Arménie : le candidat lié à Macron présenté comme la bête noire de Poutine

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À dix jours des élections législatives arméniennes du 7 juin, Emmanuel Macron fait publiquement le pari du Premier ministre sortant, **Nikol Pachinian**. Son appui s’inscrit dans une stratégie européenne et transatlantique visant à repositionner l’Arménie comme carrefour de connexions entre l’Asie centrale et l’Europe — au risque de froisser Moscou.

Un soutien occidental très visible

Le président français a multiplié les gestes symboliques et diplomatiques depuis 2023, culminant début mai avec la tenue à Erevan de la réunion annuelle de la Communauté politique européenne, en présence de Volodymyr Zelensky, puis une visite d’État au cours de laquelle Macron et Pachinian sont apparus très complices.

Le feuilleton médiatique a même pris un ton léger : lors de son déplacement, Emmanuel Macron a chanté « La Bohème » aux côtés du Premier ministre, un moment largement relayé par les médias. Sur le plan militaire, Paris a noué un partenariat avec Erevan en 2023, actant un rapprochement concret.

À Washington, le soutien est lui aussi explicite. Le 28 mai, Donald Trump a exprimé son appui « complet et total » à Nikol Pachinian sur son réseau Truth Social, lendemain d’une visite d’un responsable américain à Erevan.

La géopolitique derrière le choix

Ce qui motive l’alignement occidental dépasse la seule personnalité du Premier ministre. Il s’agit de créer un itinéraire commercial et énergétique reliant l’Asie centrale à l’Europe, en contournant la Russie et l’Iran. Bruxelles a promis un soutien financier important : **2,5 milliards d’euros** seront consacrés à la modernisation des transports, de l’énergie et de la connectivité numérique arméniennes, ainsi qu’à la lutte contre la désinformation.

Parallèlement, un projet qualifié de « route Trump pour la paix et la prospérité internationales » vise à faciliter un passage commercial entre l’Azerbaïdjan et son exclave du Nakhitchevan via le territoire arménien, avec le concours de la Turquie et de Bakou.

La rupture partielle avec Moscou

La réorientation d’Erevan irrite le Kremlin. En réaction, la Russie a imposé des restrictions sur certaines exportations arméniennes — eaux minérales, cognac, fruits, légumes — et menacé d’autres mesures. Ces tensions s’enracinent aussi dans la mémoire récente.

La guerre du Haut-Karabakh de 2020, qui s’est déroulée du 27 septembre au 10 novembre, a fait près de 4 000 morts côté arménien et provoqué l’exode d’une large part de la population arménienne de la région. Beaucoup en Arménie ont reproché à Moscou son manque d’intervention pendant le conflit.

Sondeurs et équilibres contradictoires

Un sondage de février 2026 montre la complexité des opinions publiques : **72 %** des Arméniens approuvent l’idée d’une adhésion à l’Union européenne, tandis qu’environ un tiers désigne la Russie comme la principale menace politique. Malgré cela, **43 %** considèrent encore Moscou comme le partenaire politique le plus important.

Sur le plan institutionnel, l’Arménie reste liée à la Russie par des accords au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), mais ces liens ont été mis à l’épreuve depuis 2020.

Portrait politique de Nikol Pachinian

Nikol Pachinian, 51 ans au 1er juin, est issu d’un parcours atypique : ancien journaliste devenu leader d’un mouvement anticorruption, il est arrivé au pouvoir après la révolution dite de velours de 2018. Son style est pragmatique et souvent direct. Son action a nourri une croissance économique soutenue — autour de 7 % selon les données évoquées — et permis l’émergence d’une classe moyenne plus tournée vers la modernisation.

Mais son tempérament lui vaut aussi des critiques. Il a livré des attaques publiques contre des figures religieuses et politiques, et son pouvoir a parfois été jugé autoritaire par ses opposants.

Opposition prorusse et divisions de la diaspora

Face à lui, l’opposition est largement incarnée par des élites proches de Moscou. En 2025, Pachinian a placé en résidence surveillée Samvel Karapetyan, milliardaire à la tête du parti prorusse Arménie forte, accusé de menées déstabilisatrices.

La diaspora arménienne en France demeure également divisée. Des figures de la communauté, comme Mourad Papazian, ont exprimé leur hostilité au chef du gouvernement. Une tentative, apparemment suggérée lors d’une cérémonie à l’Élysée en février 2024, pour rapprocher des leaders de la diaspora et Pachinian n’a pas permis de surmonter les fractures.

Enjeux et conséquences d’un résultat électoral

Si le parti de Pachinian l’emporte, ce serait un revers important pour la Russie et une victoire symbolique pour l’UE et ses alliés. Après des succès proeuropéens récents en Hongrie et en Moldavie, Bruxelles espère un effet d’entraînement vers la Géorgie et au-delà.

Cependant, la polarisation géopolitique comporte aussi des risques. L’Arménie pourrait devenir un terrain de compétition entre grandes puissances, avec des conséquences directes pour la sécurité régionale et la souveraineté du pays.

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