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Un dessinateur philippin poursuit en justice un fournisseur de modèles générés par intelligence artificielle après avoir retrouvé l’un de ses webcomics intégré, sans autorisation, à une offre commerciale. L’affaire met en lumière les tensions entre création virale et exploitation commerciale à l’ère des outils automatisés.
Un strip transformé en produit payant
Elmer Saflor, auteur des webcomics Superelmer, affirme que l’un de ses strips les plus partagés a été repris par Memes Apps et proposé au sein de services payants. La société édite notamment Memes.ai et Memes AI Studio, deux outils qui vendent des templates publicitaires générés par IA.
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Le format incriminé — connu en ligne sous le nom de « Running Away Balloon » — circule depuis 2017. Dans la version originale, le personnage tend la main vers un ballon jaune marqué « opportunities », puis se voit retenu par une masse rose libellée « shyness ». Au fil du temps, des milliers d’internautes ont adapté cette structure pour évoquer des objectifs qui s’éloignent.
Selon la plainte, Memes Apps a ajouté ce visuel à son catalogue commercial, permettant à des clients de créer des publicités s’appuyant sur l’œuvre de Saflor. Des annonceurs auraient ainsi pu utiliser le comic pour promouvoir leurs produits, sans l’accord de l’auteur.
Ce que réclame l’auteur
Saflor a déposé une plainte pour violation de droit d’auteur. Il demande notamment l’interdiction formelle d’exploiter son œuvre, la communication des profits réalisés grâce au template et le versement de dommages-intérêts. L’artiste a déclaré à Ars Technica vouloir parvenir à la phase de discovery au procès afin d’éclairer les pratiques des plateformes IA.
Sa démarche vise au-delà d’un litige individuel : il souhaite soulever « des questions plus larges sur la manière dont les plateformes IA utilisent le travail des créateurs, sur leurs obligations en matière de licences et sur l’application du droit d’auteur quand la culture virale devient un produit commercial », selon ses propos rapportés par le média.
Memes Apps n’a pas répondu aux demandes de commentaires des journalistes.

Un précédent qui éclaire la portée juridique
Le dossier s’inscrit dans une jurisprudence récente. En 2024, une cour d’appel fédérale a confirmé une condamnation liée à l’usage politique du meme « Success Kid » par l’ancien représentant Steve King. Le spécialiste du droit d’Internet Eric Goldman en a tiré une interprétation nette : « l’usage non commercial d’un meme relève probablement du fair use, tandis que son exploitation publicitaire n’en relève pas », a-t-il expliqué.

La différence majeure dans l’affaire Saflor est la cible du recours : l’auteur ne poursuit pas d’abord les annonceurs, mais le fournisseur des templates. Goldman a indiqué à Ars Technica qu’une condamnation contre Memes Apps pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ce seul dessin, affectant les générateurs de memes et leurs modèles commerciaux.
Quand l’IA brouille les frontières de la création
L’utilisation de l’intelligence artificielle dans la culture meme n’est pas nouvelle, mais elle s’est intensifiée. Des remixes animés de classiques et des filtres esthétiques massifs — parfois inspirés par des styles très reconnaissables — ont déjà complexifié la notion d’originalité.
Des personnalités et des acteurs de la tech ont favorisé certaines tendances esthétiques, accentuant la diffusion de visuels produits automatiquement. Dans ce contexte, le procès intenté par Saflor ajoute une dimension juridique à un débat déjà vif sur les droits des créateurs face aux usages commerciaux de leurs œuvres par des outils automatisés.
Au-delà du cas individuel, l’issue de cette affaire pourrait clarifier les obligations des plateformes qui monétisent des modèles graphiques et redéfinir la protection des créations virales à l’ère de l’IA.












