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Avec Julien Regamey, DJ de tout juste 18 ans

© Achille Quiblier

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Certains se rêvent pilotes de chasse, pompiers, pédiatres ou encore vétérinaires. Mais, pour Julien Regamey, 18 ans (tout juste), c’est un peu trop « facile ». Ce jeune saint-preyard, qui est actuellement en troisième année de Philosophie et Psychologie au Gymnase de Morges, aspire à devenir DJ (si, si, vous avez bien lu). Le projet est singulier et ambitieux, et c’est ce qui m’a interpellé.

Julien, au premier coup d’œil, c’est un jeune homme aux allures simples, sereines et robustes – presque un peu nounours. Me voilà rassuré. Moi qui viens de quitter Charles Mingus et Peter Tosh pour la Progressive et l’Electro House, heureusement, l’attitude est apaisante. Julien, c’est aussi, et paradoxalement, un débit de parole impressionnant ; une petite dizaine de questions m’auront suffi à obtenir les informations souhaitées. Mais Julien, c’est surtout un (très) jeune DJ… suisse ; « Je suis vraiment désolé, j’ai 5 minutes de retard », me notifia-t-il, avant même un bonjour. Tiens.

La température est douce, en ce début d’automne. La terrasse sur laquelle nous nous trouvons n’est pas choisie par hasard. Elle se situe à deux pas d’une célèbre boîte de nuit lausannoise – pour ne pas citer le MAD Club –, un lieu que Julien affectionne particulièrement. Tout au long de notre entretien, il m’en parle et reparle. C’est sacré, « le MAD ». Voilà qui est très corporate.

Je lui propose de débuter cette discussion par sa récente majorité. « Ça fait bizarre. C’est un peu la consécration dans ce milieu. » commence-t-il. « Mais bon, si je prends l’exemple de Martin Garrix, il s’est fait connaître à 16 ans, avec son hit Animals (il en a maintenant 20, ndlr.) » Il est informé et prévoyant, Julien. Il continue : « D’ailleurs, j’ai envie de suivre le même cursus. Après le gymnase, je souhaite partir pour Amsterdam, aux Pays-Bas, étudier à la DJ School. Là-bas, c’est une… religion ! » Il rit, puis, avec un vocabulaire toujours très soigné, m’explique que les branches proposées y sont très variées : de la « pop-artist » – le management, au « mastering » – le travail du son, en passant par l’immanquable production, tout y est abordé. Lorsque je lui demande quel papier lui sera délivré en fin de course, il me répond calmement qu’il ne le sait pas encore, mais se renseignera. Ouf ! Un peu de naïveté. Il commençait à me faire peur.

J’ai vu la foule sauter et s’amuser, et là, je me suis dit : “C’est ça que je veux, faire danser les gens !”

On ne l’arrête plus, Julian Johnson (son nom de scène). Il débite. Je tente, alors, de réaiguiller la discussion, en lui demandant d’où lui vient cette ferveur. Il pense d’abord à la génétique. Lorsque son père « était jeune » (je cite), à bord d’une camionnette équipée de platines et stroboscopes, il se baladait de place en place, à la recherche de badauds assoiffés de danse. Mais, Julien décide d’abandonner cette piste. Une autre idée lui vient : « Je pense que le véritable déclic a eu lieu en 2010, en regardant une vidéo du Tomorrowland, un festival qui se déroule chaque été, à Boom, en Belgique ». Ses yeux s’illuminent. « Je visionnais pour la première fois un live de David Guetta. J’ai vu la foule sauter et s’amuser, et là, je me suis dit : “C’est ça que je veux, faire danser les gens !” ».

Tout ça est bien lisse. Je décide, donc, d’aborder les éventuelles subtilités que pourrait lui offrir un tel travail (pardon). Julien pense immédiatement au temps qu’il a actuellement à consacrer à cette passion. « 12 heures par semaine », dit-il simplement. Je tente le haussement de sourcil. Ça fonctionne, il continue : « Mais, c’est trompeur. Un tour de cadran, ça peut passer très vite, comme très lentement, hésite Julien. Parfois, j’ai deux heures devant moi pour produire, et rien ne vient. Mais, souvent, les idées fusent en cours, à Marcelin (son gymnase, ndlr.) Alors, c’est peut-être con, mais, entre deux salles, je chantonne ma petite mélodie à mon smartphone ». Comme si le dire ne suffisait pas, il décide de le mimer. Tout devient plus clair. On s’y croit.

