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Critiques

« On the milky road » : un conte déjanté signé Kusturica

Capture du film

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Une après-midi pluvieuse. Deux choix s’offrent à moi : m’empiffrer de cookies sous ma couette ou aller voir le dernier film signé Emir Kusturica, « On the milky road ». Je choisis la seconde option, et ne regrette pas ce choix. Non seulement, car cela m’évite de culpabiliser pour les calories ingérées, mais surtout parce que « On the milky road » est probablement mon coup de cœur cinématographique de l’année 2017.

Beau, musical et poétique : c’est par ces qualificatifs que je désignerais le dernier chef-d’œuvre kusturicien en date. Il suffit de voir la bande-annonce pour le constater. Cette dernière est d’ailleurs très réussie à mon goût, puisqu’elle laisse transparaître l’univers folklorique du réalisateur sans en révéler trop sur le scénario. C’est d’ailleurs celle-ci qui m’a charmée et grâce à laquelle je n’ai pas hésité une seule seconde avant d’acheter mon billet (car, croyez-moi, pour payer une place de cinéma, il faut vraiment que j’en aie envie !).

Dans la Serbie des années ’90, ravagée par la guerre des Balkans, cadre particulièrement familier du réalisateur, le personnage principal, Kosta (incarné par Kusturica Himself) est chargé de livrer du lait aux soldats dans les collines, sous le feu des balles. Il s’apprête à épouser sa compagne Milena (Sloboda Micalovic) lorsqu’il rencontre la sublime Nevesta (Monica Bellucci), la promise du frère de Milena. Très peu de temps s’écoule avant qu’ils ne tombent amoureux et se voient dans l’obligation de fuir, ce qui leur vaudra d’être poursuivis par un général anglais en quête de vengeance. Entre eux débute une histoire d’amour interdite qui les emmènera dans des aventures rocambolesques, voire surréalistes.

Premier point positif : Le réalisateur, deux fois Palme d’or, aborde la problématique de la guerre d’un point de vue artistique et non politique. C’est au moment où j’en suis venue à oublié le fond de guerre de ce film que je suis réellement entrée dans l’univers burlesque, voire loufoque de Kusturica. Dans le registre absurde, on peut notamment voir une poule glapissante qui saute devant un miroir, ou encore un faucon qui danse sur la musique de Kusturica. Chaque plan est extrêmement riche et travaillé. Non seulement la beauté des paysages est envoûtante, mais c’est surtout la musique entraînante des Balkans qui m’a subjuguée, à tel point que je suis restée jusqu’à la fin du générique pour en profiter (ce qui est suffisamment rare pour être relevé !).

De plus, Kusturica nous prouve qu’il n’y a pas besoin d’être jeune pour vivre une histoire d’amour forte. Paradoxalement, les rides et les cernes de Monica Bellucci ne sont qu’au service de sa beauté, et c’est ce lâcher-prise sur l’âge qui m’a particulièrement séduite. Son jeu est particulièrement juste, et l’on découvre une autre facette de l’actrice franco-italienne, plus drôle, ravissante et émouvante que jamais. La performance des autres acteurs, dont la sublime et déjantée Sloboda Micalovic est également à saluer.

Emir Kusturica (à d.) et Monica Bellucci

Petit bémol, mais qui n’en est pas vraiment un : la durée. Il est vrai que le cinéaste serbe nous donne beaucoup à visionner (presque deux heures de film), mais une fois embarquée dans son univers, impossible pour moi de quitter l’écran des yeux ! Pour quelqu’un qui a l’habitude de s’ennuyer après plus d’une heure et demie sur un fauteuil, cela relève presque de l’exploit. On aurait tendance à dire que Kusturica nous en donne trop, mais rétrospectivement, j’aurais néanmoins de la peine à faire une sélection, tant chaque plan est subjuguant.

Finalement, « On the milky road » m’aura permis de découvrir l’univers déjanté de Kusturica, et j’ai bien l’intention de découvrir ses précédents longs-métrages, histoire de voir s’ils sont tous dans la même veine que son dernier en date. 

Cinéma

« My Foolish Heart », le film poignant sur la mort de Chet Baker

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« My Foolish Heart », un drame néerlandais signé Rolf Van Eijk a été présenté hier au au Geneva International Film Festival (GIFF). Le film –  projeté pour la première fois à l’internationale – était nominé dans la catégorie « Compétition internationale de longs métrages ».

L’histoire se base sur des faits réels : le décès du trompettiste prodige Chet Baker, joué par Steve Wall. Il est retrouvé mort, en 1998 à Amsterdam, tombé de la fenêtre de son hôtel. Le détective Lucas (Gijs Naber) décide d’enquêter sur les derniers jours du jazzman. Il se lance alors dans une investigation tourmentée, durant laquelle ses recherches le confrontent à ses propres démons…

Quatre années de travail acharné, avec un petit budget, ont été nécessaires pour tourner le film. Rolf Van Eijk a lu énormément de livres biographiques, mais est surtout allé à la rencontre des personnes qui côtoyaient Chet Baker au quotidien, dont son docteur, entre autres. Ainsi, de nombreuses anecdotes du film ont été racontées directement par des proches de Chet Baker.

