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Phanee de Pool, et maintenant ?

© Imajack

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A élu domicile dans une grotte, celui qui, au hasard d’une discussion, n’a pas entendu parler d’un singulier et helvétique phénomène musical : Phanee de Pool. Un veston en pied de… poule, un sourire magnétique, des faciès tous plus étranges les uns que les autres, d’abord clown, puis flic, c’est un matin de septembre 2016 que Fanny Diercksen (à la ville) se décide à mordre à pleines dents dans la musique. 

En 2009, parmi les 70 meilleurs candidats de la Nouvelle Star, la Biennoise se fait recaler à la porte des auditions parisiennes. « Je suis à contre-courant et incapable d’exécuter un morceau sans le mettre à ma sauce », expliquait-elle d’antan. Aujourd’hui, âgée de 29 ans, peu de choses ont changé pour celle qui nous rappelle la chanteuse Camille. Toujours hors des sentiers battus, Fanny invente le « slap », un mélange entre slam et rap, teinté d’accents comiques, sur des instrumentales pop-indie voire électro. Et c’est un succès. Phanee de Pool fait une razzia, avec 10 distinctions à son actif, dont la deuxième place aux Swiss Music Awards 2018 dans la catégorie « Best female solo acts ».

Actuellement en tournée, attendue désormais en France, en Belgique et même en Corée, on a intercepté Phanee de Pool entre deux vols. Alors, que couve la nouvelle coqueluche de la francophonie ? Prise de pouls, juste avant la fureur de son été musical.

Phanee de Pool, sous l’objectif de Yann Zitouni.

Interview réalisée le 29 juin 2018.

Slash : Salut Fanny. Comment va la Pool – elle garde les pieds sur terre ou s’envole complètement ?
Fanny Diercksen : Bonjour l’équipe. La Pool plane à 200km/h, mais garde les pattes sur le bitume.

C’est le 11 septembre 2016 que tu poses les bases de Phanee de Pool. Depuis, il y a eu le succès quasi instantané, l’album, les distinctions, les médias, les festivals… Ce dimanche d’automne, il paraît loin ou pas tant que ça ?
Franchement, c’était hier. Je me souviens de chaque seconde de ce 11 septembre 2016 qui m’a fait bifurquer sur cette nouvelle vie.

Je repense souvent à la sensation que j’ai eue au moment de poster ma toute première chanson sur ma page MX3 que je venais d’ouvrir avec un nom d’emprunt qui me paraissait un peu bidon. « Phanee de Pool… tssss », mais je riais, seule, en imaginant la réaction de mes potes.

Au moment de partager ce premier morceau sur les réseaux sociaux, je me suis dit : « Tu balances, tu vas dormir un peu et demain en te levant, tu supprimes tout. Personne n’en saura rien. » Et à mon réveil, quand j’ai vu les réactions et le nombre d’écoutes, j’ai rien compris à ce qu’il était en train de se passer. Alors comme un robot, j’ai fermé mon ordi et suis partie travailler.

Avec du recul, je me dis que c’est une très bonne chose d’avoir assumé. [rires]

Sans oublier, en mars dernier, une micro tournée en Corée du Sud. Tu nous racontes un peu, comment ça s’est fait ?
Je devais initialement faire une tournée en Chine pour le même festival (Mars en Folie), mais j’avais déjà des contrats signés pour la Suisse. Donc, la Chine a envoyé mon contact en Corée du Sud qui organisait une série de concerts pour le même évènement quelques jours plus tard. C’est comme ça que tout s’est goupillé.

Je suis partie faire 5 dates à l’autre bout du monde dans des conditions absolument géniales. L’accueil du public était complètement fou. Au début, c’était déstabilisant de chanter devant des gens qui ne comprenaient pas mes paroles, mais j’ai vite réalisé que ce n’était pas capital pour eux. Ils aiment la musique et le fait que quelqu’un partage avec eux une culture différente.

La plus belle surprise du séjour, c’était lors du dernier concert, à Daejon. Pendant la chanson Luis Mariano, j’ai entendu comme un écho dans mes retours. J’ai d’abord pensé que l’ingénieur du son me faisait une blague et tout à coup, j’ai réalisé que le public chantait avec moi. Que des Sud-Coréens connaissaient mes paroles par coeur, j’ai frôlé l’arrêt respiratoire.

En sortant de scène, une dame est venue me voir et m’a annoncé que mes textes étaient étudiés en cours de français dans l’université où elle enseignait. Ils avaient loué un car pour venir assister à mon concert. C’est l’anecdote la plus palpitante de ma carrière.

Et après la Corée, on vise quoi exactement ?
La lune et les étoiles.

Les projets se mettent en place. Il y a beaucoup de pain sur la planche et nos couteaux sont bien aiguisés. Les dates en France et en Belgique commencent à arriver et surtout, de belles idées sont en gestation.

Mais, tu as peur parfois que l’engouement s’essouffle ?
Ce n’est pas une peur, mais plutôt un moteur.

