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Grève du climat : ces jeunes qui passent de la parole à l’action

Plus de 1 000 jeunes se sont mobilisés pour la grève du climat, ici à Neuchâtel – © Muriel Antille

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Vendredi 18 janvier 2019, 22 000 jeunes ont envahi les rues de toute la Suisse. Leur revendication ? Imposer l’urgence climatique et surtout dénoncer l’inaction politique dans la lutte contre le réchauffement de la planète. La réaction des médias à l’encontre de ce mouvement a été partiellement encourageante. Celle des politiciens et des réseaux sociaux, un peu moins. Slash est parti à la rencontre de jeunes qui se bougent, qui veulent faire évoluer la situation, qui passent de la parole à l’action.

Slash a rencontré Héléna Brendow, 23 ans, et Mirko De Bortoli, 21 ans, deux étudiants de l’Université de Neuchâtel et membres de la SDNE (Semaine de la Durabilité Neuchâteloise). Ils nous parlent de cette grève, mais également de leurs actions. De quoi, restons polis, changer l’opinion de certain.e.s sur la jeunesse actuelle. À la suite des remarques négatives balancées sur les réseaux sociaux ou par des politiciens, les deux jeunes étudiants ont réagi de vive voix.

«Ça ne sert à rien de manifester, retournez étudier !»

Premièrement, il faut mettre les choses au clair. Si les gymnasiennes et gymnasiens n’étaient, en effet, pas en congé ce jour-là, ce n’est pas le cas des universitaires. Ces derniers sont en période de révisions et d’examens. «Je n’ai d’ailleurs pas pu me rendre à la manifestation à cause d’un examen. Mais j’ai soutenu la cause», relève Mirko. «Ce n’était pas la première manifestation pour le climat que je faisais. J’ai trouvé ça d’autant plus touchant que c’était des étudiants et des jeunes qui manifestaient. Cela va peut-être avoir un plus grand impact», ajoute Héléna, originaire de Genève. Car comme relevé par de nombreux manifestants, les conséquences du réchauffement climatique vont affecter la jeunesse actuelle ainsi que les générations futures.

«La plupart des étudiants ont manifesté juste pour louper les cours !»

«Même si c’est le cas, il y a eu beaucoup de discussion autour de la durabilité durant cette manifestation. Cela peut encourager des jeunes qui étaient moins concernés à s’y intéresser un peu plus», tempère Héléna. Ce qui est sûr, c’est que cette grève a eu le mérite d’ouvrir le débat (il était temps) et de montrer que le climat est bel et bien une préoccupation de la jeunesse. Pour les plus sceptiques, la prochaine grève du climat aura lieu ce samedi 2 février, dans toutes les villes suisses. Le public ciblé par cette nouvelle manifestation ne sera plus uniquement les jeunes, mais toutes les personnes, peu importe l’âge, qui se sentent concernées par la problématique climatique. Il n’y a donc plus d’excuse.

Conférence organisée lors de la Semaine de la Durabilité par la SDNE – DR

«C’est facile de manifester, mais proposez quelque chose maintenant !»

Contrairement à d’autres, Héléna et Mirko ont délaissé les paroles pour les actes. Désormais, ils organisent et participent activement à une semaine de débat et de sensibilisation sur le thème de la durabilité. Le projet se déroulement conjointement dans toutes les hautes-écoles et universités suisses dans le cadre de la Sustainability Week Switzerland (SWS). «En dehors de cet événement, nous avons effectué une enquête portant sur la durabilité à l’Université de Neuchâtel. Nous avons ensuite soumis un dossier complet au rectorat avec des propositions d’action et des alternatives aux problèmes rencontrés», explique Mirko, co-président et responsable des finances de la SDNE.

Depuis, les mets servis à la cafétéria dans les habituels récipients en plastique jetable ont disparu, faisant place à un système de bols réutilisables et de cautions. Les machines à café ont également changé pour un modèle plus écologique. «Un poste à l’université a également été créé pour s’occuper de la durabilité dans l’établissement. Une personne réalisant son service civil est maintenant chargée de développer des projets durables», ajoute Héléna, étudiante en géographie et allemand. Mais la SDNE n’est pas seule. D’autres associations universitaires collaborent ensemble, à l’instar de VEGA’Neuch, du Gramu (Groupe d’aménagement de l’Université) ou de l’AED (Alternative Étudiante Durable). Cette dernière organise d’ailleurs régulièrement un marché gratuit avec les invendus des commerces de la région neuchâteloise.

