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Société

Les femmes cellophanes #3  : Sylvia Earle, biologiste marine

© Wikimedia Commons

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Durant la projection du documentaire Sea Of Life au Festival du film vert de Nyon, je me rappelle soudain de Sylvia Alice Earle. 

Plongée dans les abysses des documentaires Netflix, j’avais fait la connaissance de ce nom dans Mission Blue. Ce documentaire traçait les aventures et les découvertes de Sylvia Earle, biologiste marine et pionnière de la plongée moderne, le « scuba diving ».

A la fin de la projection, un débat éclate. Certains pensent que le film est « trop positive », que l’on ne voit pas les ravages que font la pollution sur les mers et les océans. D’autres, au contraire, se réjouissent de voir que la cause n’est pas perdue, qu’il y a encore de l’espoir. J’invite donc chacun à regarder Mission Blue, qui introduit le concept créé par Sylvia Earle, les « Hope Spots ». Ces spots sont des zones écologiquement uniques dans les océans, tels que des aires marines protégées (AMP) nécessitant une attention ou de nouveaux sites. Ils sont choisis pour leur contribution à la biodiversité, aux puits de carbone et à leur habitat important.

Dans la salle, personne ne semble connaître cette femme. Pourtant, je suis entourée de biologistes marins, de plongeurs… C’est pourquoi j’aimerais dédier ce troisième volet des « Femmes cellophanes » – notre série consacrée aux femmes « oubliées » – à cette incroyable biologiste marine, Sylvia Alice Earle, parfois surnommée « l’esturgeon général ». 

Earle naît en 1935 dans le New Jersey. La famille déménage sur la côte ouest de la Floride, où elle développe ses premiers intérêts pour le monde naturel. Elle y obtient son baccalauréat en Sciences à la Florida State University en 1955 et sa maîtrise en Sciences l’année suivante. Elle obtient également un doctorat en Philosophie, en 1966, à l’Université Duke. 

Ses études achevées, elle travaille un an en tant que chercheuse à Harvard, puis retourne en Floride en tant que directrice résidente du Cape Haze Marine Laboratory. En 1969, elle demande à rejoindre le projet Tektite, une installation située à cinquante pieds en-dessous de la surface de la mer au large des îles Vierges, qui permettait aux scientifiques de vivre dans leur zone d’étude pendant plusieurs semaines. Bien qu’elle ait enregistré plus de 1’000 heures de recherches sous l’eau, Sylvia Earle est rejetée du programme. Mais elle ne perd pas espoir et se présente l‘année suivante pour l’expédition Tektite II. La biologiste est cette fois sélectionnée pour diriger la première équipe féminine d’aquanautes.  

De 1980 à 1984, elle siège au Comité consultatif national sur les océans et l’atmosphère. Pendant cette période, elle et son futur mari, Graham Hawkes, ingénieur et designer sous-marin, fondent Deep Ocean Engineering, afin de concevoir, exploiter, soutenir et consulter des systèmes sous-marins pilotés et robotisés. En 1985, l’équipe construit un sous-marin de recherche qui fonctionne jusqu’à 1’000 mètres de profondeur, le Deep Rover. Il est testé l’année suivante et Earle rejoint l’équipe de formation au large de Lee Stocking Island, aux Bahamas. En 1986, la femme bat le record du monde de profondeur en plongée : 381 mètres. 

Sylvia Earle, en 2010 – © Wikimedia Commons

En 1992, elle quitte son poste et fonde Deep Ocean Exploration and Research pour faire avancer le génie maritime. La société, maintenant dirigée par la fille d’Earle, Elizabeth, conçoit, construit et exploite des équipements pour les environnements en haute mer.  