J’ai une chance monumentale d’avoir un public présent qui vit cette aventure depuis le début avec moi et qui est ma source de motivation. Je ne m’attendais pas à vivre le dixième de ce qu’il m’arrive et c’est une aubaine, parce que ça me permet de ne pas m’emballer et de prendre tout ça comme un cadeau et non comme un dû.

Et quand le doute s’installe, on se raccroche à qui, à quoi ?
Je me dis que c’est important de se souvenir d’hier, de savourer aujourd’hui en préparant demain sans craindre la semaine prochaine. Tu vois comment ? Et puis sinon, il reste les orgies de chocolat noir à l’orange en fixant le vide.

Ton prochain but, c’est de conquérir la francophonie avec le slap ?
Conquérir est un bien grand mot. Le but est avant tout de franchir quelques frontières avec une lampe frontale, un sac de provisions et un badge d’explorateur. Restons réalistes !

C’est important de sortir de l’exercice rap au sens performatif et de créer quelque chose de nouveau ?
Pour moi, ça l’était, oui. J’avais toujours de la peine à expliquer ce que je faisais quand on me le demandait. Alors créer quelque chose de nouveau me donnait plus de liberté et enlevait quelques barrières. Je me sentais peu à l’aise avec l’étiquette « chanson française », même si sur le fond, c’est ce que je fais.

Et l’après, la prochaine nouveauté, tu y penses déjà ? On peut s’attendre à quoi ?
La superstitieuse que je suis restera vague sur le sujet. C’est comme les voeux, on en parle uniquement lorsqu’ils se réalisent. Mais entre nous, il y aura tantôt un nouveau morceau dans tes oreilles et quelques autres surprises dans le courant de l’année… Sois un peu patient mon enfant, tu veux ?!

Au risque d’être attendue au tournant…
Oui, c’est grisant. [dit-elle en claquant des dents, ndlr.]

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter, alors ?
Un bilan psychologique publié sur Slash Média tous les 6 mois, ou un peu moins de pollen pour le printemps 2019, à choix.

Revenez quand vous voulez, hein.

Merci Fanny.

« Hologramme », son premier album, est à retrouver sur toutes les plates-formes de téléchargement légal.

Phanee de Pool sera en concert le 7 juillet à Festi’Cheyres (FR), puis plusieurs dates en Suisse, France et Belgique – www.phannedepool.com.

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En résidence avec NALU, le quartet indie qui fait des vagues

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De g. à d. : Wills Gey (batterie), Marine Wenger (violon), Noa Zalts (voix, guitare) et Mark Kelly (guitare, basse) – © Slash Média / Damien Moriggi (SRvisuals)

Il y a dans les notes légères de NALU une certaine candeur, agréable et apaisante. Une musique folk enjouée, certes parfois un peu attendue, mais clairement assumée. Accueilli dans le cadre du projet « Proxima », porté par les Docks de Lausanne depuis 2017, le quartet lausannois a verni ce jeudi « Drifting Tides », leur premier EP aux accents solaires.

Il est bientôt 18 heures et, sous les éclairages bleutés du Café de la salle de concert du quartier de Sévelin (VD), le groupe indie répète une dernière fois leurs arrangements devant le staff des lieux. Après une journée et demie de résidence intensive, les quatre musiciens s’apprêtent à présenter leur projet au public.

À force de jouer

Les prémices de NALU datent d’il y a un, à peine. Active dans la promotion de la musique suisse avec son association « Into the Yard », Noa Zalts, 21 ans à l’époque, souhaite, elle aussi, monter sur scène et partager sa musique. 

Voir :  Envie d'un concert au balcon ? Faîtes appel à Into the Yard

En visite aux Docks (déjà), dans le cadre d’un autre projet, Noa y rencontre le batteur et percussionniste Wills Gey. Après quelques collaborations satisfaisantes, les deux musiciens décident de créer NALU, qui veut dire « vague » en hawaïen. « Pour moi, la musique n’est pas un travail solitaire. Elle doit être faite de contributions diverses et variées qui permettent de grandir ensemble », estiment la jeune femme juste avant son entrée en plateau.

Quelques mois plus tard, toujours dans un but de « partage et de rencontres en musique », la chanteuse fait appel à son ami Mark Kelly. Ni une ni deux, le chanteur veveysan d’origine britannique accepte, s’empare de sa gratte (ou de son banjo) et finit par rejoindre l’aventure. S’en suivent le producteur Iya Ko et la violoniste Marine Wenger.

Mark Kelly en concert avec NALU, jeudi soir aux Docks – © Slash Média / Damien Moriggi (SRvisuals)

« Proxima » : au service de la musique suisse

Dans le cadre de son activité de soutien à la scène locale, les Docks proposent le projet « Proxima ». Un rendez-vous musical dans le Café de la salle lausannoise valorisant les artistes émergents. Un concert semi-acoustique, une résidence d’un jour et demi, ainsi qu’une captation audio et vidéo sont, entre autres, offerts aux chanteurs et musiciens invités.

