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Société

Grandir en Suisse et réussir sans étudier

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Dans un pays qui voue un culte au savoir et à l’excellence, il est parfois nécessaire de partir à la rencontre de celles et ceux qui font aussi, oui, mais autrement. Parce que grandir en Suisse ce n’est pas forcément porter une Patek, chanter « Lyoba, le Ranz des Vaches » ou adorer la tartine beurre/Cenovis, parce que grandir en Suisse c’est pouvoir réussir différemment sans pour autant que cela soit facile, parce que grandir en Suisse c’est rarement la vie d’Heidi, on est parti à la rencontre de Lou, 23 ans. 

Lou, c’est une sincère jovialité « radiophonique ». D’un pétillant « Salut ! Mais comment vas-tu ? », l’animateur radio amorce une discussion des plus sympathiques. Pourtant, notre sollicitation n’est pas simple ni pudique : « Raconte-nous ta vie », lui avons-nous demandé. « Ça ne me dérange pas. Vraiment. C’est même un exercice secrètement rêvé pour un animateur radio ; l’interviewer interviewé. Et c’est amusant », tempère l’actuel animateur de la tranche 16h-20h d’une célèbre radio romande.

Né en 1994, dans une famille qu’il qualifie de « très heureuse », Lou grandit en ville de Montreux, avec une mère suisse, un père français d’origine russe et une grande sœur de 4 ans son aînée, Camille. Maman est employée dans la boutique d’un explorateur, papa est animateur radio et journaliste pour une chaîne de télévision locale. « C’était écrit ! », plaisante le cadet de la famille. Le fils parle aussi de parents présents et attentifs : « On a pu voyager dans des endroits incroyables et je sais que mes parents ont toujours fait (et font) leur maximum pour nous. Je suis fier d’eux. »

Pourtant, malgré les activités de son paternel, petit, Lou ne se rêvait pas « radio host », non. Petit, il se voyait pilote de chasse. « C’était une envie vraiment ordinaire pour un enfant de 8 ans, je sais bien. Mais l’aviation est une réelle passion. Imagine, c’est génial de pouvoir voler », s’excite le Montreusien. Malheureusement, malgré de nombreuses démarches effectuées, le rêve n’aboutit pas. « J’étais jeune, rebelle et vers l’âge de l’orientation, je me suis un peu cassé la gueule : j’ai commencé à rôder avec des potes… On ne faisait pas de conneries, hein. Mais on aimait traîner. Bêtement. Et puisque, en plus, j’avais le rôle du rigolo de service, j’ai terminé en VSO [ancien degré scolaire à effectifs réduits, équivaut désormais à la voie générale (VG), ndlr.], ce qui ne me suffisait pas pour faire pilote de chasse », raconte Lou, avec pas mal d’autodérision.

Lou, enfant (à g.) et sa grande sœur, Camille

Si Lou avait le rôle du « rigolo de service », c’était pour masquer un manque de confiance et un surpoids – qu’il qualifie « d’obésité », avant de modérer le terme choisi. « Pendant mon enfance, et jusqu’à très récemment, j’étais gros. J’avais un problème de poids, et, évidemment, ça me complexait beaucoup. Mes camarades se moquaient de moi, alors, je me suis mis à utiliser l’humour pour combattre ce problème. Mais, il y a 2 ans, j’ai vécu une rupture difficile, après une longue relation, ce qui m’a permis de perdre 15 kilos en 2 semaines », explique l’animateur. Mais, encore aujourd’hui, Lou estime utiliser l’humour comme moyen de défense : « Encore maintenant, souvent, je suis traité comme un fanfaron, bref, quelqu’un qu’on aime bien charrier, car réceptif à la vanne. Peut-être un peu trop, parfois ? »

Pour tenter de combattre ce manque de confiance en soi, Lou se prend de passion pour les chaînes YouTube : « J’adore le multimédia et un jour, je me suis dit “Pourquoi pas moi ?” ». Mi-2011, à 17 ans, le garçon se lance et se fait désormais appeler D0mina HD. Appliqué d’abord au gaming, D0mina, parallèlement à une croissance fulgurante pour la Suisse (17 000 abonnés en 6 ans), évolue en même temps que sa chaîne : « J’ai commencé avec du jeu vidéo, mais j’ai vite découvert le “speak” et l’environnement lifestyle. partir à la rencontre de gens, leur donner la parole, partager des choses, c’était passionnant pour moi. Alors, j’ai commencé à utiliser ce canal pour ce genre de concept ». Aujourd’hui, Lou y poste encore de temps à autre des vidéos, mais « rien de très régulier », paraît-il.

