Kelela : la guitare au cœur de son univers musical

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Avec une musique difficile à classer, qui emprunte au jazz, à l’électronique, au R&B comme au rock, Kelela impose une esthétique sophistiquée tout en prenant position contre ce qu’elle appelle le « racisme sonore » : la mise en cases automatique des artistes noirs par rapport à leurs origines plutôt qu’à leur musique. Son troisième album, New Avatar, sert de déclaration — autant artistique que politique.

Un parcours construit hors des sentiers battus

Née à Washington dans une famille d’origine éthiopienne, Kelela Mizanekristos a forgé sa trajectoire loin des cadres traditionnels. Elle a étudié le jazz, grandi dans des environnements liés au metal et au punk — sa première chanson a été enregistrée dans un studio punk — et a collaboré à la fin des années 2000 avec le guitariste de metal progressif Tosin Abasi.

Après le disque salué Take Me Apart (2017) et Raven (2023), la musicienne, aujourd’hui âgée de 43 ans, a élargi son terrain d’expression. Elle a aussi publié en 2019 une longue pièce ambient, Aquaphoria, diffusée sur SoundCloud et révélatrice de son goût pour les textures sonores étendues.

Réécrire les règles des genres

Sur New Avatar, Kelela refuse l’idée que le R&B doive être le seul prisme pour lire son travail. Elle explique que, loin d’être une tentative d’« étendre » le R&B, l’album est majoritairement bâti sur des guitares : environ deux tiers des titres reposent sur des textures guitaristiques, le reste s’inscrivant davantage dans la danse électronique. Ce choix vise, selon elle, à confronter la rigidité que l’on observe surtout dans les sphères rock/indie/metal.

Studio d'enregistrement avec guitare et équipement audio professionnel
La guitare constitue deux tiers de New Avatar, redéfinissant l’approche de Kelela.

La musicienne dénonce un biais culturel qui force les observateurs à étiqueter selon l’origine plutôt que selon la pratique musicale. Pour Kelela, ce mécanisme — le racisme sonore — empêche notamment que des musiciennes et musiciens noirs soient reconnus dans des esthétiques supposées « blanches » comme l’indie ou le rock.

Méthode : improvisation et immédiateté

L’improvisation reste au cœur de son processus créatif. Kelela privilégie la première prise, qu’elle considère comme la source la plus sincère des mélodies et de la ligne vocale. Si elle retouche ensuite, l’impulsion initiale guide la construction finale.

Cette approche trouve sa logique dans ses racines jazz : capter l’instant, laisser la spontanéité décider du matériau qui perdurera. C’est aussi pourquoi certaines facettes de son œuvre — ambient, jazz, rock, électronique — cohabitent sans hiérarchie artificielle.

Remix, collaboration, et désir de réinterprétation

La culture du remix occupe une place centrale pour Kelela. Elle décrit le fait de confier ses morceaux à d’autres artistes comme un acte libérateur : la chanson ne cesse d’exister tant qu’elle circule, se transforme et se confronte à d’autres visions.

Deux musiciens collaborant dans un studio d'enregistrement
Les collaborations avec PinkPantheress, Fousheé et A.K. Paul enrichissent l’album.

Sur scène ou en club, elle souhaite rapprocher des sonorités lourdes — parfois proches du metal — d’un univers dansant. New Avatar accueille des collaborations avec des artistes comme PinkPantheress, Fousheé et A.K. Paul, et Kelela envisage des projets de remixes pour l’ensemble de ses sorties.

Un regard critique sur l’industrie

Le parcours de Kelela inclut aussi une réflexion sur les rapports de pouvoir en musique. Elle relate des expériences professionnelles difficiles, principalement causées par des comportements masculins, et explique que son positionnement aujourd’hui lui offre davantage de latitude pour imposer ses choix et ses limites.

Son plaidoyer dépasse les seules catégories esthétiques : elle appelle à un langage précis pour nommer les pratiques musicales et à une pédagogie qui aide le public à écouter sans a priori. Sans ce travail, dit-elle, la perception collective reste orientée par des intérêts qui favorisent l’ignorance.

Pourquoi cela compte

New Avatar pose plus qu’une question de tonalité ou d’étiquette : il invite l’auditeur à réexaminer la manière dont les traditions musicales sont racontées et hiérarchisées. En revendiquant des guitares lourdes, des textures électroniques et une liberté d’étiquetage, Kelela cherche à élargir l’horizon pour d’autres artistes marginalisés par des classifications trop simples.

Le projet a une portée pratique pour les auditeurs : il encourage à écouter au-delà des cases et à reconnaître, derrière une voix ou une couleur de peau, des choix artistiques conscients et pluriels.

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