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Au pas, rencontre avec un artisan-cordonnier qui prend son pied

Un détail farfelu sur la machine à poncer patinée de Guillaume Deuzet – © Slash Média / Alice Capsary

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Pour trouver l’atelier-boutique mêlant tradition et extravagance de Guillaume Deuzet, 26 ans et artisan-cordonnier-bottier de formation, il faut le vouloir (et connaître le lieu). 

Au bout de l’étroite Ruelle de Bourg à Lausanne, une jolie cour et un mur vert anis. Une fois repéré, il suffit de pivoter la tête pour se retrouver au Rôtillon, illustre faubourg des tanneurs et artisans en tout genre, face à l’antre de la Cordonnerie Deuzet.

Rassurons-nous, après avoir découvert l’univers de ce personnage passionné et son savoir-faire atypique, on se rappelle facilement du lieu. Rencontre. 

Interview réalisée le 24 juillet 2018.

Slash : Salut Guillaume. Quand on entre dans ta boutique, qui rendrait fou n’importe quel calcéophile, ce qui frappe le plus ce sont les nombreuses chaussures de villes d’hommes. On en déduit que c’est ta spécialité ?
Guillaume Deuzet :
Oui, je répare beaucoup de chaussures de villes pour hommes, pour des avocats, assureurs, banquiers par exemple, mais tout autant pour des femmes, j‘ai des clients de tous les âges et de toutes classes sociales confondues. En général, ma clientèle est plutôt aisée, elle aime les belles choses et a entre 30 et 60 ans, je dirais. Mais ce que tu vois là, ce sont des chaussures sur mesure que j’ai fabriquées et tatouées moi-même.

Les chaussures tatouées par l’artisan bottier – © Slash Média / Alice Caspary

On ne te les commande pas ou est-ce une volonté de ta part de ne pas les vendre ?
Au fait, à la base, mon métier c’est de faire des chaussures. Alors qu’ici, je travaille plus dans la protection de la chaussure plutôt que dans la fabrication de l’objet. Tout autour de toi, ce sont des chaussures en réparation. Donc je n’en fais plus au sens commercial du terme, mais je continue à en faire pour moi, par passion. Je travaille aujourd’hui à refaire des modèles, à refaire des formes pour pouvoir le reproposer d’une manière plus cadrée et prédéfinie. Mais c’est dur pour l’instant de gagner sa vie avec ça, c’est-à-dire en ne vendant que des créations où je passe environ une cinquantaine d’heures dessus. Ça fait énormément de temps consacré à un client, sur un seul projet. Du coup, tu dois avoir un produit fini qui est vraiment parfait… et les choses se passent rarement comme on le souhaiterait (rires) !

Tu parlais avant de ta clientèle, est-ce un aspect de ton métier que tu apprécies, le partage avec cette dernière qui découvre ton univers en passant le seuil de ta cordonnerie ?
Oui, avec les clients, c’est un petit théâtre. Chaque jour, tu ne sais pas qui va passer devant ta porte. Il y a des gens qui viennent et ça te fait plaisir de les revoir, car ils sont déjà passés, ou alors des gens que tu as plaisir à rencontrer pour la première fois. Comme c’est un métier concret, tu prends un objet qui a déjà servi, qui est un peu au bout et puis tu modifies deux ou trois choses et c’est reparti pour autant de temps. À la fin de la journée, tu peux voir ton travail, c’est beau, ça te fait du bien et si en plus les clients derrière sont contents du résultat et me racontent l’anecdote de leurs chaussures, c’est vraiment cool. Donc, oui, il y a ce côté « relation à la clientèle » qui est en général très sympa. Si je crée un atelier comme ça, c’est parce que j’aime me sentir bien au quotidien, dans un univers qui m’appartient. Et indirectement, c’est quand même plus rassurant pour le client de voir le respect que porte l’artisan envers son métier. Je veux qu’ils puissent se dire : « Lui, il a appris son métier, il le connait, il l’aime et ça se voit ». 

