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Madonna consacre une chanson à la Danceteria dans son nouvel album Confessions II, rappelant l’importance d’un club new‑yorkais qui, au début des années 1980, a servi de laboratoire artistique et de tremplin pour plusieurs carrières. Retour sur ce lieu hybride — ni totalement boîte, ni pure salle de concerts — qui a nourri l’esthétique et la trajectoire de l’une des plus grandes stars de la pop.
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Ouverte en mai 1980 par deux anciens du Studio 54, Jim Fouratt et Rudolf Piper, la Danceteria s’est rapidement posée en alternative au glamour sélectif de son modèle. Là où Studio 54 érigeait le VIP en règle, la nouvelle adresse prônait le brassage social et créatif : musiques différentes, artistes émergents et pratiques artistiques se mêlaient sans hiérarchie.
Après une première fermeture liée à des affaires de trafic de drogue, le club a rouvert en 1982 dans un bâtiment industriel de Chelsea. Il s’est alors affirmé comme une formule inédite — mêlant DJ‑sets, concerts live, projections vidéo et performances — et s’est développé sur plusieurs étages, chacun avec sa propre identité.
Un immeuble, cinq ambiances
La Danceteria s’étendait sur cinq niveaux distincts : un étage consacré aux musiques gothiques, un autre aux concerts et aux longues heures de DJ menés par des figures comme Mark Kamins et Sean Cassette, une salle dédiée à la vidéo‑art diffusant des œuvres de David Lynch, Kenneth Anger ou Nam June Paik, et un espace privé au décor futuriste où l’on remémore des sons des années 1950. Le rooftop, quand la météo le permettait, devenait une piste à ciel ouvert.

Cette organisation multi‑niveaux offrait une expérience plurielle, parfois brute et enfumée, souvent décrite comme une utopie nocturne en pleine ère reaganienne et au début de l’épidémie de sida. Sur ses scènes se sont succédé des groupes et artistes aussi variés que New Order, Sonic Youth, Devo, Nina Hagen, The Smiths, Philip Glass, Laurie Anderson ou LL Cool J. Les DJ y faisaient se télescoper des sons d’Afrika Bambaataa, Fela, Ofra Haza, Public Image Ltd ou Donna Summer.
La Danceteria, rampe de lancement
C’est dans ce foisonnement que Madonna arrive à New York, alors âgée de 23 ans, employée au club comme serveuse et préposée à l’ascenseur. Persévérante, elle insiste auprès du DJ résident pour faire jouer sa démo ; la cassette contient le titre « Everybody », qui deviendra son premier tube.

Selon les témoignages, lorsque Mark Kamins accepte enfin de la programmer, le public réagit immédiatement. Son premier passage scénique reconnu par le public a lieu le 16 décembre 1982 à la Danceteria : une performance hésitante mais révélatrice devant environ 300 personnes, majoritairement des habitués qui la connaissaient comme employée. Jim Fouratt a observé que l’instant a montré son charisme naissant.
De la scène du club à l’esthétique pop
La Danceteria a laissé une empreinte durable sur Madonna : l’importance de l’art visuel, le mélange des styles, la culture du remix et la scène comme moteur d’image et de carrière. Ces éléments se retrouvent autant dans sa discographie que dans son rapport à la mode et à la vidéo, jusqu’à son passage ultérieur sur MTV.
Plus de quarante ans après ses débuts, Madonna revisite ces souvenirs dans Confessions II avec le morceau « Danceteria ». Le clip rassemble des personnalités contemporaines — Arca, Shygirl, Honey Dijon, Kate Moss, Benedict Cumberbatch — autour d’une scène de toilettes de club devenue emblématique, et les paroles renvoient explicitement à ses souvenirs d’ascenseur, de rencontres comme celle avec Debi Mazar, et au moment où Mark Kamins a passé sa cassette « Everybody ».
Un lieu, une légende
Plus qu’un simple dancefloor, la Danceteria a fonctionné comme un carrefour où se sont croisées musiques, arts visuels et avant‑gardes. Son modèle — un espace non hiérarchique favorisant l’expérimentation — a marqué durablement la nuit new‑yorkaise et servi de matrice à des carrières et à des esthétiques majeures de la culture pop.
- Quelques artistes passés par la Danceteria : New Order, Sonic Youth, Devo, Nina Hagen, The Smiths, Laurie Anderson, LL Cool J.












