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« Trois amis en quête de sagesse » #1 : l’Ego n’est pas réel

Alain Delon est Jules César dans "Astérix aux Jeux olympiques" – Capture : Astérix aux Jeux olympiques, réalisé par Frédéric Forestier et Thomas Langmann (2008)

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Tout le monde a une idée, si vague soit-elle, de ce que représente l’ego. Il n’y a qu’à se faire dévaloriser en public alors que notre cher être, notre petit moi, aurait mérité bien meilleur traitement pour que l’on se rappelle que l’ego existe. Hic qui n’en est en fait pas un, il serait bien logé en nous, mais sans être pour autant véritablement réel. Explications.

Je me lève un beau matin d’avril dernier, de bonne humeur certes, mais le livre feel good intelligent, posé sur ma table de chevet me faisant tout de même allégrement de l’œil. Pourquoi ? Parce qu’en plus qu’amatrice assidue de lectures diverses, il s’avère que je me suis découvert un certain penchant, osons la litote, pour trois amis… en quête de sagesse.  Sorti en 2016, « Trois amis en quête de sagesse », le livre de Christophe André, Alexandre Jollien et Mattieu Ricard, m’a alors, ce matin-là, fait découvrir une chose bien intrigante : l’ego serait illusoire. Je remets donc mes coussins en place et m’y ancre pour boire les mots du psychiatre français et de ses deux acolytes, le philosophe suisse et le moine bouddhiste qui, par cette approche pluridisciplinaire sous forme de discussion et d’échanges, me ravissent et me questionnent en même temps.

L’égo

Composé de désirs, de peurs, d’émotions, et de représentations, selon les dires du théoricien bienveillant Alexandre Jollien, auxquelles l’on se cramponne, il maintiendrait en vie dans notre esprit, une entité imaginaire. Concept abstrait, illusion, soit, mais surtout véritable collier de fer entravant le bonheur si l’on en est esclave, l’égo serait alors irréel. Dans quel sens me direz-vous peut-être. J’anticipe donc, essayant de satisfaire une possible curiosité ainsi piquée, en citant le maître du bouddhisme tibétain Matthieu Ricard : « Il suffit d’examiner un peu cet égo pour comprendre à quel point ce n’est qu’une mystification dont l’auteur est notre propre esprit. » En d’autres termes, nous associerions notre corps avec notre égo alors qu’il faudrait l’allier à notre conscience, dans le cas où il s’agirait d’une « étiquette mentale » créée par notre propre esprit.

Cela étant, on apprend plus loin grâce au célèbre psychiatre et adepte de la psychologie positive, Christophe André, que la confiance en soi d’une personne narcissique est plus que fragile, parce que fondée sur un gonflement de l’égo ne faisant pas partie de la réalité. On se fabriquerait alors nous-mêmes cette sensation désagréable, causée, entre autres, par un lourd sac de frustration. Mais pourquoi diantre faire une chose pareille ? Car nous sommes des êtres humains sensibles, tout simplement (eh oui).  À ce propos, le philosophe valaisan Alexandre Jollien nous met en garde un peu plus loin dans le chapitre : « L’égo n’est pas là pour nous rendre heureux. » Que l’on manque alors de confiance en soi ou que l’on soit fils de Narcisse, l’égo nous donne du fil à retordre. Irréel, il nous cause pourtant de vrais tourments.

Comment s’en sortir, donc ? Outre le fait de pratiquer la gratitude et la bienveillance, de s’alléger l’esprit (et le fardeau) par bien des façons ou d’apprendre à s’aimer, il nous resterait une chose encore pour contrer le paradoxe de cette étiquette imaginaire que l’on se colle pour notre plus grand mal. L’autodérision.

Voilà qui est rassurant… pour autant que l’on sache en faire usage.

Trois amis en quête de sagesse
Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard
Éd. L’Iconoclaste et Allary Éditions, 2016 – 480 pages

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« Trois amis en quête de sagesse » #2 : l’Altruisme au quotidien

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Édouard Baer est Otis dans "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre" – Capture : Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat (2002)

Selon Fiodor Dostoïevski, nous raconte le philosophe suisse Alexandre Jollien, il serait plus facile d’aimer l’humanité tout entière que de supporter son voisin. Le célèbre écrivain russe avait sans doute de l’humour, mais également raison.

Toujours plongée dans les entrailles du livre « Trois amis en quête de sagesse », paru en 2016 et co-écrit par Alexandre Jollien, Christophe André, psychiatre français, et par Matthieu Ricard, célèbre moine bouddhiste,  cette petite tribune littéraire tente d’explorer cette fois le concept de l’altruisme. Pourquoi ? Car il me semble qu’il y ait confusion sur ce terme pour quelques-uns d’entre nous.

Exemple 1 : l’altruisme, c’est laisser sortir les gens du bus avant d’y entrer – ou, au moins, laisser sa place à la petite dame qui tangue, au rythme des saccades de l’engin. Exemple 2 : l’altruisme, c’est ne pas mâcher son chewing-gum comme un effréné à côté des oreilles des autres dans le métro. Exemple 3 : l’altruisme, c’est, selon les trois camarades, des petits actes de bienveillance envers l’autre au quotidien.