Le soleil se couche sur la terrasse du bar lausannois. Il fait (presque) frais, désormais. Autour de nous, la clientèle se revêt de manteaux, vestons, pulls… Mais, rien ne peut ébranler l’inébranlable ; Johnson reste, lui, en t-shirt. Lorsqu’il parle de « DJing », le voilà comme ensorcelé. Je n’ai plus besoin de rien faire. Lui-même commence à me décrire ses premières expériences : comme ses premières boums, « où il fallait pousser tous les meubles et passer des slows » ; son premier « contrôleur », qui lui permettait d’accélérer ou ralentir le tempo d’I Gotta Feeling, une chanson des Black Eyed Peas (son groupe préféré de l’époque) ; sa première formation, à 16 ans, à la Swiss DJ School, école fondée par le DJ lausannois Djerem (initiation financée par ses parents)… Il revit chaque moment avec beaucoup d’émotion, mais, pour lui, pas question de regarder dans le rétroviseur.

Je suis tout à fait d’accord avec eux. Il me faut bien une solution de repli… au cas où.

Il me parle de ses parents. Je prends la perche qu’il vient de me tendre, car, une question me brûle les lèvres, depuis le début de son histoire : il y a-t-il un appui familial, là derrière ? « Mes parents sont géniaux, commence Julien, enthousiaste. Ce sont eux qui m’ont offert mes premières platines et ils me soutiennent à fond pour la formation que je souhaite faire, sur trois ans, à Amsterdam. Il n’y a qu’une seule condition dans tout ça, ajoute-t-il, après quelques secondes de silence. Je dois obtenir ma maturité gymnasiale. Mais, je suis tout à fait d’accord avec eux. Il me faut bien une solution de repli… au cas où. » Il sourit.

Maintenant que j’ai 18 ans, j’aimerais vraiment pouvoir signer avec une agence de booking.

Une solution de repli. Je creuse. « J’ai tendance à être un peu parano, donc j’ai déjà réfléchi à ce que je pourrais faire si mes rêves de musique n’aboutissaient jamais. Bien sûr, j’espère que ça n’arrivera pas. Maintenant que j’ai 18 ans, j’aimerais vraiment pouvoir signer avec une agence de booking (permet de se décharger de l’aspect placement sur des dates de clubs ou festivals, ndlr.) Ça m’ouvrirait énormément de portes, car, maintenant, les gens viennent de plus en plus en boîte pour le line-up, la programmation. Mais, si aucune occasion ne se présente, et si je n’ai pas moyen de rejoindre la DJ School aux Pays-Bas, j’essaierais de devenir psychologue, en partant pour l’université. »

Bref, Julien est une drôle de personne. De son histoire, au paradoxe final, tout est très captivant. Écouter ou être écouté, une chose est sûre : tel un compositeur, Julien choisit de poser ses notes là où il le sent. Et pour ça, il a l’oreille.

Merci Julien. Merci Julian Johnson. Et bon vent Camarade !

Découvrir son univers musical

> Julian Johnson – Djerem – Never Look Back (Julian Johnson Remix)
> Julian Johnson – Mystery (Original Mix)

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João Gilberto, bossa supernova

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João Gilberto, sur la scène du Montreux Jazz Festival en 1985 – Alain Benainous

Le chanteur brésilien João Gilberto, précurseur de la bossa-nova, est mort samedi à 88 ans. 

Samba, plus jamais. João Gilberto n’est plus. Le papa réfractaire de la bossa-nova est mort samedi à 88 ans a annoncé son fils, João Marcelo, sur Facebook.

Souvenirs d’ici

Un vieux microphone à condensateur, la gratte légère et le flegme de la cidade maravilhosa (la ville merveilleuse). Il n’en fallait pas plus, à l’époque, pour faire frémir le Montreux Jazz Festival, un soir de juillet 1985.

Pourtant, 34 ans plus tard, en ce soir de juillet 2019, le micro restera sourd, la gratte veule et Rio pleurera. Pleurera «o mito» (le mythe), parti sans doute rejoindre Loalwa Braz, Vinícius de Moraes ou encore Nelson Ned.

Samba de maître

Il fascine, João Gilberto. D’un revers de guitare, il ouvre la voie au génie de Caetano Veloso, Gilberto Gil et Tom Zé. Même que, selon les légendes du petit monde des grands musiciens, il influença le jazz d’un certains Miles Davis. Fastoche.