«Les jeunes sautent sur la moindre occasion de prendre l’avion et changent d’iPhone tous les six mois !»

«Je n’ai pas toujours eu cet esprit écologique, avoue Mirko. Mais j’ai grandi et j’ai mûri. Actuellement, je ne voyage presque plus qu’avec les transports publics. Après, il ne faut pas oublier que nous sommes nés dans une société de surconsommation. Les générations précédentes ne l’ont pas vécu. Tout est fait pour nous faire acheter et nous n’y pouvons pas grand-chose, nous les jeunes. Si l’on veut que les choses changent, le système entier doit être adapté à la problématique climatique», réagit le Chaux-de-Fonnier.

Héléna, quant à elle, a décidé de ne plus prendre l’avion, sauf nécessité. «Les trains de nuit se sont bien développés. Cela prend plus de temps, mais ce n’est pas forcément plus cher et l’impact écologique est bien plus bas», lance la Genevoise. L’éducation peut également jouer un rôle. «Nous avons été éduqués dans ce système. Il est donc dur de changer. Mais si l’éducation, dès le début, sensibilise à ces problématiques, certains gestes ne deviendront plus que de simples habitudes», réfléchit Mirko.

Marché gratuit composé d’invendus et organisé par l’AED – DR

«Allez nettoyer vos déchets dans les parcs avant de manifester !»

Dans son studio neuchâtelois, qu’elle occupe durant ses études, Héléna a vite remarqué la quantité de déchets produits quotidiennement. «Un sac poubelle de 17 litres par semaine, ça faisait beaucoup. Je me suis mise ensuite au zéro déchet. J’achète tout en vrac. J’ai toujours une gourde avec moi. Je mange les légumes du marché et tente de diminuer ma consommation de viande, sans pour autant devenir végétarienne», déclare-t-elle. Comme quoi les jeunes d’aujourd’hui ne font pas que parler.

Une dernière remarque ?

«Regardez le rapport du GIEC [Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, ndlr.]. Ce ne sont pas des prévisions ou des hypothèses, ce sont des faits. Si nous ne faisons rien maintenant, dans 10, 20 ou 30 ans, ça sera la merde», balance Mirko, afin de clore le débat et de dissoudre la dernière once de scepticisme qui pourrait être présente en nous.

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Avec un train de retard, l’Académie Française adopte la féminisation des noms de métiers

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L'Institut de France abrite depuis 1795 regroupe cinq aréopages, dont la prestigieuse Académie française – © Steve Barru

«Avocate», «chirurgienne», «écrivaine», en dépit du fait que ces appellations soient couramment employées depuis plusieurs années pour désigner la déclinaison féminine d’une profession, ces termes n’étaient, jusqu’au 28 février dernier, toujours pas reconnus officiellement par l’Académie Française. Adopté à «une large majorité», en quoi le rapport sur la féminisation des noms de métiers est-il porteur dans le climat actuel ?

Bien qu’il s’agisse d’une avancée quant à la considération de la femme au sein de la sphère professionnelle, l’égalité linguistique n’est malheureusement pas tributaire d’une égalité salariale, comme le déplore le quotidien L’Union : «Madame la cheffe sera ravie d’être reconnue, mais si c’est pour continuer à être payée 20% de moins que le chef d’à côté, elle n’aura pas l’impression d’y avoir gagné grand-chose.»

Au vu de l’environnement professionnel difficile dans lequel baignent les femmes qui travaillent en entreprise, si pour certaines ce progrès équivaut à brasser du vent, le raisonnement ne fait pas l’unanimité pour autant. Il s’agit d’un cap important selon Danièle Linhart, sociologue du travail au Centre national de la recherche scientifique, qui intervient, pour commenter la nouvelle, dans Le Figaro : «Cela reflète une prise de conscience et une évolution pour la société, souligne-t-elle, en ajoutant par ailleurs que cela permettra à certaines femmes d’apparaître pour ce qu’elles sont en n’étant plus obligées de se bricoler un nom de métier ou de se cacher derrière une identité masculine. Désormais, hésitations et quiproquos n’ont plus leur place au travail, puisque les exceptions masculines ont officiellement leurs équivalences féminines.»