Et, le travail finit par payer. En 2014, alors que ses parents se plaignent « qu’il ne fait rien de ses journées », il postule conjointement dans une webradio locale et un grand quotidien presse romand. Les 2 répondent… positivement. Propulsé directeur d’antenne d’un côté et journalistes en herbe de l’autre, le touche-à-tout prend son pied : « C’était énorme pour moi. La journée, je partais réaliser des reportages pour le laboratoire jeunesse de 24heures, et le soir, une fois par semaine, j’animais un talk-show avec une bande de potes. C’était inespéré, je ne pensais jamais finir comme mon père dans les médias. Mais je kiffais ! »

Lou (au centre) et 2 de ses potes de radio

Tout cela a duré 7 mois, mais à force de constater que l’animateur se tuait au travail, bénévolement, sa copine ne le suit pas. Retour à la réalité : une déception amoureuse et un porte-monnaie vide. Lou doit donc se résigner à reprendre un travail qui, cette fois, rapporte financièrement : « C’était franchement pas drôle, mais honnêtement, j’ai encore eu beaucoup de chance. J’ai d’abord fait vendeur de snacks dans un cinéma, avant de devenir employé de fast-food. Ça, par contre, c’était compliqué. D’ailleurs, j’ai rapidement disparu des radars en prétextant une maladie cardiaque. C’était du vent, mais ça a fonctionné, ils ne m’ont jamais rappelé ».

Mais, avec D0mina, le sort ne s’acharne jamais longtemps. Alors qu’il galère pour (sur)vivre, en 2015, il reçoit le téléphone d’une certaine Laura, animatrice pour une célèbre radio romande. La station recherche un nouvel animateur pour sa case week-end et ce n’est pas discutable, ce sera lui. Lou arrive donc désormais vivre de sa passion. Reste maintenant à se former à la radio professionnelle, « mais c’est un détail ». Nouvel emploi du temps : il apprend en semaine et anime le week-end.

Le rêve, donc. Mais il ne s’arrête pas là. Après plusieurs changements dans la radio, l’animateur se retrouve propulsé à la tête de la matinale de la station : « Je n’ai rien vu venir. C’est une des plages horaires les plus écoutées et je me suis retrouvé là, à cette place phare. Un énorme challenge pour moi, qui avait plutôt l’habitude de me coucher à l’heure ou le réveil sonnait, vers 4h30 du matin. Mais la magie du lever de soleil en réveillant les gens, ça valait le coup, même à 22 ans. Il y a aussi des jours où je n’ai pas vraiment le moral, mais lorsque je vois le “On Air” s’illuminer au-dessus de ma tête, je prends instantanément un ton jovial, un ton de radio et mon humeur s’améliore. »

Lou à son poste de travail

Aujourd’hui, parallèlement à ses autres activités d’influenceur, le Montreusien de 23 ans aspire à évoluer dans son domaine, à apprendre. Toujours. À la tête de « On s’détend » (hommage à sa première émission de radio bénévole), il se rêve animateur d’une grande émission de divertissement, mais estime avoir le temps, malgré son « éternelle impatience ». Et si tout cela n’aboutissait point ? « Je pars, loin. Voyager, découvrir le monde et tenter de rencontrer Tom Hanks. J’admire ce mec ! »

Lou est sur Facebook, Twitter et Instagram.

Société

Paléo : le lexique québécois pour «se payer la traite» au Village du Monde

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En 2008, l'Europe de l'Est fut mise en lumière grâce au Village du Monde – © Paléo / Boris Soula

Pour sa 17e édition, le Village du Monde du Paléo Festival mettra le cap sur le Québec et sa culture. Voici quelques locutions pour comprendre crissement mieux le français de la Belle Province.

«Si vous t’as la parlure québécoise, tu vas clairement t’achaler sur ces lignes-là». Comprenez : si vous parlez le français québécois, vous vous ennuierez certainement à la lecture de cet article.

Le Paléo Festival commence mardi, pour une 44e édition qui fera la part belle à la francophonie. Et pour cause, le traditionnel Village du Monde du festival, avec ses concerts, décors, et son artisanat typique, mettra le cap cette année sur le Québec et sa culture.

