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Slash, sur les réseaux

18h39. J’arrive en retard devant le cinéma Pathé du Flon (Lausanne). C’est un peu à contre-cœur que j’accepte d’aller voir « Cinquante nuances plus sombres », adaptation de James Foley du deuxième volume de la trilogie d’E.L. James, qui narre la relation entre une jeune diplômée et un milliardaire, Christian Grey, qui l’initie aux pratiques SM.

« Mais si, viens, ça va être cool ! », a insisté ma pote Chloé, fan inconditionnelle, me laissant à peine le choix. On arrive dans la salle, remplie par des couples et des bandes de copines : prévisible. Il est trop tard pour fuir. Mon scepticisme a dû se faire une raison, et je m’enfonce dans mon siège, alors que les lumières s’éteignent.

Deux heures plus tard, le générique défile avec, en fond, « I don’t wanna live forever », la bande originale de ce deuxième opus. On a ri, on a eu chaud, on aurait presque été ému. Verdict ? Mitigé.

Le film comble globalement mes attentes : une histoire d’amour, du sexe, mais aussi du sexy, du glamour et des décors de rêves, sublimés par l’esthétique des plans. Il s’agit quelque part d’un Cendrillon (plus ou moins) X des temps modernes, la vie de château 2.0. Le choix de Jamie Dordan est un pari gagnant : un brun ténébreux, au regard clair et aux muscles saillants, avec sa touche « bad boy », qui réveille en nous un rêve enfoui de Prince Charmant.

Capture : YouTube

Cependant, le doublage approximatif, voire clairement mauvais, ainsi que le jeu d’acteur, qui laisse parfois à désirer, altèrent certains passages, nous poussant plus vers le rire que l’émotion. Aussi, la psychologie des protagonistes aurait pu être plus exploité. De plus, le problème de l’adaptation des scènes de sexe – qui avait déjà été évoqué lors de la sortie du premier film –, persiste. Comment représenter le seul aspect novateur, caractéristique et indissociable du livre qui le distingue d’un roman à l’eau de rose lambda, sans pour autant tomber dans de la pornographie ? James Foley a opté pour la carte de la suggestion, d’avantage que dans le premier opus.

Le pari est en définitive relevé : on sort sur un petit nuage. L’amour, le sexe, l’argent, sans oublier Jamie Dordan – cliché qui fait, malgré tout, rêver. « Fifty Shades Darker » ne restera pas gravé dans l’histoire du cinéma, mais il a le mérite de nous avoir fait voyager et fantasmer : « Moi aussi, je veux mon Christian Grey, conclut Chloé. Mais peut-être en plus soft [rires] ».

Cinéma

« My Foolish Heart », le film poignant sur la mort de Chet Baker

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« My Foolish Heart », un drame néerlandais signé Rolf Van Eijk a été présenté hier au au Geneva International Film Festival (GIFF). Le film –  projeté pour la première fois à l’internationale – était nominé dans la catégorie « Compétition internationale de longs métrages ».

L’histoire se base sur des faits réels : le décès du trompettiste prodige Chet Baker, joué par Steve Wall. Il est retrouvé mort, en 1998 à Amsterdam, tombé de la fenêtre de son hôtel. Le détective Lucas (Gijs Naber) décide d’enquêter sur les derniers jours du jazzman. Il se lance alors dans une investigation tourmentée, durant laquelle ses recherches le confrontent à ses propres démons…

Quatre années de travail acharné, avec un petit budget, ont été nécessaires pour tourner le film. Rolf Van Eijk a lu énormément de livres biographiques, mais est surtout allé à la rencontre des personnes qui côtoyaient Chet Baker au quotidien, dont son docteur, entre autres. Ainsi, de nombreuses anecdotes du film ont été racontées directement par des proches de Chet Baker.

Le film est plein d’émotions, fortes, lourdes. Les dialogues sont courts, criards, marquants, souvent remplacés par des silences parlants et des regards qui s’étendent jusqu’à vous transpercer. Et là, submergés par l’émotion, vous ne pouvez que vous cramponner au siège, reculer votre tête pour essayer de distancer cette brutalité que l’on vous jette à travers l’écran.

Les bruits sont exacerbés. Le sol crépite. Les respirations sifflent. Chaque son nous plonge un peu plus dans une intimité particulière avec les protagonistes, au début gênante puis attachante. À tout moment, la musique s’entremêle à la projection, la puissance du jazz nous emporte, nous hypnotise.