«Nous sommes dans l’ordre du symbolique, mais cela compte»

«Nous sommes dans l’ordre du symbolique, mais cela compte», assure Margart Maruani, sociologue du travail spécialisée sur la question du genre à Paris. Parallèlement, si l’on décide de se pencher sur cette symbolique que revêt la langue française pour sa nation, il apparait assez distinctement que cette dernière s’inscrit comme élément significatif du patrimoine français. Significatif au point que lors de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuelle Macron, l’actuel Président du Conseil constitutionnel français, Laurent Fabius, fait mention de protéger la langue dans le cahier des charges du nouveau président de la République : «En application des articles 6, 7 et 58 de notre constitution, le Conseil constitutionnel, mercredi 10 mai, vous a proclamé, élu, Président de la République. […] Président d’une république indivisible, laïque, démocratique et sociale, chargé de la représenter, de la faire progresser, d’en incarner les valeurs et la langue et de la ressembler.»

Par ailleurs, l’État a su au fil des siècles développer et entretenir le caractère «mythique» de son Académie. Une institution prestigieuse présentée comme gardienne de la langue, composée d’«Immortels» qui se réunissent dans un palais, vêtus d’un uniforme aux broderies en forme de rameaux d’olivier et arborant fièrement cape et épée.

Le célèbre Habit Vert revêtu par les Immortels en séance à l’Académie Française nécessite près de 600h de travail, uniquement en broderies faites main. – © Stark and Sons

Dans cette perspective, la langue s’est pourvue d’un puissant caractère symbolique auprès de sa population, et c’est peut-être ici que réside l’essence même de la réforme. Soutenant cette hypothèse, Danièle Linhart ajoute que : «Cela peut renforcer la légitimité des femmes au travail et cela renforce dans les esprits l’idée selon laquelle le monde du travail est un monde pour les hommes et pour les femmes.»

Aujourd’hui, le prestige qui gravitait autrefois autour de l’Académie s’est fortement amenuisé auprès de l’opinion publique, probablement car les gens sont désormais plus à même de réaliser que l’assemblée d’Académiciens qui remplissent les bancs de l’institution ne sont peut-être pas aussi qualifiés pour parler de la langue française que ce qu’on voulait bien nous laisser croire. C’est du moins ce qu’affirme avec conviction Maria Candea, enseignante-chercheuse en linguistique et sociolinguistique à l’Université de Paris 3 dans un entretien de la revue Ballast :

« On pense spontanément que l’Académie française est légitime à parler de langue française, alors que c’est vraiment une position usurpée. Il n’y a aucun linguiste parmi eux ! Ils ne sont pas du tout cooptés sur la base d’une quelconque formation linguistique. Il y a par exemple Valéry Giscard d’Estaing. En quoi serait-il légitime à dire quelque chose sur la grammaire ? Mais l’incompétence des Académiciens remonte bien plus loin. Selon ses premiers statuts, à sa création, l’Académie était censée faire un Dictionnaire, une Grammaire, une Poétique et une Rhétorique. En presque quatre siècles, ils ont bouclé à peine huit éditions de leur dictionnaire et ont édité une seule grammaire, en 1930… immédiatement tournée en ridicule par les linguistes à cause de sa piètre qualité. »

À cela s’ajoute une faible représentation des femmes au sein de l’assemblée (4 femmes pour 31 hommes), et un absentéisme aussi régulier que commun de la part de plusieurs membres lors des réunions.

Finalement, en dépit de la réputation désuète que traîne l’Académie depuis plusieurs années, les «Immortels» se joignent au cortège et reconnaissent la nécessité d’une évolution linguistique s’inscrivant tout simplement dans l’ère du temps. Une reconnaissance qui va dans le sens des revendications actuelles, même si pour beaucoup l’essence de la lutte réside ailleurs.

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La Thaïlande, un paradis au bord du gouffre

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Les plages de Koh Phi Phi sont une destination phare de la Thaïlande - © Grégoire Perroud - Slash Média

La Thaïlande, pays courtisé pour ses plages idylliques, fait face à une problématique écologique de plus en plus préoccupante. Voyage au cœur d’un sujet évité, mais pourtant omniprésent.

Bangkok, septembre 2018, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. La capitale thaïlandaise coule. Sous le poids de ses buildings et de son urbanisation croissante, «le sol s’affaisse d’un à deux centimètres par an», d’après Tara Buakamsri, directeur de Greenpeace Thaïlande, dans un entretien à l’AFP. Construite sur un terrain marécageux, à un mètre et demi au-dessus du niveau de la mer, la cité pourrait être submergée dans un futur pas si lointain.

