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Invité d’honneur du Festival du cinéma espagnol de Nantes, Rodrigo Sorogoyen est venu évoquer son rapport au travail, le succès inattendu de la série Los años nuevos et son prochain long-métrage avec Javier Bardem et Marina Foïs. L’occasion pour le réalisateur de revenir sur ses choix de mise en scène, son obsession du réalisme et sa relation avec le cinéma français.
Retour à Nantes et trajectoire
Sorogoyen confie que retrouver Nantes, où il a passé neuf mois en Erasmus, a une portée personnelle et cinéphile. Après y être venu comme simple spectateur en 2003, il éprouve une « sensation curieuse » à revenir en tant qu’invité d’honneur, même s’il préfère généralement regarder vers l’avant plutôt que s’attarder sur sa carrière.
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Un cinéma espagnol en mutation
Interrogé sur l’évolution du cinéma espagnol depuis ses débuts, il note un changement sensible — autant dans la diversité des voix que dans la structuration industrielle, marquée par la crise et par l’émergence de nombreux cinéastes et cinéastes femmes. Mais, prévient-il, l’accueil critique n’est pas uniforme : la scène culturelle se divise, selon lui, et une partie du pays, notamment à droite, exerce une critique acerbe sur certains succès internationaux.
Il revient aussi sur un article du New York Times qui avait résumé une altercation supposée avec Oliver Laxe. Sorogoyen balaie l’idée d’un vrai « clash » : il parle d’un échange amical détourné en opposition caricaturale par la presse et rappelle qu’il apprécie certains films de Laxe tout en n’aimant pas nécessairement d’autres.
Los años nuevos : l’audace technique au service de l’émotion
La série co-créée et majoritairement réalisée par Sorogoyen a surpris par ses longs plans et par un épisode final entièrement en plan-séquence. Pour le cinéaste, la forme devait découler du fond : une série qui parle du temps impose un rapport prolongé à l’espace et aux personnages.
Le défi technique a été réel. L’épisode unique a été tourné en seulement cinq prises — la dernière conservée — et le travail en plateau s’est étalé sur cinq jours, avec des journées de tournage concentrées. Avant ces prises, l’équipe a mené des répétitions et des essais techniques, mais jamais sur une durée continue de 45 minutes.
La chambre où se déroule une grande partie de l’épisode, encombrée de miroirs, a finalement été laissée telle quelle : les reflets sont devenus un outil de jeu et de composition plutôt qu’un problème à masquer. Quant aux scènes d’intimité, Sorogoyen dit avoir voulu s’éloigner des représentations irréalistes du sexe à l’écran et a travaillé avec les acteurs pour atteindre un réalisme tactile — saluant la confiance et l’investissement d’Iria del Río et Francesco Carril.
Le réalisme comme moteur
Pour Sorogoyen, l’émotion prime sur l’exploit de mise en scène. Si la virtuosité l’attire, elle ne doit jamais éclipser la capacité d’un film à toucher. C’est pourquoi il attache une importance capitale au casting : « Je veux de la vie dans le cadre », dit-il, expliquant passer beaucoup de temps à choisir tous les interprètes, pas seulement les rôles principaux.
La direction d’acteurs vise à les mettre à l’aise pour que surgisse ce « quelque chose » instinctif dans leur jeu. La mise en scène, l’éclairage et le montage restent indispensables, mais sont toujours subordonnés à l’histoire et à l’émotion recherchée — parfois un plan simple fera plus pour toucher qu’un dispositif sophistiqué.
El ser querido : un duo Bardem–Luengo et un film sur l’histoire que l’on se raconte
Le montage de son prochain film, El ser querido, est « totalement fini », confirme Sorogoyen, qui affirme attendre la suite — en plaisantant sur une éventuelle sélection cannoise. Le film réunit Javier Bardem, Victoria Luengo et Marina Foïs.
L’histoire met en scène un réalisateur espagnol connu internationalement et sa fille actrice. Le récit explore la relation parent-enfant, la culpabilité et l’abandon, dans un contexte cinématographique où les rapports de pouvoir ont été questionnés depuis #MeToo. Le film adopte aussi un angle méta : il s’interroge sur la manière dont les êtres humains se construisent des récits pour exister et se réconcilier.
Marina Foïs incarne une productrice française amie du personnage de Bardem. Les échanges entre eux se déroulent principalement en anglais, ponctués d’insertions en espagnol ou en français, un jeu de langues que Sorogoyen apprécie et a déjà exploré dans As Bestas.
Projet en France, refus des sirènes américaines
Parlant de ses envies, Sorogoyen confesse avoir des idées situées en France et ne serait pas opposé à y tourner un jour — sans que ce soit pour autant son projet immédiat. En revanche, le cinéma hollywoodien ne l’attire pas : au-delà de l’argent, il redoute la perte de liberté et la pression inhérente au système, estimant que le prix à payer serait trop élevé.
Quand on lui demande quel film représente, selon lui, le sommet de sa filmographie, il cite sans hésiter El ser querido et Los años nuevos, soulignant les risques pris et les expérimentations engagées — notamment autour du noir et blanc et du son — en contraste avec des approches plus classiques comme celle d’As Bestas.
Le Festival du cinéma espagnol de Nantes se poursuit jusqu’au 29 mars.

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