Compte rendu : FKA twigs et son spectacle céleste à l’Adidas Arena

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À peine descendue des scènes des festivals, FKA twigs a investi l’adidas arena pour la date parisienne de son Body High Tour, présentant Eusexua Afterglow, prolongement scénique de son troisième album. Le spectacle, à la fois chorégraphié et physique, confirme que Tahliah Debrett Barnett occupe désormais les grandes salles sans renier ses racines avant-gardistes.

De la scène intime aux arènes

Ces dernières saisons, FKA twigs n’a pas boudé la France : Zénith de Paris, une tête d’affiche à We Love Green, puis une performance plus intimiste au club FVTVR pendant la Fashion Week printemps-été 2026. Pourtant, voir la Londonienne apparaître dans une arène donne malgré tout une impression de basculement.

Avec Eusexua, inspiré par les nuits club de Prague, elle a signé son plus large succès commercial et forgé un vocabulaire — euphorie, sensualité, communion physique — que Eusexua Afterglow prolonge sur scène : ce qui subsiste une fois la transe retombée.

Une première partie dans l’économie du silence

Yves Tumor ouvrait la soirée. Accompagné de trois musiciens, il a enchaîné une trentaine de minutes sans interaction avec le public, laissant comme unique point de décor un bonnet rouge. Le set s’est conclu sans adieux, quittant la scène presque à la hâte.

Scénographie et forme : le corps au centre

Le concert débute sur une image fragile : FKA twigs, vêtue de blanc, chante “mirrored heart” allongée sur un lit, un clavier à portée de main. La séquence, loin d’être froide, se transforme rapidement en un dispositif collectif où le lit fait office d’autel et la scène devient un espace de collision.

Les danseur·ses ne sont pas de simples figurants. Ils chantent, portent, manipulent les éléments scéniques et, à plusieurs reprises, deviennent les pivots du spectacle. Pablo, l’un des danseurs de la tournée, a eu la parole pendant le concert : “Il en faut beaucoup pour faire ce show, vraiment”.

La chanteuse traverse physiquement ses morceaux — de la mécanique martiale de “Drums of Death” à l’immobilité suspensive de “Cellophane”. Sur ce dernier, second numéro solo de la soirée, elle tient la salle en haleine pendant près de dix minutes, sa voix de tête devenant l’unique appui sonore.

La ballroom en première ligne

Le point d’orgue arrive quand FKA twigs invite la scène ballroom au cœur du concert. Sur “Sushi”, l’arena bascule : voguing, impros et énergie collective transforment l’espace. La distribution pour cette date comprenait des performeur·se·s de la scène parisienne et une DJ en prise directe avec le public.

  • Gisele Revlon
  • Alaïa Miake Mugler
  • Axoo Prodigy
  • Riley Revlon
  • Chachou Miake Mugler
  • Cheeky Balenciaga
  • Mackenzie Prodigy (danse)
  • Fantasy Revlon (voix)
  • DJ Missy da Kunt (platines)

Interrogée après la représentation, Mackenzie Prodigy a résumé l’importance du moment : “C’est une expérience incroyable, j’ai vraiment apprécié ce moment. Surtout en ce mois de Pride, ça fait du bien de représenter la communauté et d’y aller à fond. Représenter la ballroom dans ce genre d’évènement, c’est ouf”.

Une star d’arena pas comme les autres

FKA twigs montre qu’une popstar d’envergure peut choisir la porosité plutôt que la domination. Elle s’efface parfois volontairement au milieu de ses interprètes, préférant une forme de mise en commun où l’autorité se partage.

La virtuosité physique et vocale est constante — pole dance, manipulations d’objets, figures acrobatiques, notes longues — mais ne devient jamais simple démonstration. Le registre oscille entre extase et douleur, club et rituel, offrant des tableaux à la fois sensuels et méthodiques.

Entre participation et contemplation

FKA twigs présente le Body High comme un état à expérimenter plus qu’à décrire, une pratique collective où l’apprentissage passe par le partage. Cependant, la mécanique scénique laisse parfois le public spectateur plus qu’acteur : nombreux sont ceux qui, sortant de la salle, ont évoqué la sensation d’avoir assisté à une œuvre cinématographique plus qu’à une fête participative.

Une fan confiait ainsi à la sortie : “C’était magnifique, j’avais l’impression de regarder un film”. Cette distance volontaire interroge : comment transformer l’émotion ressentie en participation effective ? La réponse reste en grande partie implicite dans la proposition artistique.

Sur la durée, la performance prouve que FKA twigs a déplacé les frontières du live pop. Elle emporte une arène en restant fidèle à une démarche communautaire et expérimentale — un équilibre fragile qui fait la singularité de son travail.

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