Astropolis : 30 ans vus par ceux qui l’animent

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Pour ses 30 ans, Astropolis n’a rien perdu de son goût pour l’imprévu. Le festival brestois reste un terrain d’expériences — entre confiance accordée aux artistes, débordements joyeux et moments plus intimes — que ses habitués décrivent comme une communauté à part entière.

Une histoire qui s’écrit en famille

Pour beaucoup, Astropolis a été le lieu d’un basculement professionnel et personnel. En 1999, une jeune DJ de free parties, encore sans nom de scène, se retrouve invitée à jouer lors d’une des premières éditions tenues au manoir de Kériolet. Les cofondateurs, Matthieu et Gildas, lui donnent alors un nouveau nom — Elisa Do Brasil — qui la suivra toute sa carrière.

Son premier set, un mélange jungle chargé d’adrénaline, s’est joué en plein jour devant la cour du château qui se remplissait peu à peu. Parmi les visages dans la foule, Manu Le Malin et Torgull observent, bienveillants. Cet épisode a marqué le point de départ d’un long compagnonnage entre l’artiste et le festival.

Elisa Do Brasil, DJ et productrice, figure d’Astropolis et tête d’affiche du Dub Corner pour les 30 ans

Liberté assumée, provocations contrôlées

Les organisateurs n’ont jamais hésité à bousculer les codes. Une ancienne membre de l’équipe raconte comment une loge découverte par le duo des Bloody Beetroots a été qualifiée de « hippy freak » — une formule qui devint le fil rouge d’une édition, jusqu’à inspirer une campagne d’affichage célébrant la nudité. La réaction en ville fut vive : des stickers « Porno ras-le-bol » fleurirent sur les murs, mais le parti pris artistique resta assumé.

Pour elle, cet esprit jusqu’au-boutiste reflète la défense d’une culture libre, directement héritée des premières heures de la scène techno.

Barbara Philip, ancienne de l’équipe d’Astropolis, aujourd’hui RP dans le milieu festivalier à Montréal

Oublis permis grâce à la confiance

Les artistes soulignent aussi la bienveillance du festival. En 2014, lors des 20 ans, Manu Le Malin devait assurer un back-to-back surprise avec Laurent Garnier en clôture. Installé au cœur de la scène Mekanik, il s’est laissé emporter par l’ambiance et a complètement manqué l’appel ; Laurent avait déjà ouvert son set à l’autre bout du site.

Trahi par sa nonchalance, il a finalement couru jusqu’à la scène, accueilli par le rire du public et une taquinerie de Garnier. Pour lui, cet épisode illustre la confiance mutuelle qui règne à Astropolis : un lieu où l’on peut se permettre d’être humain, même lorsque l’on déraille.

Manu Le Malin, DJ et producteur, figure d’Astropolis et animateur de la scène Mekanik

Des souvenirs gravés — au sens propre

Pour d’autres festivaliers, les images fortes viennent des décors et de la scénographie. Une première venue en 2012 a ainsi été marquée par une boule à facettes monumentale et des jeux de lumière soignés — éléments qui, selon elle, font partie intégrante de la magie du site, notamment La Cour.

Un moment resté célèbre : lors d’un set de Stand High Patrol, des spectateurs grimpent sur des caissons, ce qui provoque l’arrêt du son et un arrêt ferme du groupe. L’anecdote a contribué à forger une sorte de rite collectif, jusqu’à inspirer un tatouage partagé entre amies portant la phrase « Mourir à Brest ».

Lisa, festivalière, grande habituée d’Astropolis

La légende de l’after à 10 francs

Les débordements nocturnes font aussi partie de l’ADN du festival. En août 1997, après la fermeture de la première édition organisée au manoir de Kériolet, un after improvisé se tient sur un quai bordant l’Odet, transformé en dancefloor idyllique perdu en forêt. L’accès est subitement soumis à un droit d’entrée élevé — 50 francs — alors que la majorité des participants est sans un rond après la nuit.

Face au blocage, un membre de l’organisation négocie la somme : l’entrée est finalement ouverte pour 10 francs. La foule envahit le site, une pluie de pièces tombe sur l’organisateur surpris, et la soirée se prolonge entre baignades et touristes médusés : un épisode devenu mythique dans la mémoire collective d’Astropolis.

Ti’Olive, membre historique de l’association organisatrice d’Astropolis

Improvisation et prises de risque contrôlées

La capacité du festival à accepter l’imprévu s’illustre par des propositions qui auraient été impossibles ailleurs. En 2015, Sourdoreille et l’équipe d’Astropolis ont organisé un set clandestin pour Manu Le Malin, annoncé seulement via les réseaux quelques minutes avant le début. Dans un recoin du port de commerce, le DJ a délivré une demi-heure de hardcore pour environ 200 personnes ; la performance a été filmée, les forces de l’ordre sont intervenues sans interrompre durablement l’événement, et l’artiste a été exfiltré à la fin.

Pour le cofondateur de Sourdoreille, ce type d’initiative illustre l’ouverture du festival : la possibilité d’essayer, d’accepter le risque, et de créer des moments singuliers qui n’auraient pas eu lieu ailleurs.

Mario Raulin, cofondateur et producteur de Sourdoreille

Par Mathias Riquier

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