Quelles sont les autres raisons qui font que tu aimes apparemment profondément ton métier d’artisan-bottier ?
C’est un métier génial, dans le sens où tu as des outils et des matériaux qui te permettent d’à peu près tout réparer, de tout faire, tout créer. Un jouet, une moto, un abat-jour, tout ! Tu peux aussi, comme je le disais, créer des choses, peindre… C‘est un métier où tu peux t’exprimer. Au-delà même de « s’exprimer », tu partages des idées d’une certaine manière.

C’est pour ces raisons-là que tu as décidé de faire ce métier et pas un autre ?
Je pense que c’est parce que, à l’époque, je savais qu’il y avait peu de jeunes qui étaient intéressés par le métier, qu‘à ce moment-là je portais des Rangers, que je suis rentré chez un cordonnier pour les réparer et que son atelier m’a plu. Je savais en plus qu’il y avait peu de gens qui le pratiquaient correctement. Il y a une vraie identité dans le métier. Ce que tu fais de tes journées, ça forge la personne que tu es. Ça m’a donc motivé à fond dans mon apprentissage. Après, j’ai aussi eu de la chance. Je suis tombé sur les bonnes personnes, dès le début.

Justement, parle-nous de ton parcours. Comment en es-tu arrivé à tenir ta propre boutique de cordonnerie artisanale, ici à Lausanne  
Alors mon parcours n’est pas simple… mais heureux (rires). D’abord, il faut distinguer deux choses : le bottier, c’est celui qui crée, qui fabrique les chaussures. Le cordonnier c’est celui qui répare. Et moi, je suis cordonnier-bottier. J’ai été formé pour les deux ! Et pour le coup, c’est vraiment du pif. Je suis né en France, près de Mantes-La-Jolie et j’y ai passé la plus grande partie de ma vie. Je suis allé à l’école jusqu’à l’âge de 15 ans et je l’ai vite quittée, parce que je me marrais beaucoup, mais je m’ennuyais surtout énormément. Je voulais aussi me diriger vers une voie ou je pouvais déjà commencer à travailler avec « les vraies gens » comme on dit.

Donc, de là, mon père m’a parlé des Compagnons du devoir. C’est un système, une école, une association française qui remonte aux bâtisseurs de cathédrales, dont le principe est le partage, le voyage et surtout la retransmission de ton métier. Des Maisons de Compagnons, il y en a partout en France : ça peut être un château, une vieille maison, un immeuble, un appart’… Ça dépend de la ville, où l’on vit tous ensemble. En Suisse, il y a environ 6 Maisons de Compagnons, des endroits loués par l’association française, dont l’une d’entre elles se trouve près de Lausanne, à Cugy. Une quinzaine d’itinérants y séjourne chaque année. Il y a environ 25 corps de métiers chez les Compagnons : charpentier, menuisier, maçon…

Le but, c’est vraiment de retransmettre. Comme on dit chez nous : « Ni s’asservir, ni se servir, mais servir » (rires). Le but en soi, c’est de donner autant que l’on te donne. Parce qu’il y a aussi beaucoup de bénévolat là-dedans. On a toujours dû se débrouiller soi-même ou en s’aidant des autres. Il y a un réel esprit de communauté qui m’a, je pense, bien aidé.

Et qu’est-ce que tu es en train de faire là, pendant que tu me parles ?  
Là, je fais un glaçage, vu que je ne tiens pas en place (rires). La patine, en soi, c’est quand tu fais des effets fondus de couleur, ce n’est pas linéaire, il y a des milliers de possibilités. Je vais décaper la paire et la teindre avec de teintures très liquides et pénétrantes. Je mélange les couleurs, je fais des effets avec le pinceau pour arriver à un bon rendu, ensuite je nourris le cuir avec de la crème et du cirage, puis je glace. Ça peut être de toutes les couleurs possibles, sur tous les supports, chaussures et armoires compris. J‘ai tout patiné dans mon atelier, les machines, les armoires, le mannequin et même la clim’. Chez moi, c’est pareil (rires).  