Chef de file des expéditions Sustainable Seas Expedition, un programme quinquennal parrainé par la National Geographic pour étudier le United States National Marine Sanctuary de 1998 à 2002, elle est aussi présidente du conseil de Harte Research Institute pour les études sur le golfe du Mexique, et présidente du Conseil consultatif pour l’océan dans Google Earth 

En 2010, Earle est invitée à parler devant 3’500 délégués et ambassadeurs des Nations Unies durant la conférence sur le modèle de La Haye. Deux ans plus tard, la biologiste marine mène une expédition au laboratoire sous-marin Aquarius de NOAA, situé au large de Key Largo, en Floride. L’expédition, rendant honneur au cinquantième anniversaire du projet Conshelf I du Commandant Jacques-Yves Cousteau, permet à Earle et à son directeur adjoint, Mark Patterson, d’étudier les récifs coralliens et la santé des océans.  

Le documentaire Netflix, Mission Blue, publié en 2014, retrace, alors, la vie et la carrière de l’esturgeon général, et plus particulièrement l’histoire de cette campagne ayant créée plus de 90 Hope Spots à travers le monde. Sylvia Earle est donc une héroïne de biologie, mais aussi de la conservation de la faune et de la flore marine, dont le nom devrait être (re)connu, et le travail célébré. 

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Les foodculture days réinventent notre rapport à la nourriture

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Pendant quatre jours, les espaces de vie et lieux emblématiques de Vevey et la Tour-de-Peilz seront revêtus d’œuvres plastiques, performatives, audiovisuelles, sonores et architecturales. Les foodculture days proposent de (re)découvrir la nourriture, sous toutes ses formes et impacts.

« Une plateforme d’échanges de connaissances et de savoir-faire de portée internationale », telle est la définition du festival, qui s’adresse – et c’est souligné – à tout public. Pour cette deuxième édition, le mot d’ordre est une approche pluridisciplinaire. Le programme est plus que varié : des installations éphémères, des performances artistiques – dont, par exemple un repas en tête-à-tête avec un inconnu guidé par une voix enregistrée – et des ateliers. Chaque intervenant – artiste, chercheur, activiste, chef ou intellectuel – proposera son interprétation de l’objet « nourriture », d’un point de vue plastique, nutritif, idéologique ou métaphorique.

À l’origine de ce projet, Margaux Schwab. Une fois son diplôme de l’École Hôtelière de Lausanne en poche, elle part vivre à Berlin. Conquise par le dynamise et la diversité de la capitale allemande, elle s’y installe. Elle y rencontre des personnes engagées, mêlant créativité et nourriture, en cuisine ou sur scène. Une vraie révélation : «  Redécouvrir nos racines en tant qu’être humain à travers notre palais me parait une évidence ! L’aliment est partout dans notre quotidien, lorsqu’on voyage c’est souvent la première chose que l’on découvre dans un pays étranger : la nourriture », raconte la jeune femme.

Pourtant, mélanger nourriture, art et culture semble être un mélange peu commun. Pour Margaux Schwab, le lien est indéniable, la nourriture – tout comme la culture – est avant tout un catalyseur de discussions et d’idées. Un point commun entre tous les êtres vivants. Quant à l’art, il permet d’interpeller d’une manière différente : « L’art intervient dans notre festival pour aller titiller l’émotionnel du public. Car nous savons que de moraliser les gens avec des campagnes de prévention ou d’activisme trop violentes n’est pas toujours efficace. Lorsqu’on se reconnecte à nos émotions et nos sensations en vivant une expérience commune : un changement est possible. La nourriture devient donc cet acteur et agent de transformation collective et individuelle », explique-t-elle.

Le projet de Kadija de Paula – © foodculture days

Le succès de la première édition, qui a eu lieu l’année passée, donne raison aux arguments de sa fondactrice. Elle n’est pas plus surprise que ça : « Lorsqu’on comprend les enjeux et les objectifs d’un tel festival, on ne peut que se sentir impliqué et s’identifier à la cause. Le monde de la gastronomie connaît une période intéressante car il est en constant changement. Il est normal que le pas qui suit soit de se questionner ces implications ».