Lire aussi :  Douce francophonie et rap solide au Paléo

Depuis de nombreuses années déjà, les autres francophones du monde, qui prennent terre en sol québécois, pour une nuit ou pour la vie, tergiversent volontiers sur le sens du «dialecte» pratiqué par les Québécois, nos cousins «pure laine».

Alors, pour avoir une parlure impeccable auprès de votre voisin de comptoir, Slash vous propose un lexique québécois faisant appel à quelques locutions bien utiles sur la Plaine de l’Asse (ou pas).

Parlure empreinte d’hisoire

Selon Le Petit Livre du parler québécois de Claire Armange (éd. First,  2016), le vocabulaire de la Belle Province est riche de mots liés à son histoire. Le langage québécois, on s’en doute fort, doit la grande partie de ses origines à l’ancien français. Les Québécois défendent avec fierté la francophonie face à la prépondérance de la langue anglaise en Amérique du Nord.

Langue des premiers colons venus peupler la Nouvelle-France, il a subi, au fil des époques, des gouvernances et des influences des Premières Nations, un métissage avec les langues autochtones aussi bien qu’avec la langue des conquérants anglais.

Le français des Québécois, alors, se teinte de plusieurs anglicismes, de quelques termes autochtones et de beaucoup d’expressions issues d’une culture agréablement imagée et parfois complètement fantaisiste. On y retrouve, notamment :

des régionalismes français bavasser (bavarder, dire des médisances), astheure (maintenant), la broue (la mousse), prendre son respir (retenir son souffle), maganer (abîmer, maltraiter) ou encore souventes fois (souvent) ;

des emprunts faits à la langue amérindienne : un achigan (un poisson), un atoca (une canneberge), la babiche (une lanière de cuir) ;

des québécismes, des mots ou expressions propres au français du Québec : bûcher (abattre un arbre, couper du bois), il mouille (il pleut), la poudrerie (une fine neige tourbillonnante), une secousse (un certain temps), le solage d’une maison (les fondations) ou une tuque (un bonnet de laine).

Lexique

Achaler (v.) – ennuyer, importuner

Ce verbe provient probablement du verbe chaloir qui signifiait approximativement importuner de façon excessive dans un vieux dialecte normand.


Bardasser (v.) – action de chahuter, de bousculer quelqu’un ou quelque chose / action de faire du tapage

Verbe à l’origine incertaine. Emprunté soit du verbe poitevin «bordanser» (balancer, secouer), soit de l’onomatopée par laquelle on désigne le bruit que faisaient les soldats en emmenant leur «barda».


Bécosse (n.f.) – toilettes

Mot probablement né d’une déformation de la locution anglaise «back house», qui se traduit par «maison à l’arrière». Cette dénomination désignait autrefois les latrines extérieures.


Bourré, être (exp.) – avoir trop mangé

Expression francophone qui peut signifier également «soul» ou «riche».


Calice (inter.) – sacre manifestant la colère ou l’indignation

Le calice, du grec kulix, est un vase sacré de la liturgie chrétienne, présentant la forme d’une coupe évasée portée sur un pied élevé.


Char (n.m.) – voiture, bagnole

Ce mot, dérivé du latin carrus, a longtemps été perçu comme un anglicisme, à tort, au Québec, étant donné sa similarité avec le mot «car». Néanmoins, le Cambridge Dictionary le réfère comme un mot d’origines françaises et latines.


Catin (n.f.) – petite fille

Outre son sens français de prostituée, le terme «catin» au Québec, retrouve son sens de pureté. En effet, le mot «catin» vient du prénom Catherine, qui lui vient du mot grec katharos, qui signifie «la pureté». En France, on lui attribuait, autrefois, le sens de jeune fille de campagne, ce qui expliquerait le sens québécois.


Frencher (v.)  rouler une pelle

Ce verbe provient du verbe anglais «to french kiss» (embrasser).


Fou comme un balai, être (exp.) – personne qui a perdu la raison, dont le comportement semble insensé

Cette locution tire son origine du 19e siècle. La confection de ces outils ménagers se faisait à la main par des ouvrières, et le talent de ces dernières était un atout important. Lorsque le cordage n’était pas bien fait, la direction que prenait le balai était imprévisible. Le balai n’en faisait qu’à sa tête, tel un fou.


Gosse (n.f.) – synonyme familier de «testicule»

Ce mot est apparenté à «gousse», qui signifie une enveloppe des graines des légumineuses. Utilisé comme verbe, comme dans «tu me gosses», il s’apparente à «tu m’énerves».


Hambourgeois (n.m.) – hamburger

Mot québécois utilisé pour franciser le terme anglais «hamburger».

