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Arts

Des images pour la paix : autochrome et cultures

© Albert Kahn – Musée départemental

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« Imprimer la forme à une durée, c’est l’exigence de la beauté mais aussi celle de la mémoire. » – Milan Kundera, La lenteur, p.51

Albert Kahn (1860 – 1940) était un banquier pour le moins intriguant. S’il s’occupait de ses comptes d’une main de maître, il aimait également s’en échapper et errer loin de son Alsace natale. Redoutable spéculateur, il était également philanthrope et grand voyageur. Il entreprit une exploration du monde à partir de l’année 1908.

Amant de la diversité des cultures, lors de ses promenades internationales, il se faisait accompagner de plusieurs photographes. Ces derniers prirent des milliers de clichés couleurs, grâce au procédé, alors récent, de l’autochrome. Elles sont aujourd’hui réunies en une précieuse collection appelée « Les Archives de la Planète », disponible au grand public depuis l’été 2016, seulement.

Brevetée en 1903 par les incontournables frères Lumière, l’autochrome est la première technique industrielle permettant de prendre des photographies en couleurs de haute qualité. Il est ainsi enfin possible d’immortaliser le monde dans tout son éclat, autrement que par les tableaux et les peintures. La recette est simple : quelques grammes de poudre de pommes de terre, qu’il faut diviser d’abord en 3 parties égales. Chacune d’elles est colorée respectivement en rouge-oranger, en violet et en vert. Laisser sécher. Mélanger dans des proportions égales. Appliquer un enduit gluant sur une fine lame de verre. Y ajouter le mélange préalablement obtenu. Saupoudrer le tout d’une couche légère de poussière de charbon de bois. Ajouter, en chambre noire, une couche de vernis sensible à l’ensemble des couleurs contenues dans la lumière. Placer la plaque dans l’appareil photo. Et clac, c’est une photo aux couleurs envoûtantes. 

C’est non seulement un doux plaisir pour les yeux, un enchantement pour l’âme, mais avant tout un véritable travail anthropologique que nous lègue Albert Kahn. Il participe à enrichir la grande bibliothèque des savoirs sur l’humanité, représentée dans toute sa diversité. Les sociétés modernes bougent si vite qu’une multitude de façons de vivre et d’appréhender l’humain disparaissent dans les cryptes du temps.

Or, l’identité, celle d’une personne, d’un groupe ou d’une nation, se définit avant tout comme un rapport. Elle est toujours instable et changeante. Relationnelle, elle se forge en se confrontant à d’autres cultures. Autrement, elle prend le risque de devenir vecteur d’intolérance et de fermeture, voire de violence. Albert Kahn lui-même pensait qu’une meilleure compréhension des autres peuples promouvait les chances d’une bonne entente et d’une stabilité politique internationale. Passons le message.

Arts

Neuchâtel accueille la première édition de l’Arts Festival

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L'affiche du 1er Neuchâtel Arts Festival – © Mr. design / Mélissa Roth

La première édition du Neuchâtel Arts Festival (NAF) se déroulera ce samedi 15 septembre de 10h00 à 4h00 à la Case à Chocs – pôle culturel incontournable de la ville – et ses différents lieux environnants : le Cinéma Minimum, le Théâtre de la Poudrière et l’Académie de Meuron.

Pas d’excuse, l’offre est variée, la diversité et l’interdisciplinarité dans les arts sont à l’honneur. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges : workshops, forums de discussions, expositions, performances, spectacles, projections de films ou encore concerts. C’est pour moins du prix d’une entrée de cinéma qu’une cinquantaine d’artistes sont rassemblés juste à notre portée. Mais accessibilité ne veut pas dire que la qualité est en reste ; les artistes invités sont tous issus du canton de Neuchâtel, mais ont déjà une reconnaissance nationale, voire internationale.

À noter aussi que le festival fait également office de vitrine pour des métiers très rarement introduits aux jeunes et est donc l’occasion de susciter la rencontre entre différentes générations. Décloisonner. Voilà ce que le comité a eu en tête pour faire fleurir un tel événement, en bousculant un peu les zones de confort tant du côté des artistes que du public. Il ne faut pas être un mordu de la culture et des arts pour y prendre du plaisir. C’est d’ailleurs le leitmotiv du comité d’organisation : « Nous croyons que l’art ne s’adresse pas uniquement à des initiés. Chacun peut venir découvrir et échanger avec les artistes neuchâtelois. Nous croyons qu’unir les artistes leur permettra d’être plus forts et d’aller plus loin ». Nous avons rencontré son directeur artistique, Raphaël Tschudi, à quelques jours du festival.