On aurait tendance à penser que l’intérêt pour la nourriture est une mode. Une thématique trendy et actuelle, mais dont les gens se lasseront rapidement. Margaux désapprouve, l’engouement pour la nourriture n’est pas éphémère et découle de nos changements de consommation : « C’est simplement la manière de communiquer qui a beaucoup changé. La nourriture est notre moteur depuis toujours et grâce aux outils contemporains de communication qui nous sont offerts, on voit effectivement émerger des “modes” (TV, livres, émissions de radio, blog) mais c’est un reflet d’une société de consommation qui veut toujours quelque chose de nouveau à se mettre sous la dent ».

Au final, l’élément central – et but premier de la manifestation – reste la discussion : « Nous prenons l’aliment comme excuse pour parler de thématiques plus universelles, tels que la nature et la gestion des ressources, les questions de genre et d’identité culturelle, la préservation du terroir et de la transmission de savoir. Nous espérons ouvrir des contextes d’interaction et d’échange démocratique sur celles-ci », conclut Margaux.

Les foodculture day auront lieu du 15 au 18 novembre 2018, à Vevey et La-Tour-de-Peilz.

Plus d’informations sur le site des foodculture days.

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Sexo

La pornographie éthique peut-elle aider à changer notre perception de la sexualité ?

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Le porno est un sujet tabou que tout le monde connait mais dont personne n’en parle. Aujourd’hui encore plus qu’avant, la pornographie a une connotation péjorative et souvent à juste titre. Pourtant, il y a une facette qui pourrait bien changer notre perception de ce domaine, et peut-être même changer notre perception de la sexualité dans son ensemble : la pornographie éthique.

Entre littérature censurée, magasines dérangeants et accès internet en masse, la pornographie est passée par plusieurs chemins sinueux pour finalement trouver sa place en ligne. Si les plateformes et les moyens ont évolué, l’industrie pornographique, elle, n’a pas beaucoup changé ses codes. Les producteurs masculins dominent et ne laissent que peu – voire pas – de place à leurs homologues féminines. Les innombrables vidéos accessibles gratuitement sur internet se ressemblent, bien qu’il existe des centaines de catégorisations différentes.

Effectivement, l’industrie mainstream joue sur l’objectivation de la femme et cela porte ses fruits. Aujourd’hui, bien que ce soit un sujet que la société peine à aborder, la consommation de pornographie est normalisée et commune. Les chiffrent parlent d’eux-mêmes, plus de la moitié des jeunes ont déjà visionné des vidéos à caractère pornographique à l’âge de quinze ans, bien avant leur première relation sexuelle. Ces statistiques lancent des débats nationaux sur la légalité du produit, avec comme arguments principaux, les conséquences néfastes que la pornographie aurait sur les jeunes, tels que violence, anxiété et déformation de la réalité sexuelle.

Il va sans dire que de nos jours, la pornographie a un impact considérable sur les codes de la société et influence notre perception de la sexualité. La jeunesse se sert désormais de l’accès facilité à internet pour faire sa propre éducation sexuelle, et les jeunes avouent, la pornographie leur a appris plus que les cours d’éducation sexuelle reçus à l’école. Face à ce débat incessant à propos de la légitimité de la pornographie, il serait peut-être plus adéquat de se focaliser directement sur le contenu lui-même et de proposer une troisième voie. C’est ce que font une poignée de producteurs en essayant petit à petit d’exposer un autre genre de pornographie : la pornographie éthique.

La pornographie éthique, c’est quoi ?

À l’égal du véganisme, d’un mode de vie sans déchet ou de quelconque courant qui prône un mode de consommation plus égalitaire et sain, la pornographie éthique propose une ligne alternative au profit de la société. Mais qu’est-ce qui la différencie concrètement des productions de masse ?

Tout d’abord, l’accent est mis sur la perception de la sexualité elle-même. La pornographie éthique se veut réaliste et respectable. C’est-à-dire que le point de vue masculin très présent dans les vidéos mainstream se transforme en un point de vue égalitaire, où autant les plaisirs féminins que masculins sont pris en compte. Se focaliser sur le plaisir de tous les partenaires impliqués renforce le principe de respect et se détache complètement d’une image objectivée de la femme, comme l’on retrouve souvent dans les grandes productions.