Itinérant.e (n.m.f.) – sans-abri

Les termes «itinérant» et «itinérante» font maintenant partie du vocabulaire de la sociologie au Québec. Dans le registre courant du français dit «de France» (en opposition au français québécois), l’on parle de «sans-abri», définissant ainsi ce groupe social en rapport à un bien matériel qu’il ne possèdent pas. Tandis que, de l’autre côté de l’Atlantique, cette catégorie de personnes est définie par son activité : le fait d’errer.


Joual (n.m.) – façon de parler dérivée du français de France

Le mot provient de «cheval», prononcé [jwal], comme en français du 17e siècle, utilisé en France jusque dans les années 1960. Aujourd’hui, il définit la façon de dénigrer le parler québécois («parler joual»).


Line-up (n.m.) – file d’attente, queue

Terminologie directement traduite de l’anglais. «Faire un line-up», c’est donc patienter dans la file d’attente.


Liqueur (n.f.) – boisson gazeuse

On ne s’étonnera donc pas qu’une mère propose à ses jeunes enfants d’aller «boire une liqueur», en attendant le concert de Robert Charlebois.


Se payer la traite (exp.) – se payer du bon temps

La traite était un moyen de définir une dette commerciale durant le Moyen-Âge. Il s’agissait d’un document qui fixait les modalités de remboursement (une sorte de crédit). Ainsi, l’expression trouve son origine dans ce premier sens : s’offrir quelque chose sans payer immédiatement, sous-entendu dépenser sans compter.


Pissou, être (exp.) – personne peureuse, lâche, qui recule devant le moindre obstacle

Cette expression, utilisée jadis en France, provient du latin pissiare qui veut dire «uriner». Pissou voudrait dire «enfant qui pisse au lit».


Robine (n.f.) – alcool fort et de mauvaise qualité

Mot calque de l’anglais «rubbing (alcohol)» (littéralement de l’alcool à friction).


Tabarnak / tabernacle (inter.) – juron exprimant le mécontentement, la colère

Déformation du mot français «tabernacle», qui, dans une église catholique, est une armoire contenant le ciboire et ses hosties. Dans la religion hébraïque, il s’agit d’une tente dressée, qui abritait l’arche d’alliance et les objets sacrés.


Tiguidou, c’est (exp.) – génial, super, trop bien

Ce terme est une pure création québécoise, à l’origine floue. La théorie la plus plausible est celle d’une variante de l’expression écossaise «tickety-boo», qui signifie «aller lentement, mais sûrement».


Tomber en amour (exp.) – tomber amoureux

Cette expression est la traduction littérale de la version anglophone «to fall in love».


Il n’y a pas de quoi se pitcher sur les murs (exp.) – se dit d’une chose qui n’a rien d’exceptionnel

«Ce concert des Twenty Øne Piløts était sympa, mais il n’y a pas de quoi se pitcher sur les murs».


Le 44e Paléo Festival se déroule du 23 au 28 juillet 2019, à Nyon. Infos, bourse au billets et programme complet sur www.paleo.ch. 

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Actu

Ceci pourrait être l’article d’une femme*

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Le 14 juin 1991 a eu lieu la première "Grève des femmes*" – Image : Keystone

Aujourd’hui, partout en Suisse a lieu la «Grève des femmes*». Sensible à la cause, Slash Média se fait porte-voix du manifeste rédigé en décembre 2018 par les Collectifs romands pour la grève féministe et des femmes.

Un peu partout dans le monde, nous assistons à un renouveau des mouvements féministes : #metoo a contribué à diffuser et libérer la parole des femmes* et, grâce aux réseaux sociaux, a eu un écho planétaire.

En Suisse aussi, le sexisme, les inégalités et les violences à l’encontre des femmes* persistent, malgré un discours politiquement correct sur l’égalité et bien que l’égalité soit inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1981.

«Les femmes bras croisés, le pays perd pied !»

Au pays de la prétendue paix du travail, les femmes ont déjà fait une grève qui a mobilisé 500’000 personnes ! C’était le 14 juin 1991, dix ans après l’entrée en vigueur de l’article constitutionnel sur l’égalité. Ce jour-là, les femmes ont croisé les bras : la grève a eu lieu non seulement sur les lieux de travail, mais aussi dans les foyers, où elles ont arrêté de faire le ménage, ont suspendu leurs balais aux fenêtres, n’ont pas cuisiné ni pris en charge les enfants.