Et concernant ton « univers », comment le décrirais-tu ? Qu’est-ce qui te démarque des autres cordonniers de la ville ? 
Je travaille de manière à ce que mon travail se voie le moins possible, c’est le principe même de ce que je fais ici dans mon atelier, travailler de façon traditionnelle. Par exemple, tu ne trouveras pas de clé dans ma cordonnerie, car, en théorie, un cordonnier, ça ne fait pas de clé. Concernant mon univers, si je devais le décrire en trois mots, ce serait… singulier, magique et traditionnel.

Dans mon atelier, j‘ai tout repeint, patiné et je me sens beaucoup mieux comme ça. Ça fait moins « hôpital », moins minimaliste, je préfère le chargé, c’est plus mon univers. C’est ce que je dis aux gens qui me disent parfois très gentiment que c’est très joli. Je pense que les gens aiment ce « dépaysement ». Souvent, aussi, cordonnier c’est un métier de reconversion professionnelle. Dans les « talons minute », on trouve des types qui se sont formés en trois mois, moi je me suis formé en sept ans. En fait, je manipule des objets très chers. Ce n’est pas évident, il faut être très précis, y passer beaucoup de temps, voilà peut-être ce qui me démarque des cordonneries minute, par exemple.

Mais, tu répares aussi visiblement des Stan Smith, pour de plus petits budgets. Il y en a qui trônent sur ton établi, en pleine réparation…
Je ne regarde pas le prix de la chaussure. Mes tarifs ne sont pas faits en fonction de ça. Mes tarifs sont basés sur le temps que je passe à réparer la chaussure. Donc j’accepterai même de changer une roue de vélo, tant que le prix à payer reste dans mon « taux horaire ». Ça dépend aussi des matériaux que l’on utilise pour faire la réparation ou la protection, s’ils coûtent cher ou pas.

Finalement, quelles sont les qualités intrinsèques à ton métier ? 
C’est la même pour tous les métiers. Selon moi, l’unique qualité qu’il devrait y avoir pour faire un métier artisanal, c’est… d’être très motivé ! Avec la motivation, cela casse toutes les barrières. Parce qu’il faut être patient, minutieux, tout ce que je n’étais pas avant d’apprendre ce métier (rires). Au fait, il n’y a pas de qualités requises, il suffit d’être motivé par ce que tu fais ! 

Merci Guillaume. 

Guillaume est sur Instagram.
Cordonnerie Deuzet – Ruelle de Bourg 1, 1003 Lausanne

Lifestyle

Le juin de La Dérivée : fanfare hip-hop, vélos vintages et ciné fantastique

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© ICI – La Dérivée

La Dérivée reprend ses quartiers sur le Quai de Nogent d’Yverdon, pour une troisième édition riche et singulière.

Il y a des villes que l’on oublie. Des «patelins» gardé à l’écart de tout. À tort. Yverdon, vous fréquentez ? Localité de passage, repère de zonards, la réputation de la cité balnéaire n’est pas des plus reluisantes. C’est en tout cas le constat que se sont fait les membres de l’association ICI – La Dérivée.

Il n’en fallait pas moins alors pour motiver la cellule du Nord Vaudois à redynamiser sa ville. Ainsi, chaque été depuis 2017, le Quai de Nogent se voit occupé par une étrange structure boisée, décorum de cet espace open air emprunt de cohésion sociale et de respect environnemental. «C’’est, en effet, la même structure en bois qui est montée et démontée depuis maintenant trois ans», se félicitent les protagonistes du projet, les mains pleines d’échardes.

© ICI – La Dérivée

Soutenue par les autorités communales, l’association proposera quelque 200 événements, durant treize semaines, sur les bords du lac de Neuchâtel.  Partenaire des festivités, la rédaction de Slash vous décortiquera chaque mois la programmation copieuse et singulière de cette édition «prise de risques», en commençant avec un mois de juin chargé. «Cette année, chacun des membres du comité a eu la liberté de programmer “sa” semaine, selon ses envies et ses valeurs», explique Joshua Pereira, l’un des organisateurs de La Dérivée. Départ le 13 juin, atterrissage prévu le 7 septembre.