Interview réalisée le 7 septembre 2018.

Slash : Salut Raphaël, tu es la tête de ce tout nouveau projet, le NAF, un acronyme qui pourrait aussi reprendre les adjectifs suivants : novateur, ambitieux et fédérateur. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Raphaël Tschudi : Pourquoi ai-je eu cette idée ? Déjà parce que je suis comédien de profession et très longtemps ça a cogité dans ma tête. Comment peut-on faire un événement où réunir différents artistes ? Au début, logiquement, j’étais concentré sur les comédiens et les metteurs en scène pour les promouvoir. Peu à peu, j’ai rencontré différents artistes neuchâtelois. C’est aussi un peu dans l’air du temps cette interdisciplinarité. En ayant créé plusieurs courts-métrages et plusieurs pièces de théâtre, je me suis dit, pourquoi ne pas réunir plusieurs disciplines et favoriser la rencontre entre les différents artistes et favoriser des projets interdisciplinaires. Ça, c’était au niveau de l’artistique.

Au niveau social et humain, pour reprendre mon parcours, j’ai eu beaucoup de soutien de mes proches qui étaient souvent là pour venir à mes spectacles. Je me suis demandé comment faire pour favoriser le mélange des réseaux et intéresser d’autres personnes. Donc, il y a aussi eu une idée d’échange des connaissances et du public et une question de mélange et d’échanges à plusieurs niveaux.

Puis, il y a l’aspect politique. Les coupes budgétaires se font souvent dans l’éducation et la culture. Pour moi, la culture fait partie de l’éducation. Il y avait aussi l’idée de mettre des visages derrière des chiffres que beaucoup de personnes ont tendance à voir et se dire que couper dans la culture « de toute façon ça ne touche pas ». Aussi de montrer au public que ce sont des artistes qui s’exportent et de mettre en avant la diversité artistique neuchâteloise.

Raphaël Tschudi, directeur artistique du festival – © David Marchon

Avec ton équipe, composée de personnes issues de la région de Neuchâtel, vous devenez catalyseur d’un événement là où vous avez tous grandi. Est-ce que vous souhaitez prouver quelque chose aux Neuchâtelois, voire au-delà du canton ?

C’est vrai que dans un premier lieu c’est au niveau cantonal. On a tendance à parler de ce qui ne va pas dans le canton et là c’est la possibilité, au niveau artistique, de montrer le positif et qu’il y a plusieurs personnes qui sont investies à l’année pour leur art. J’invite les Neuchâtelois à venir découvrir ces artistes, que ce soit dans le cinéma, le théâtre, la danse, des arts plastiques, la musique. On aura aussi des forums de discussion avec des personnalités politiques du canton. Les artistes peuvent aussi rencontrer ces personnes-là pour poser des questions, savoir où toquer pour avoir certaines informations. Il y a aussi des personnalités importantes pour différentes institutions comme le théâtre du passage avec Robert Bouvier, Anne Bisang du Théâtre Populaire Romand et même quelqu’un d’Art Basel. Ce qui a germé là derrière, c’est de donner aux artistes la possibilité de rencontrer des gens qui peuvent les aider à aller plus loin et leur donner quelques réponses.

En dehors du canton, j’espère – et l’on espère tous – que des gens viendront du Jura, du canton de Vaud, de Genève de partout en Suisse et même d’ailleurs. Tout le monde est convié à venir et pourquoi ne pas faire le même type d’événement dans leur canton, d’essayer de lancer un mouvement.

Au niveau des artistes, c’est qu’ils se rencontrent et qu’ils deviennent plus forts avec l’interdisciplinarité, qu’ils sortent de leurs zones de confort pour peut-être innover dans leur propre art et devenir plus compétitifs au niveau national, voire international.

Pour cette toute première édition, c’est une cinquantaine d’artistes, donc de manifestations, rassemblées par la diversité et la pluridisciplinarité, tout ça en moins de 24 heures. Est-ce un parti pris ?

Alors… (rires) Le projet a passablement évolué et c’était une démarche un petit peu naïve en voyant l’expérience que j’ai maintenant. L’idée était de partir avec 20 artistes et en voyant la richesse… Heureusement que les gens de l’équipe m’ont dit de m’arrêter à 50 artistes. On a prévu une journée et l’on a regardé comment on pouvait mettre tout ça ensemble. Ce sera peut-être un one-shot, il faudra voir si le public répond présent et sinon on essayera avec un autre format. C’est vrai que pour autant d’artistes, on aurait presque pu faire une deuxième journée. C’est une question de finances, d’organisation, de temps, de plein de choses qui font qu’on est resté à une journée. Mais comme certains lieux sont assez restreints, il faut avoir plusieurs choses en même temps pour que les visiteurs aient le choix.