La grève des femmes de 1991 avait surpris tout le monde. Un immense élan vers l’égalité avait secoué le pays : nous avons depuis lors obtenu des résultats concrets comme une Loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, un congé maternité, le splitting et le bonus éducatif dans l’AVS, la solution dite des délais en matière d’avortement, des mesures de lutte contre les violences domestiques.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’un nouvel élan ! Le 22 septembre 2018, 20’000 femmes* et hommes solidaires ont manifesté à Berne pour l’égalité et contre les discriminations. Le début d’une mobilisation que nous voulons poursuivre jusqu’à la grève féministe et des femmes* le 14 juin 2019 !

L’égalité stagne : les femmes* se mobilisent !

Nous sommes toutes exposées au sexisme, aux discriminations, aux stéréotypes et aux violences, sur le lieu de travail, à la maison ou dans la rue. Mais nous savons que des oppressions spécifiques basées sur l’appartenance de race, de classe ou sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre se combinent, si bien que certaines d’entre nous peuvent subir des discriminations multiples. Faire vivre la solidarité entre les femmes* du monde entier, c’est un des objectifs de notre grève.

Fortes de nos diversités, nous refusons toute instrumentalisation de nos luttes, notamment à des fins racistes. Nous revendiquons le droit de vivre libres dans une société qui garantit des droits égaux pour toutes*.

Durant ces vingt dernières années, nous avons assisté à la montée des politiques néolibérales: les services publics ont été remis en cause, les prestations ont été réduites, des secteurs comme la santé ont été soumis à la logique marchande, les conditions de travail et de retraite ont été péjorées. L’économie capitaliste veut maximiser les profits au détriment de l’être humain et de l’équilibre écologique. Les femmes* sont les premières à en souffrir en tant que travailleuses précaires, migrantes ou encore mères, souvent seules responsables du foyer et des enfants.

Comme le disent les Islandaises: «Ne changeons pas les femmes, changeons la société !». Car l’égalité ne peut se réaliser dans un monde où seul compte l’argent, mais nécessite de construire une société où ce qui compte est le respect et le bien-être de chaque être humain.

Un mois avant la journée de la “Grève des femmes*”, des actions ont eu lieu dans toute la Suisse. Ici, à Genève – DR

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Le 14 juin 2019, nous nous mettrons en grève sur nos lieux de travail, dans nos foyers et nous occuperons l’espace public

Parce que nous en avons assez des inégalités salariales et des discriminations dans le monde du travail. Parce que nous voulons des rentes qui nous permettent de vivre dignement. Parce que nous voulons que le travail domestique, éducatif et de soins soit reconnu et partagé, de même que la charge mentale. Parce que nous nous épuisons à travailler, nous voulons réduire le temps de travail. Parce que le travail éducatif et de soins doit être une préoccupation collective. Parce que nous revendiquons la liberté de nos choix en matière de sexualité et d’identité de genre. Parce que notre corps nous appartient, nous exigeons d’être respectées et libres de nos choix. Parce que nous refusons la violence sexiste, homophobe et transphobe, nous restons debout ! Parce que nous voulons que la honte change de camp.

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Parce que lorsque nous venons d’ailleurs, nous vivons de multiples discriminations. Parce que le droit d’asile est un droit fondamental, nous demandons le droit de rester, lorsque nos vies sont en danger. Parce que l’école est le reflet de la société patriarcale, elle renforce les divisions et les hiérarchies fondées sur le sexe. Parce que nous voulons des cours d’éducation sexuelle qui parlent de notre corps, du plaisir et de la diversité sexuelle. Parce que les espaces relationnels doivent devenir des lieux d’échange et de respect réciproque. Parce que nous vivons dans une société qui véhicule des représentations stéréotypées de «la femme».

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Parce que nous, actrices culturelles, sommes trop souvent peu considérées et reconnues. Parce que les institutions ont été conçues sur un modèle patriarcal et de classe dans lequel nous n’apparaissons qu’en incise. Parce que nous sommes solidaires avec les femmes du monde entier. Parce que nous voulons vivre dans une société solidaire sans racisme, sans sexisme, sans homophobie et sans transphobie.

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, nous ferons grève le 14 juin 2019 !


La «Grève des femmes*» a lieu le 14 juin 2019 dans toute la Suisse www.frauenstreik2019.ch.

Femme* : toute personne qui n’est pas un homme cisgenre (soit un homme qui se reconnaît dans le genre qui lui a été assigné à la naissance).

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