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Ces dernières années, plombé par des dettes, dépossédé de ses droits, miné par des procès à rallonge, l’homme s’est «volatilisé» des radars médiatiques.

Le 6 juillet 2015, seule une vidéo sur YouTube le montrant, affaibli, fredonner avec sa fille, Luiza, le fit «ressurgir». Où était-il ? Que faisait-il ? Il sera dès lors le sujet de bien des rumeurs et fantasmes. Sa famille assure qu’il va bien et continue de «gratter». Il en sera une des dernières apparitions du musicos.

«La bossa nova je ne sais pas ce que c’est»

«La bossa nova je ne sais pas ce que c’est. Moi je joue de la samba», a-t-il assuré en 1961, au moment de publier son troisième 33 tours. En face A, on y trouve, pour exemple, une version de Samba da Minha Terra, le classique de l’un de ses maîtres chanteurs, Dorival Caymmi.

«Il peut bien sonner même en lisant un journal», dit un jour de Gilberto le draconien Miles Davis. C’est certainement là, encore plus que tout le reste, que résidait le miracle du Bahianais.

Jamais pris en flagrant délit de mauvais goût, toujours prompt à apposer quelques vers sur quelques notes. Le chanteur aura clairement redonné ses lettres de noblesse au mot «interprète». Lorsqu’il n’est pas l’auteur d’un céleste canção.


Sélection musicale de Malick Touré-Reinhard.

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“Les 6 Chemins” du SexoapCrew, un premier EP en dehors des sentiers battus

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SexoapCrew
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Le collectif rap bullois SexoapCrew a dévoilé samedi Les 6 Chemins, un premier EP aux styles multiples, mais volontiers plaisants. Interview. Chose promise, chose due, c’est le 25 mai dernier que le SexoapCrew a dévoilé son premier EP intitulé Les 6 Chemins. De passage dans nos colonnes en décembre 2018l’équipe originaire de Bulle est composée de six identités : Tacchini, Sunem, Dom, Simcheck, AR et SGK. SexoapCrew est un shakeur dans lequel les saveurs ne peuvent être parfaitement reconnues tellement elles sont nombreuses. Une chose est sûre, cependant : le cocktail est frais mais aussi à portée de toutes et tous. En janvier 2019, le SexoapCrew ouvrait les hostilités avec le clip de «Guérilla». Quatre mois plus tard, il nous revient avec «Sancho» et annonce enfin la sortie d’un premier EP pour le 24 mai. Suite à un souci technique, l’oeuvre arrive le lendemain sur les plateformes. Et c’est dans un bar de Fribourg que le SexoapCrew nous parle de cette première «naissance» par voie digitale.

Slash : Quoi de neuf depuis décembre ? Tacchini : Lors du concert à Fri-son, on t’avait parlé d’un premier projet qui devait sortir en début d’année, ça a pris un peu plus de temps que prévu par rapport au mixage et notre implication dans ce projet. Sinon, on s’est calmés sur les concerts, afin de privilégier le travail en studio et trouver notre ADN. Vous sortez votre premier EP Les 6 Chemins. Comment a-t-il été conçu ? AR : Il a été conçu assez naturellement. On s’est isolés dans le chalet – ou plutôt dans l’appartement – de Dom, à La Tzoumaz [en Valais, ndlr.] . On y est allés trois week-ends, on a pris tout notre matériel pour enregistrer, on a écrit nos textes et voilà comment onze titres ont vu le jour, pour en garder huit. Pourquoi Les 6 Chemins SGK : On est six personnes, on a chacun notre vie, nos expériences et on s’est croisés à différents moments. Depuis, nos six chemins ne font plus qu’un, c’est-à-dire celui du SexoapCrew, tout en gardant notre parcours de vie personnel, qui fait l’identité de chaque membre. Simcheck : Ces six chemins vont au final dans le même sens. On a différents avis, par exemple dans le rap et la musique. Cependant, la direction dans laquelle on se dirige reste commune. Dom : Même au niveau textuel, c’est très diversifié et c’est lié à ce que SGK a dit.