Les prix sont plus qu’abordables et c’est gratuit pour les moins de 16 ans ainsi que les seniors. Y a-t-il une intention particulière de rassembler un public différent en ce même lieu ?

C’est pour revenir sur l’idée de diversifier le public. Chaque lieu, que ce soit à la Case à Chocs ou ailleurs a quand même son public cible et ses habitudes. En janvier, j’ai produit un spectacle de théâtre là-bas et un tout autre public est venu, qui était vraiment intéressé par ce lieu. Mais il a fallu un élément pour les faire venir. C’est surtout ma volonté que ce soit accessible à tout le monde et que ce ne soit pas un frein pour qui que ce soit. Les familles qui disent que les sorties sont trop chères, là c’est une sortie plus qu’accessible. Les enfants ne payent pas et s’ils viennent avec les grands-parents… Eh bien, il ne paye pas non plus !

Comment te sens-tu à l’aube de la première édition ?

Il y a plein de questions qui viennent, plein d’éléments à calibrer. Est-ce que les gens vont pouvoir profiter ? Est-ce que le public va répondre présent ? Est-ce que les artistes vont aussi prendre du plaisir ? Parce que l’objectif final est que les artistes invités ou le public partent de ce quartier avec le sourire et que le lendemain et surlendemain, on ait des retours positifs. Au comité ce sera beaucoup plus facile de prendre une décision de reconduire cela dans deux ans. En tout cas, ce ne sera pas toutes les années, car il faut aussi que la scène artistique neuchâteloise puisse se renouveler un peu.

Qu’est-ce qu’on peut souhaiter au Neuchâtel Arts Festival ?

Ce qu’on peut souhaiter… Que le public vienne nombreux et que les gens repartent avec le sourire.

Infos et programme complet sur www.neuchatelartsfestival.ch.
La 1re édition du Neuchâtel Arts Festival aura lieu le samedi 15 septembre 2018.

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Arts

Le « voguing » et sa philosophie mis à l’honneur au Théâtre de Vidy

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"House of HMU, film series, A Baroque Ball [Shade] – Paris Ballroom", Photogramme – © Frédéric Nauczyciel, 2014

Trois installations vidéo du plasticien et photographe Frédéric Naczyciel nous font découvrir l’univers du voguing de Baltimore. L’exposition est en collaboration avec la présentation des photos de l’artiste dans le cadre du festival Images de Vevey.

L’histoire commence quand Frédéric Naczyciel part à Baltimore, sur les traces d’un personnage homosexuel de la série « The Wire », qui vole de la drogue aux dealers du ghetto noir. Le photographe y découvre le phénomène du « voguing ». Apparue à Harlem au sein des communautés homosexuelles et transgenres noires américaines dans les années 1970, cette danse consiste à imiter les poses des mannequins blancs, sur les couvertures de magazine. Et un en particulier : Vogue (magazine de mode américain).

Ce phénomène se transforme en véritable mode de vie, mais surtout en symbole de protestation contre la prédominance de la culture blanche. Le voguing devient mondialement connu en 1990, grâce au fameux titre de Madonna, Vogue.

Puis, Frédéric Naczyciel rentre à Paris, où il découvre une scène de voguing codifiée, formant une communauté artistique soudée. Il ouvre une « house conceptuelle » – House of HMU – dont le but est de relier les vogueurs de Paris et Baltimore, dans des improvisations sur de la musique baroque européenne.

Fire Flies, Baltimore est une installation vidéo immersive qui nous propulse au milieu des Balls, des battles de vogueurs, similaires à celles que l’on peut retrouver dans le hip-hop. Parallèlement, les films La Peau vive présentent les tatouages des performeurs et vogueurs, dans une interrogation sur la manière dont un individu se montre et se raconte. Enfin, en collaboration avec le Théâtre de Vidy, le Festival Images Vevey expose la série de photos Fireflies de Frédéric Naczyciel, un récit visuel de l’univers du voguing, celui de Baltimore.

Fires Flies, Baltimore, par Frédéric Nauczyciel est à voir au Théâtre de Vidy, jusqu’au 6 octobre.
Fireflies, par Frédéric Naczyciel est à voir au Festival Images Vevey, jusqu’au 30 septembre.

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