Brodinski affirme pouvoir se permettre d’être radical

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Depuis ses débuts en 2007 avec le maxi Bad Runner, Brodinski a tracé un parcours tour à tour club, rap et industrie internationale. À 38 ans, le producteur revient sans concession avec Mono City, un disque qui mêle trap et techno et qui illustre sa volonté d’indépendance artistique.

Un disque publié sans tapage

Sorti « début janvier » dans une relative discrétion, Mono City marque un choix assumé : Brodinski préfère laisser l’album se diffuser naturellement plutôt que de le pousser par une promotion agressive. Il parle d’un positionnement rendu possible par les années de travail accumulées depuis 2007 et par la liberté qu’il s’est donnée pour maîtriser tous les aspects de sa carrière.

Plutôt que d’essayer de séduire le plus grand nombre à tout prix — comme il le reconnaît pour son précédent album Brava — il conçoit ce nouvel opus comme une expérience d’écoute, voulant un disque qui se découvre dans des conditions particulières, sans chercher à convaincre tout le monde.

Un patchwork de rencontres

La construction de Mono City est le fruit d’un long processus collaboratif. Pendant la période 2020‑2023, alors que la pandémie offrait du temps pour créer, il a participé à plus de quarante projets. Pour son propre album, il a contacté près de 150 personnes et, à partir de février 2025, en tournée en Asie et en Australie, il affirme avoir trouvé le fil rouge qui structure finalement quatorze titres.

Des producteurs et artistes travaillent ensemble dans un studio d'enregistrement moderne.
La création de Mono City s’est construite autour de plus de 150 collaborations.

Le disque rassemble des artistes issus majoritairement du rap — on y retrouve des noms comme Jwles, 8ruki, Slikback, helen island ou Big GLTAOW — et illustre sa volonté de croiser les styles plutôt que de rester cantonné à un seul registre.

Du DJisme à la production : un basculement déterminant

Initialement connu comme DJ, Brodinski admet ne pas s’être considéré comme producteur durant ses premières années. La création du label Bromance en 2011 a ouvert de nouvelles portes, mais le vrai pivot est survenu après son engagement sur l’album Yeezus de Kanye West en 2013. Travailler dans un environnement intense, aux côtés de Mike Dean et No I.D., et dans un studio parisien ouvert 24 heures sur 24 l’a convaincu de s’installer aux États‑Unis pour approfondir son travail en production.

Itinéraires : Reims, Los Angeles, Atlanta

Son parcours professionnel l’a mené de la scène française aux États‑Unis. En 2011 il a passé plusieurs mois à Los Angeles, où des rencontres — notamment avec Louisahhh et le duo Pipes — ont donné des titres importants pour le label.

Vue aérienne d'Atlanta avec ses studios de musique et vie nocturne urbaine.
Atlanta a été déterminante pour l’évolution de Brodinski vers la trap.

Plus tard, l’implantation à Atlanta a été déterminante pour sa bascule vers la trap. La scène locale, selon lui, est moins régie par l’industrie et plus propice aux collaborations libres, ce qui l’a aidé à publier Evil World sur le label américain Cinematic Music Group et à gagner en visibilité — jusque sur des panneaux publicitaires.

De Bromance à de nouvelles directions

Le label Bromance, créé pour ouvrir les horizons de la bloghouse et promouvoir des croisements entre électronique et rap, a incarné pendant plusieurs années une certaine liberté artistique. Mais les trajectoires individuelles ont fini par diverger et la structure a pris fin alors qu’elle conservait encore une forte aura.

Pour Brodinski, ce moment correspondait aussi à un besoin de se recentrer sur ses propres expérimentations — d’où le départ pour Atlanta et l’exploration d’un son trap plus radical.

Curiosité et longue trajectoire

Regarder en arrière reste pour lui source d’étonnement : partager une scène jeune avec Soulwax, produire pour des artistes pop internationaux ou maintenir une carrière active en 2026 sont des éléments qu’il n’aurait pas forcément anticipés en 2007. Il dit avoir parfois envisagé d’arrêter, mais ressenti constamment l’envie de raconter de nouvelles choses.

Aujourd’hui, il conserve une posture volontairement radicale et curieuse — multipliant les résidences et les déplacements (Thaïlande, Grèce, Le Caire, Brno) — et se montre ouvert à des collaborations inattendues, y compris en dehors de son univers habituel, ce qui pourrait annoncer un nouveau chapitre pour ses vingt ans de carrière.

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