« Les besoins d’expression de la scène locale et de la scène suisse sont considérables, expliquent les responsables de Proxima. Jusqu’à aujourd’hui, notre action s’organisait autour de deux axes majeurs : la mise à disposition de la salle pour des résidences, des tournages ou autres besoins ponctuels et le travail de réseau lié à la scène suisse et à des projets d’accompagnement d’artistes ».

Ainsi, depuis septembre 2017 et ce quatre fois par an, le Café des Docks se mue en salle de concert. Le beatmaker lausannois Arma Jackson, les poètes valaisans Broken ₭Λ & Max.P, la folk acoustique de l’helvético-japonaise Colour Of Rice ou encore le rappeur nyonnais Fabe Gryphin sont venus ouvrir la marche aux quatre musiciens de NALU.

Voir :  À voir : le nouveau clip tourmenté de Fabe Gryphin, réalisé par Mei Fa Tan

Simple, mais efficace

« Celles et ceux qui connaissent mon speech savent que c’est répétitif, mais on va essayer de vous emmener avec nous ». Sur les praticables installés pour l’occasion, les pieds nus de Noa Zalts donnent le rythme – et le ton.

L’auditoire, constitué essentiellement de proches de la jeune chanteuse, est dense et attentif. Les chansons hommages à Léa et compagnie, les bonnes copines, s’entremêlent aux compositions gentiment folk.

En arrière-plan, les synergies entre le bassiste Mark Kelly et le batteur Wills Gey donnent à l’ensemble une teinte pêchue et affutée à ces sons paisibles. Presque saisissant. L’assemblée se dégourdit.

NALU, lors du vernissage de “Drifting Tides”, jeudi soir aux Docks – © Slash Média / Damien Moriggi (SRvisuals)

Arrivée au terme de son heure de concert, la formation folk, ovationnée, se précipite dans les rangs. Réceptions de bises, remises de bouquets de fleurs, promotion du nouvel EP et poignées de mains sont au rendez-vous de l’after. Tout un programme.

« Drifting Tides » est à retrouver sur toutes les plates-formes de téléchargement légal.

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Ecrire ses chansons et les produire soi-même ? Une formalité pour la Lausannoise Ella Soto

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© Elisa Siro

De son vrai nom Carmela Soto, c’est autour d’un café que je rencontre Ella Soto, 24 ans, chanteuse, auteure-compositrice et beat maker lausannoise. Discussion décontractée avec cette artiste qui mélange R’n’B et spiritualité dans ses écrits. Une douceur qui ne l’empêche pas de persévérer férocement dans sa passion depuis quelques années et à, aujourd’hui, s’y consacrer totalement.

Après avoir passé des heures à regarder de tutos sur YouTube et apprendre en autodidacte à manier un logiciel de MAO (musique assistée par ordinateur) pour « pouvoir compter sur moi-même et ne pas devoir attendre sur les autres », Ella Soto se lance dans la production de ses propres chansons, peu après ses 20 ans.

C’est ainsi qu’elle sort en 2014 son premier EP « We’re on a mission »dont le titre phare Let yourself go délivre alors déjà un message sur l’acceptation personnelle et l’importance de propager de l’amour autour de soi. Clip filmé dans un parc de Lausanne et monté par elle-même, elle explique qu’« à ce moment tout ce que je voulais c’était faire de la musique et lâcher mes sons, je ne réfléchissais pas très loin.» 

Pourtant, le chemin parcouru est visible grâce à son dernier clip, Touch My Mind, filmé à Paris et dont la qualité ne peut que témoigner de l’évolution de la jeune femme.

Être indépendante quant à la production de ses chansons, une fierté ou une nécessité ? « Ça a un impact sur les filles et même les hommes autour de moi qui ont envie de faire de la musique, mais qui n’osent pas. Tu donnes la preuve que c’est possible avec peu de moyens et c’est hyper important pour moi. » 

Preuve à l’appui : après ses premiers concerts live dans des squats lausannois, elle se fait repérer par le label biennois Creaked Records et n’apparait pas moins que sur la Liztomania du Montreux Jazz Festival en 2017.

Trois EPs produits entièrement par ses soins et les services de management d’un label plus tard, là voici en train de préparer son premier album dont la sortie n’est pas encore annoncée.

Ella Soto sous l’objectif de Charlotte Krieger

Quant à sa musique, souvent perçue comme étendard du féminisme – presque malgré elle puisqu’elle ne l’a jamais décrite ainsi –, Ella précise que son message n’est pas « soyez féministes à tout prix, non, même si je me perçois comme féministe, je crois que la plus belle des révolutions c’est d’abord de s’aimer soi-même, et ça permet automatiquement d’aimer les autres autour de soi. Je parlerais plus de militantisme romantique, on ne peut pas combattre la haine avec la haine. » 

Au-delà de la motivation que ses débuts prometteurs peuvent inspirer à certains artistes néophytes, son autonomie la pousse à se dépasser toujours plus afin de se sentir, avant tout, fière d’elle-même, faisant de la musique une thérapie personnelle.

« Sisterhood », le troisième EP d’Ella Soto, est disponible sur Soundcloud.

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