Fanfare militante

Et les festivités démarrent fort, jeudi 13 juin, avec la tonitruante fanfare hip hop Brassmaster Flash, popularisée notamment l’an passé lors de ses happenings donnés au Paléo Festival. À coup de tubes planétaires et de mélodies plus confidentielles, l’orchestre d’étudiants viendra animer le vernissage de cette troisième Dérivée.

Lendemain de fête, 14 juin, place au militantisme. Pour faire suite à la Grève féministe suisse et à la Journée de l’égalité, le secteur jeunesse de la ville d’Yverdon, Y-Music et l’atelier DJ-Mix nous invitent à vivre la thématique de l’égalité femmes-hommes au travers de concerts et de jeux. Au programme : tournois de jeux, discussions, concert d’Y-Music et atelier DJ-Mix de jeunes DJs et DJettes.

Utopies musicales

Le week-end suivant, La Dérivée se fera porte-parole des utopies musicales d’ici et d’ailleurs. À commencer par le collectif cumbia Hitcha Chibtukua – Tierra Caliente, qui donnera, vendredi 21 juin, le top départ à la saison estivale.

Le samedi, la plateforme d’ingéniérie-culturelle du collectif FLEE s’emploiera, le temps d’une conférence participative, à questionner la place de la musique dans l’univers de la science-fiction. Avant que l’improvisateur jazz lausannois Alexandre Cellier n’y apporte, le lendemain, un bout de réponse. Découverte et création instrumentale seront à l’honneur au cours de la parenthèse musicale insolite qu’il ouvrira.

Petite reine et grande toile

Sur les dernières notes de juin, le vélo entrera en piste à La Dérivée. Le 29 juin au matin, et seulement sur inscription, les amoureux de la petite reine, du bon vin et de la gastronomie, enfourcheront leurs deux-roues avant de mettre les pieds sous la table, le tout couronné par une course unique, appelée VYVE.

Pour terminer, le 30 juin au soir, le Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFF) projettera ses courts-métrages sur la toile de l’espace open-air des Rives-du-Lac. Yverdon, vous appréciez ?


La 3e édition de La Dérivée se déroulera du 13 juin au 7 septembre 2019. Programme complet sur www.laderivee.ch.

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Arts

Le tatouage suisse a son “Mojo Jojo”, il s’appelle Jonas Béguin

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Depuis quelques années, le tatouage est devenu à la mode. Fini le temps où les gens qui exhibaient leurs oeuvres étaient mal vus par une majorité. Le tatouage est partout.

Les profils et les hashtags dédiés à cet art sur les réseaux sociaux se comptent par millions. À croire que ne revêtir aucun dessin sur son corps serait désormais synonyme de «marginalisation». Même si son exposition est aujourd’hui grande, les tattoos ne sont toutefois pas encore acceptés au sein de tous les corps de métiers.

Les salons de tatouage sont nombreux et il est loin d’être facile de tirer son «aiguille» du jeu. Depuis moins d’un an, Jonas Béguin alias Mojo Jojo, jeune tatoueur de 24 ans, s’est lancé sur ce marché. Interview.

Slash : Peux-tu te présenter ?
Jonas :
Je m’appelle Jonas Béguin, jeune tatoueur plus connu sous le nom de Mojo Jojo. Cela fait moins d’un an que je pratique. Avant, j’étais étudiant à l’École cantonale d’art de Lausanne. En plus du tatouage, j’ai commencé à créer des vêtements.

Dès ton plus jeune âge, le dessin t’attirait-il ?
Ouais, ouais… Complètement ! Depuis petit, j’ai toujours adoré dessiner, j’ai été très tôt dans la création… Un temps, je faisais de la peinture, c’était un peu n’importe quoi, mais j’avais ce besoin de m’exprimer avec mes mains et des couleurs. Le manga avait une grande place aussi, j’en lisais et je passais des nuits à reproduire sur papier les personnages qui habitaient mes BDs japonaises.