Une histoire brutale s’entre-choque avec l’esthétique chaleureuse du long-métrage. Même si la majorité du film se déroule dans la pénombre, les images sont douces et rassurantes. Leurs tons cuivrés et orangés rappellent subtilement cet univers feutré et tamisé du jazz et plus particulièrement, la trompette..

Les différents interrogatoires durant l’enquête présentent une réalité différente, crue et violente. La solitude. Une solitude destructrice. La vie du musicien que l’on découvre au fur et à mesure agit comme un miroir sur le détective. Leurs histoires se ressemblent, les mêmes scènes se succèdent…

Le tueur, est-il arrêté ? Est-ce réellement un meurtre ? Ou alors un suicide ? Un accident ? La chute est si parfaite que je ne peux vous la révéler ici … 

Après une bonne heure et demie, les lumières se rallument. Le film se termine et quelques sanglots brisent un silence, qui reflètent l’opinion unanime d’un public touché et conquis. 

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Cinéma

« Wij », un film déroutant sur l’adolescence

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Adaptation d’un roman de 2009 d’Elvis Peeters qui avait fait grand bruit en Belgique flamande, « Wij » se base sur une histoire vraie. Le film de Rene Eller est une histoire violente, autant psychologique que physique. L’image est belle, léchée, graphique et lumineuse. Sous ses airs de film pour ado, où les romances et les premiers émois se font sentir, se cache une histoire d’excès, de manipulation et de perdition.

En rentrant dans la salle Pitoëff, le lieu central du Geneva International Film Festival – le GIFF pour les intimes – j’entends une personne âgée dire derrière moi qu’elle est venue voir le film car « pour une fois un film sur les jeunes n’a pas l’air trop violent ».  C’est la première personne à être sortie de la salle en fin de séance, bouleversée.

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« Wij » (« we »en anglais, ou « nous » en français) c’est l’histoire de huit adolescents, quatre filles, quatre garçons. Ils s’ennuient un été et décident de s’occuper. Les premières minutes du film nous portent à un procès en Belgique flamande aux bordures des Pays-Bas. On se questionne, on ne sait pas qui accuse qui, ni comment, ni pourquoi…  Mais on sait que quelque chose d’horrible s’est déroulé. On suit alors tour à tour ces jeunes selon leurs perspectives, leurs manières de comprendre ce qui s’est passé cet été-là. Le film est découpé en quatre parties. Quatre univers musicaux, quatre voix off, quatre versions différentes de la même histoire. Racontés du point de vue des protagonistes, des éléments sont omis. Le spectateur est laissé ainsi, à lui de reconstruire les liens.

Ces jeunes jouent. Ils jouent avec les jeux de la société dans laquelle ils vivent, avec le sexe, avec la pornographie, avec l’argent, avec la politique et avec le sexe tarifé. Ils poussent les limites, tirent de plus en plus. Pour finir, on a l’impression que c’est le film lui-même qui joue avec nous et nos ressentis. Notre génération s’identifie aux personnages et on s’y attache, au point d’être gêné par la tournure des événements. Certaines scènes nous retournent, j’ai senti mon utérus se tordre sur lui-même lors d’une scène d’avortement. Les scènes de sexe sont crues et gênantes. 

C’est après un casting de presque deux ans que le réalisateur Rene Eller a trouvé ses protagonistes. Il les a alors rassemblés pour adapter le scénario et parler des limites de chacun, de ce qu’ils étaient prêts ou pas à faire face à la caméra. Le réalisateur nous avoue après la projection ne pas leur avoir demandé quelque chose pour le film, qu’il n’était pas prêt à faire lui-même. C’est notamment par cette phase de réécriture qu’il a réussi à créer une vraie énergie de groupe entre les acteurs, ce qui se ressent à l’écran.

Maxime Jacobs, Salomé Van Grunsven et Pauline Casteleyn, lors du tournage – © Lotte Van Raalte

Rene Eller nous pousse à nous interroger sur notre société qu’il décrit comme en « crise existentielle » et où la jeunesse serait en perte de repères. Il dépeint dans son film les peurs qu’il peut en avoir. «Wij » est un film qui nous questionne face à notre propre sortie de l’enfance. Aux limites que l’on s’est imposées et qui se sont imposées au cours de notre adolescence. On en sort perturbé, choqué mais peut-être pas aussi pessimiste que son réalisateur.

La 24èmeédition du GIFF continue jusqu’au 10 novembre à Genève

Informations et billetterie sur le site du GIFF.

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