C’est donc grâce aux transports en commun que ma chronique est née, puisque je me suis rendu compte que beaucoup ne le connaissent pas – l’altruisme –, ou du moins ne le pratiquent pas un minimum au quotidien.

Mettre ses “lunettes roses” et voir la vie d’un autre oeil – © DR

Lire aussi :  « Trois amis en quête de sagesse » #1 : l'Ego n'est pas réel

L’altruisme au quotidien

Mais, justement, qu’en disent les trois amis, qui, sagement, nous invitent à plus de douceur dans notre vie de tous les jours ? Pour Christophe André, psychiatre du positif, faire preuve d’altruisme c’est, pour commencer, prêter de l’attention à son prochain, à ses besoins, et agir pour l’aider. Matthieu Ricard, maître du bouddhisme tibétain, le rejoint en expliquant : « L’altruisme, ou l’amour altruiste, c’est essentiellement faire le bien des autres. » 

En dernier lieu, et il y aurait pourtant tant de choses à dire, « se lancer dans l’altruisme, c’est finalement, s’échapper de prison, s’affranchir de l’ego. », nous explique un peu plus loin dans le chapitre le Valaisan Alexandre Jollien. Car au contraire de l’égoïsme, on peut faire preuve d’altruisme en mettant notre petit moi de côté pendant quelques instants, dans des petits actes quotidiens de bienveillance comme cités plus haut – par exemple.

Attention toutefois, bienveillance et compassion riment avec altruisme et les trois auteurs nous mettent en garde contre une possible confusion : agir de telle façon ne signifie ni être niais ou faible, mais à l’inverse, cela démontre une certaine force, un courage et une sagesse d’ouverture à l’autre. En effet, en faisant preuve d’altruisme, on se fait du bien à nous-mêmes et aux autres, dont on a parfois aussi besoin.

Alors, pourquoi ne pas, dès à présent, mettre son ego dans la poche et agir de façon bienveillante envers nos proches ou dans un lieu public, et, juste, penser à faire quelque chose pour quelqu’un d’autre que soi ? Mettre ses « lunettes roses », et essayer de voir le monde de façon moins autocentrée et ce, même si l’on a une vie intense, est-ce possible ? La réponse des trois acolytes ne se fait pas attendre: Oui, si l’on s’entoure des autres et que l’on n’attend pas forcément quelque chose en retour de notre petit geste bienveillant. Le simple fait d’agir de façon altruiste devrait suffire à nous combler. Comme le dit si bien le philosophe Jollien, en opposition à la maxime de la pièce de théâtre « Huis clos » de Jean-Paul Sartre : « Je ne crois pas que l’enfer, ce soit les autres. ». À méditer.

Trois amis en quête de sagesse
Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard
Éd. L’Iconoclaste et Allary Éditions, 2016 – 480 pages

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« Le miracle Spinoza » : la dualité joie-tristesse

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Le philosophe néerlandais Baruch Spinoza (1628-1709) – Droits réservés

Sorti en novembre 2017, le livre de Frédéric Lenoir intitulé « Le miracle Spinoza » nous propose un éclairage sur les méditations de Baruch Spinoza, philosophe néerlandais du 17e siècle, dont les idées ont eu une influence considérable sur bon nombre de courants de pensée. En parcourant  ce livre, un chapitre interpelle en particulier et mérite plus ample réflexion : la dualité joie-tristesse.

Qu’est-ce donc que cette dualité « joie-tristesse » ? Selon Spinoza, il s’agirait de deux affects fondamentaux, soit un duo de sentiments où entre deux se situerait une forme de dualité, nichée en nous. Frédéric Lenoir, sociologue, philosophe et historien des religions, nous explique alors comment comprendre cette dualité joie-tristesse dont parlait Spinoza dans son Éthique. 

On comprend donc que pour ce dernier, le clivage fondamental en nous ne sépare plus l’âme et le corps, comme le pensait René Descartes, penseur français décédé en 1650, mais plutôt deux types d’affects : la joie et la tristesse.

Portrait du philosophe Baruch Spinoza, attribué à Barend Graat. – DR

La joie et la tristesse

Ces deux sentiments sont ainsi expliqués par le français Frédéric Lenoir qui vulgarise les propos de Spinoza et nous guide : « Spinoza constate encore que l’augmentation de notre puissance s’accompagne d’un sentiment de joie, tandis que la diminution de notre puissance s’accompagne d’un sentiment de tristesse. » En d’autres termes, l’affect fondamental, la joie accompagnerait l’augmentation de notre potentiel d’action. Et à l’inverse, l’affect fondamental de la tristesse accompagnerait, lui, une diminution de notre puissance d’agir.

L’objectif de l’éthique spinoziste, nous explique l’auteur du livre, veut ainsi dire qu’il faudrait organiser sa vie en fonction de la raison, et ce, afin de diminuer la tristesse et augmenter au maximum la joie.

Une sage et positive pensée, à suivre ou pas, mais quoiqu’il en soi, Spinoza, communément appelé « Le philosophe du bonheur » nous pousse, sous la plume de Lenoir dans ce bouquin de 234 pages, à nous poser des questions et répond surtout à certaines questions existentielles que nous avons tous en nous.

Le miracle Spinoza 

Frédéric Lenoir
Éd. Fayard, 2017 – 234 pages

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