Pourquoi avoir arrêté l’École cantonale ?
Alors… (rires) Pour plusieurs raisons… Je vais essayer d’être diplomate. L’École cantonale d’art de Lausanne est une structure qui est très bien organisée, qui est bien faite, qui offre un enseignement de grande qualité. Cela implique qu’il y a une sorte d’attente, de conformisme… Cette école essaie de formater «un peu» leurs élèves à produire un certain type d’oeuvre, dans un style particulier. Il y a ce que l’on appelle le genre ou plutôt le «tampon ECAL». C’est-à-dire que tu reconnais rapidement un élève qui est sorti de cette école, au travail qu’il fournira dans sa vie professionnelle. Ça me dérangeait de ne pas pouvoir proposer ce que je voulais. Lorsque je le faisais: on me «bâchait» derrière, avec de mauvaises notes et je me retrouvais en remédiations.

L’ECAL m’a apporté du positif aussi. J’ai appris beaucoup, ça m’a rendu très pointilleux, j’ai affûté mon coup d’oeil. En même temps que ma déception grandissante pour l’ECAL, un amour grandissant pour le tatouage s’est créé. J’ai senti que le moment était venu de me lancer dans cet art.

© Mary P

Quelle est ta définition du tatouage ?
C’est difficile de donner une définition. C’est quelque chose qui transcende le tatoueur ainsi que la personne qui se fait tatouer, je pense. C’est bien plus que dessiner sur la peau, c’est quelque chose que tu gardes sur toi, tout au long de ta vie. Tu réfléchis beaucoup avant de le faire, pour la plupart. (rires) Le tatouage est aussi une transmission de savoir de maître à élève, que tu ne trouves pas dans d’autres disciplines. Il n’y a pas d’académie ou d’école de tatouage.

Quel a été ton premier contact avec le tatouage ?
J’ai découvert le tatouage avec les clips de rap, comme ceux de 50 Cent, que je regardais enfant. Plus tard, je me suis fait tatouer, non pas dans l’optique de ressembler à un rappeur, mais comme moyen d’expression. Mes premiers tatouages ont été réalisés par Dominique Lang, qui a le salon Tom Tattoo à Lausanne. Ce que j’ai aimé est que Dominique était d’accord que je lui apporte mes dessins afin de me les tatouer identiquement.

Pourquoi «Mojo Jojo» ?
Les raisons sont multiples. Premièrement, mon prénom est Jonas et quand j’étais plus petit on m’appelait «Jojo». Le «mojo» c’est un peu le swag, le style, un certain pouvoir d’attraction développé. Mojo Jojo est surtout un personnage que j’adorais enfant et qui est un des méchants de la série animée Les Super Nanas. Dans les séries, je préfère les méchants. Je ne sais pas pourquoi, je les trouve plus intéressants. (rires) Les vilains ont plus d’attitudes que les héros dans les films. Je kiffais trop Mojo Jojo et ses plans machiavéliques afin de détruire Townsville. Je me suis inspiré de cela pour mes vêtements. Rien que ce soit un singe, le personnage me parle, car mon animal préféré est le singe. Un primate super intelligent avec un cerveau surdimensionné qui veut détruire une ville, c’est original, non ? (rires)

As-tu des références dans le tatouage ?
Oui, j’en ai plein. Je vais en citer deux et ils sont Lausannois. Premièrement, Antoine Elvy, qui est le tatoueur qui a composé la majorité de mes tatoos. J’adore cette personne et son travail !  Ce qui me plaît dans ce qu’il fait, ce sont les serpents, les oiseaux et les fleurs, par exemple. Je m’inspire pas mal de ses sujets, mais je les traite différemment.