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Comment vous fonctionnez pour la création de vos chansons ? Vous avez un mode d’emploi ? Tacchini : On n’a pas de mode d’emploi, on ne s’est pas fixés de thème pour les morceaux… Une fois le son enregistré, le sujet était présent. C’est la force des six chemins. Sunem : À chaque morceau, AR a mis sa touche. Peu importe l’instru’, il a fait quasi tous les refrains de l’EP. Cela nous a mis dans un même esprit, car les refrains tournaient en boucle pendant qu’on écrivait. En fait, on s’est basés là-dessus. SGK : On met l’instru’, chacun «gratte» son texte – de son côté ou sur son chemin. À la fin, on met nos écrits en commun et on regarde comment créer les meilleurs «combos» – qui va commencer, suivre, conclure. Dom : Le fait d’imposer un thème, je ne pense pas que ça soit quelque chose qui marche. Il faut être assez libre sur ce qu’on écrit. Les refrains que AR a posés, ont permis de créer un univers et le son crée le thème. Un mot ou une phrase qui illustre l’ensemble de votre EP ? SGK et Simcheck : C’est le «Sancho». Avant de faire du rap, nous étions déjà des potes. On est tout le temps ensemble, on fait tout ensemble, c’est comme la famille. On s’appelle le «Sancho», parce qu’on est comme une veine dans laquelle coule un seul et même sang, sans oublier qu’on est chauds aussi.

Cover 6 Chemins - SexoapCrew

De g. à d. : Dom, Simcheck, AR, Tacchini, SGK et Sunem – © SexoapCrew

Dès la première piste, «Expo», vous dites «tout ce qu’on vise c’est les trophées, faire du cash…» De quel(s) trophée(s) parlez-vous ? C’est possible avec un premier projet ? Simcheck : Pour nous, rien que de rapper ensemble et de pouvoir promouvoir ça dans notre ville, que les gens reconnaissent notre travail, c’est déjà un trophée. Peu importe le cash que ça apporte derrière. Nos trophées sont le résultats du travail mis à l’ouvrage (sic.). C’est récolter ce que l’on a semé. AR : Trophée ne veut pas dire «avoir un Disque d’Or». Se produire sur scène devant ma famille, mes potes, mon entourage, ou devant des gens qui paient une entrée pour venir nous voir, recevoir un cachet, c’est un trophée. Tout le monde a besoin de «cash» et si on peut en gagner en faisant ce qu’on aime, c’est parfait. SGK : Le trophée est dans le sens d’accomplir quelque chose. Ce sont des victoires, en regardant de quoi l’on est parti. Ce qu’on fait est devenu plus «carré», il y a du travail dans notre art. On parle souvent de cash parce que la vie est ainsi faite, mais on est aussi très «Sancho». On oublie pas que la famille est plus importante que l’argent. Sunem : La suite du texte dit «faire du cash pour ensuite coffrer», cela signifie que que l’on a cette envie de mettre bien les nôtres (sic.). Prendre soin de la famille et tout ce qui va avec. Dom : Tu dois aller chercher ton argent, être là, présent, déterminé et faire les choses.

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Le “Sancho”, au grand complet – © Jay Bax

Cinquième titre, «Guérilla» : qu’est-ce que signifie «on sourit pour serrer les dents» ? Avez-vous tendance à avoir la bouche trop ouverte ?  SGK : C’est pas une question d’avoir la grande gueule. C’est juste que la vie peut être dure par moment, mais on a la chance d’être en Suisse, par exemple. On sourit même si tu peux avoir des douleurs. Tacchini : C’est vrai qu’on a des énormes gueules au quotidien. En même temps, c’est un défaut mais aussi une immense qualité, parce qu’on se dit les choses. On n’a pas peur de dire si l’un de nous a écrit un couplet de merde. On se le dit gentiment quand même. On sait aussi comment apaiser les tensions entre nous. Des fois, ça explose mais on revient toujours à l’état de potes. Dom : On n’oublie pas que nous sommes des potes à la base. Même si on s’engueule, on sait qu’il y a pas de problèmes à la base. Quand est-ce qu’on vous revoit sur scène ? Tacchini : Nous serons en concert le 15 juin à Ebullition [centre culturel situé à Bulle, ndlr.] avec Slimka, Di-Meh, Daejmy, Shaim & Santo. Pour les autres dates, ce sera à suivre sur nos réseaux sociaux.


«Les 6 Chemins» est à retrouver sur toutes les plateformes de téléchargement légal  www.mx3.ch/sexoapcrew.

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