Mais là où le bât blesse, c’est sur les îles paradisiaques de la Thaïlande. Bangkok, bien que surpeuplée, polluée et presque condamnée, reflète uniquement le développement économique en Asie, comparable à Kuala Lumpur ou Jakarta. La prospérité d’une partie de ce pays repose essentiellement sur le tourisme, comme le confirme sa première place dans le classement des pays d’Asie du Sud-Est les plus visités. Mais jusqu’à quand ?

Ces formations rocheuses, ici à Ao Nang, font le charme de la Thaïlande – © Grégoire Perroud, pour Slash Média

Direction Koh Phi Phi

Au sud-ouest de la Thaïlande, les îles de Koh Phi Phi sont mondialement connues, notamment grâce au film La Plage de Danny Boyleavec Leonardo DiCaprio. Pour y arriver, il faut emprunter un petit ferry depuis la ville de Krabi ou Phuket. Au fur et à mesure que le bateau avance, les eaux deviennent de plus en plus turquoise et des formations rocheuses typiques sortent de la mer avec élégance. Après avoir posé le pied à terre, on se fait directement accoster. Non pas par un chauffeur de taxi – pour une fois – mais par les autorités qui demandent de l’argent pour une «taxe environnementale». 20 baths, soit 60 centimes. L’idée est originale et non dénuée de sens.

Maya Bay, la célèbre plage, où s’est déroulé le film sorti en 2000, est fermée aux touristes et aux bateaux. La raison ? Les coraux ont besoin de temps pour se régénérer. Encore une fois, il est réjouissant d’entrevoir une île responsable et écologique.

L’île de Koh Phi Phi a vu de nombreux hôtels se développer – © Grégoire Perroud, pour Slash Média

Petite île aux grands déchets

Mais – car il y a bien sûr un «mais» – l’envers du décor n’est pas loin de s’apparenter à un désastre. Le béton coule à flots, les grands hôtels fleurissent. Autrefois, très authentique et peuplée de petit bungalow, l’île principale de Koh Phi Phi a vécu une métamorphose suite au tsunami de 2004 qui a complètement rasé ce petit bout de paradis. À l’heure de la reconstruction, le ciment a substitué le bois et le bel hôtel le bungalow bucolique. Qui dit «grandes infrastructures» dit implicitement «traitement des eaux usées», ce qui n’existe absolument pas. Résultat : il est fortement déconseillé de se baigner devant les hôtels. Et ce, même si la température de l’eau y est bizarrement plus élevée…

Quid de la gestion des déchets ? À vrai dire, personne ne le sait vraiment. Ce qui est sûr, c’est qu’aucune usine de tri ou d’élimination n’est présente. Il suffit de quitter les sentiers forestiers pour tomber sur des montagnes de sac poubelle en décomposition. La légende dit même qu’une partie est balancée dans la mer. Chaque matin, à l’aube, de nombreux cadavres en plastique admirent le soleil se lever depuis la plage. Certaines sont avantagées par les courants marins, d’autres moins. Les fonds marins en souffrent. Les coraux meurent et les poissons disparaissent. Les incessants passages des bateaux ne les aident pas et la coloration noirâtre qui suit leur moteur non plus.

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Les différents voyageurs rencontrés sont unanimes. «Organiser un bateau pour rapatrier les déchets ne doit pas être si compliqué», réagit Romain, un français de 32 ans. «Surtout que l’on paie une taxe, sans vraiment connaître son utilisation», ajoute le backpacker.

Les bateaux, prêts à haranguer les touristes, jonchent une plage idyllique – © Grégoire Perroud, pour Slash Média

Quand réchauffement climatique s’y mêle

«Ce qui est dommage, c’est qu’au final, ce sont eux qui vont le payer», surenchérit Srdjan, serbe d’origine et habitant de Melbourne. Car quand ces endroits paradisiaques auront perdu leur charme et leur authenticité d’antan au profit de l’urbanisation, et que le réchauffement climatique et la montée des eaux ne seront plus une légende, mais une réalité, les répercussions risquent de coûter très cher à la Thaïlande et son économie du tourisme. En attendant, suivez le conseil de nombreux backpackers : «Allez aux Philippines, avant que le même phénomène ne se produise».

Les plages sont prises d’assaut par de nombreux touristes – © Grégoire Perroud, pour Slash Média

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