Ensuite, les directeurs ne sont plus uniquement masculins. La communauté promouvant la pornographie éthique est menée en grande partie par des femmes et cela aide à casser les clichés du porno. Les acteurs viennent de tous bords, avec ou sans expérience dans le domaine de la pornographie. Le seul facteur important est qu’ils soient motivés à travailler en accord avec les valeurs promues par le concept de pornographie éthique. La production est de qualité et au lieu de créer des vidéos peu coûteuses en masse, ce sont des courts-métrages qui voient le jour, avec l’accent mis sur la qualité cinématographique. Ces courts-métrages ont une touche parfois très artistique et présentent la sexualité sous un angle érotique et séduisant, à l’extrême opposé des productions mainstream.

© XConfessions

Erika Lust, une pionnière

Erika Lust, Suédoise installée à Barcelone, bouleverse les codes de la pornographie. Choquée par les productions de masse qui présentent une image décalée de la réalité et dégradante pour les femmes, elle commence à produire ses propres films. Elle qualifie ses productions de « pornographie féministe », qui non seulement apporte une meilleure image de la sexualité de manière générale, mais qui respecte aussi les conditions de travail et rémunère équitablement les personnes impliquées. Le livre de Linda Williams, Hard Core: power, pleasure and the « frenzy of the Visible » sert d’inspiration à Erika Lust, qui décide de créer un court-métrage pornographique pour son travail final en études cinématographiques. La vidéo a été mise en ligne gratuitement et rencontre un succès important qui la convainc de commencer à produire ses propres films.

Son site web propre une variété de produits dits éthiques. Il contient aussi des informations sur le concept de pornographie éthique et ne vous inquiétez pas, il est plus sûr et anonyme de partager vos informations avec des productions indépendantes qu’avec des productions de masse.

Souvent, Erika Lust met l’accent sur le côté instructif de la pornographie. Non seulement celle-ci influence grandement la perception du genre et de la sexualité, mais elle joue un grand rôle dans l’éducation sexuelle des jeunes. Elle précise lors d’un TEDx Talks en 2014 : « Je ne veux pas que mes deux filles découvrent la sexualité avec du porno sexiste ». Erika Lust ajoute « le sexe peut être cochon, mais ses valeurs doivent être propres ».

Faut-il se laisser tenter ?

Ce n’est pas une surprise, une très grande majorité d’entre nous consommons régulièrement de la pornographie. Bien que l’on sous-estime l’impact qu’ont les vidéos mainstream, il serait bel et bien bénéfique de se passer des grandes productions pour consommer plus éthiquement. Le seul désavantage, il faut payer. Et oui, il est difficile de sortir le porte-monnaie quand l’on pourrait se contenter d’un produit accessible gratuitement et simplement. Pourtant, comme tout travail, les personnes impliquées méritent rémunération. Faire l’effort de consommer de la pornographie éthique, c’est principalement soutenir une industrie qui met l’accent sur l’égalité salariale, sur des conditions de travail correctes, et une image de qualité et de respect, ce qui est rare voire inexistant dans les productions de masse. La pornographie éthique aide aussi à casser les clichés grossiers sur la sexualité et présente une vision de l’érotisme qui peut aider les jeunes à ne pas tomber dans ceux-ci.

Cela ne s’adresse pas qu’aux jeunes, mais à toute personne qui, par le visionnement de pornographie éthique, est à même de développer une perception de la sexualité plus saine et plus proche de la réalité. Si nous commençons peu à peu à faire attention à la provenance de notre nourriture, à l’impact de nos déchets sur l’environnement et aux conditions de travail des multinationales, il est tout aussi normal de faire attention à sa consommation pornographique.

Erika Lust a un site web. Attention, son contenu est réservé à un public majeur et averti.

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