Le film est plein d’émotions, fortes, lourdes. Les dialogues sont courts, criards, marquants, souvent remplacés par des silences parlants et des regards qui s’étendent jusqu’à vous transpercer. Et là, submergés par l’émotion, vous ne pouvez que vous cramponner au siège, reculer votre tête pour essayer de distancer cette brutalité que l’on vous jette à travers l’écran.

Les bruits sont exacerbés. Le sol crépite. Les respirations sifflent. Chaque son nous plonge un peu plus dans une intimité particulière avec les protagonistes, au début gênante puis attachante. À tout moment, la musique s’entremêle à la projection, la puissance du jazz nous emporte, nous hypnotise.

Une histoire brutale s’entre-choque avec l’esthétique chaleureuse du long-métrage. Même si la majorité du film se déroule dans la pénombre, les images sont douces et rassurantes. Leurs tons cuivrés et orangés rappellent subtilement cet univers feutré et tamisé du jazz et plus particulièrement, la trompette..

Les différents interrogatoires durant l’enquête présentent une réalité différente, crue et violente. La solitude. Une solitude destructrice. La vie du musicien que l’on découvre au fur et à mesure agit comme un miroir sur le détective. Leurs histoires se ressemblent, les mêmes scènes se succèdent…

Le tueur, est-il arrêté ? Est-ce réellement un meurtre ? Ou alors un suicide ? Un accident ? La chute est si parfaite que je ne peux vous la révéler ici … 

Après une bonne heure et demie, les lumières se rallument. Le film se termine et quelques sanglots brisent un silence, qui reflètent l’opinion unanime d’un public touché et conquis. 

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Cinéma

« Wij », un film déroutant sur l’adolescence

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Adaptation d’un roman de 2009 d’Elvis Peeters qui avait fait grand bruit en Belgique flamande, « Wij » se base sur une histoire vraie. Le film de Rene Eller est une histoire violente, autant psychologique que physique. L’image est belle, léchée, graphique et lumineuse. Sous ses airs de film pour ado, où les romances et les premiers émois se font sentir, se cache une histoire d’excès, de manipulation et de perdition.

En rentrant dans la salle Pitoëff, le lieu central du Geneva International Film Festival – le GIFF pour les intimes – j’entends une personne âgée dire derrière moi qu’elle est venue voir le film car « pour une fois un film sur les jeunes n’a pas l’air trop violent ».  C’est la première personne à être sortie de la salle en fin de séance, bouleversée.

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« Wij » (« we »en anglais, ou « nous » en français) c’est l’histoire de huit adolescents, quatre filles, quatre garçons. Ils s’ennuient un été et décident de s’occuper. Les premières minutes du film nous portent à un procès en Belgique flamande aux bordures des Pays-Bas. On se questionne, on ne sait pas qui accuse qui, ni comment, ni pourquoi…  Mais on sait que quelque chose d’horrible s’est déroulé. On suit alors tour à tour ces jeunes selon leurs perspectives, leurs manières de comprendre ce qui s’est passé cet été-là. Le film est découpé en quatre parties. Quatre univers musicaux, quatre voix off, quatre versions différentes de la même histoire. Racontés du point de vue des protagonistes, des éléments sont omis. Le spectateur est laissé ainsi, à lui de reconstruire les liens.

Ces jeunes jouent. Ils jouent avec les jeux de la société dans laquelle ils vivent, avec le sexe, avec la pornographie, avec l’argent, avec la politique et avec le sexe tarifé. Ils poussent les limites, tirent de plus en plus. Pour finir, on a l’impression que c’est le film lui-même qui joue avec nous et nos ressentis. Notre génération s’identifie aux personnages et on s’y attache, au point d’être gêné par la tournure des événements. Certaines scènes nous retournent, j’ai senti mon utérus se tordre sur lui-même lors d’une scène d’avortement. Les scènes de sexe sont crues et gênantes. 

C’est après un casting de presque deux ans que le réalisateur Rene Eller a trouvé ses protagonistes. Il les a alors rassemblés pour adapter le scénario et parler des limites de chacun, de ce qu’ils étaient prêts ou pas à faire face à la caméra. Le réalisateur nous avoue après la projection ne pas leur avoir demandé quelque chose pour le film, qu’il n’était pas prêt à faire lui-même. C’est notamment par cette phase de réécriture qu’il a réussi à créer une vraie énergie de groupe entre les acteurs, ce qui se ressent à l’écran.

Maxime Jacobs, Salomé Van Grunsven et Pauline Casteleyn, lors du tournage – © Lotte Van Raalte

Rene Eller nous pousse à nous interroger sur notre société qu’il décrit comme en « crise existentielle » et où la jeunesse serait en perte de repères. Il dépeint dans son film les peurs qu’il peut en avoir. «Wij » est un film qui nous questionne face à notre propre sortie de l’enfance. Aux limites que l’on s’est imposées et qui se sont imposées au cours de notre adolescence. On en sort perturbé, choqué mais peut-être pas aussi pessimiste que son réalisateur.

La 24èmeédition du GIFF continue jusqu’au 10 novembre à Genève

Informations et billetterie sur le site du GIFF.

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