Deuxièmement, Maxime Büchi, parce qu’il a apporté quelque chose d’important au tatouage. Il a monté un «petit» empire et j’admire vraiment cela. Il a ouvert des salons à Londres, Zurich, Los Angeles. Il recrute de nombreux tatoueurs, ça crée des emplois, c’est parfait ! J’ai eu l’occasion de l’écouter, lors d’une conférence l’été passé, il s’exprime vraiment bien et ce qu’il dit est intéressant.

© Mojo Jojo

Où pratiques-tu le tatouage ?
En ce moment, je tatoue chez moi… J’avais une pièce, qui était utilisée comme «fourre-tout», que j’ai transformée en studio professionnel pour mon art. Cet endroit est spacieux, j’ai désinfecté et tout mis aux normes d’hygiène. À l’avenir, je souhaite travailler avec d’autres tatoueurs, dans un vrai shop.

Avec le nombre de salons existants, n’est-il pas risqué de te lancer là-dedans ?
À l’heure actuelle, tout est risqué à mes yeux. Il y a beaucoup d’offres et une plus faible demande dans de nombreux domaines et surtout dans l’artistique. Tout dépend de ton état d’esprit et de ta volonté. Je suis arrivé avec cette envie de faire du tatouage mon job. Du coup, ce n’est pas les mêmes enjeux que pour la personne qui fait ça pour «s’amuser».

Comment définirais-tu tes oeuvres ? As-tu vraiment un style qui t’est propre ?
Mon style est en constante évolution. C’est un style avec des lignes, ce que j’apporte de nouveau à ce style est des lignes de pinceau. C’est-à-dire des lignes avec des épaisseurs différentes, faire ressentir un mouvement dans le trait comme quand tu vois un pinceau de la calligraphie chinoise. J’ai été inspiré des estompes japonaises ou même le tatouage japonais. Mon genre évolue. Quand tu commences à plus tatouer, t’as envie d’essayer d’autres choses comme les dégradés de gris. Je ne vais pas te mentir, je recherche encore ce style qui me définira et que les gens reconnaîtront directement.

© Mojo Jojo

Tu es aussi dans le textile, peux-tu nous en parler ?
L’histoire est que j’arrivais gentiment au cap des 500 abonnés sur Instagram. Pour les dépasser, j’ai créé un concours qui stipulait : «À 500 abonnés, vous aurez une surprise». Les gens ont partagé, les abonnés ont augmenté rapidement et j’ai franchi le cap. J’ai sorti une petite série de t-shirts et de crewnecks [des pulls à col rond, ndlr.] pour l’occasion. Je voulais également savoir si mes habits intéresseraient mes abonnés. Seize articles ont été créés, j’en ai gardé deux, les quatorze autres sont partis. À la base, cela avait un objectif promotionnel, mais c’est devenu un second amour que je développe comme le tattoo. J’ai travaillé avec le sérigraphe Thomas de Colormakerz, le contact a été très bon. De nouveau, l’entraide entre artistes est importante.

© Mary P

Peut-on dire que tu arrives à vivre de ton art ?
Franchement, pas encore. Il y a des mois,  je fais 500 francs et d’autres plus. Mais pour le moment, cet argent est utilisé comme argent de poche. Je le redis, j’ai la chance d’habiter chez ma maman, je ne paie pas de loyer, car elle ne le veut pas. Je suis nourri, logé.

Quels sont tes projets pour cette nouvelle année ?
Être pleinement indépendant, fin 2019. Ce serait un magnifique cadeau ! J’aimerais continuer à progresser dans le tatouage, offrir de nouvelles oeuvres, mieux que celles d’hier. Je veux continuer à satisfaire ma clientèle, tout comme l’agrandir. (rires) Faire des rencontres, et pourquoi pas des collaborations. Pour ce qui est des habits, j’aimerai collaborer avec des mecs de la région qui bossent bien. Je suis sur une bonne lancée et je compte bien y rester !

Quel proverbe définit bien Mojo Jojo ?
Avec tout ce que j’ai vécu les trois-quatre dernières années, je dirais : «Tout vient à point à celui qui sait attendre».

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