demeure incertaine.

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