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Lorenzo à Paléo, l’Empereur du Sale offre un show impeccable

Lorenzo a retourné la scène des Arches, jeudi à Paléo – © Paléo / Nicolas Patault

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Si certains parents sortent prostrés du tout juste terminé concert de Nekfeu, quid de celui du prochain artiste attendu ? Dans les allées du Paléo, leurs enfants implorent, afin que les festivités se poursuivent. « Allez, Papa, on va voir Lorenzo, maintenant ! », entend-on au milieu de mille conversations.

Sur la scène des Arches, une soucoupe. Seule. Indispensable pour Lorenzo, le nouvel OVNI du rap français. Avec sa voix nasillarde, son bob vissé sur la tête et ses lunettes de soleil qui nous rappellent les meilleurs moniteurs de ski, le paroxysme de la « beaufitude » est atteint, en ce jeudi, troisième soir du festival. On l’aura compris, Lorenzo, aussi surnommé « l’Empereur du Sale », est l’un des personnages les plus fêlés de l’industrie de la musique. Et, aujourd’hui, difficile de passer à côté de ses singles emblématiques et (surtout) politiquement incorrects. 

Même les parents s’y mettent 

23 heures. La soucoupe s’allume. Lorenzo aussi. Le public, lui, s’est déjà lancé dans un pogo mémorable, alors que Carton rouge et ses inepties commencent à faire vibrer la Plaine de l’Asse. « Ils sont chaud les p’tits Suisses », lance Lorenzo à ses trois backeurs. « Mais bon, nous on est champions du monde, hein », provoque-t-il, surexcité. La foule hue amicalement.

Voir :  Paléo 2018 : la playlist du Jeudi signée Slash Média

Les premiers titres passés, au détour de Sale babos de merde, une ode à la marginalité, l’assemblée semble conquise ; les mamans cessent de boucher les oreilles de leurs bambins, les papas (et ce ne sont de loin pas les seuls) chantent les refrains bourrés de poésie, les enfants, amusés, jouent la stupéfaction sur chaque juron prononcé. Le pouvoir de Lorenzo est en place.

Du côté des spectateurs moins néophytes, il n’a fallu qu’une demi-mesure pour que l’ambiance monte. Puissant catalyseur de conneries, Lorenzo donne les ordres, ses fans font le reste. Véritable vague humaine (de quoi faire trembler la sécurité du festival), le Paléo obéit au doigt et à l’œil de la bête de scène survoltée.

Venu 2 loin

Son second album sorti en février s’intitule Rien à branler. Pas « r1 a branlé », non, non, « Rien à branler », en toutes lettres, avec l’infinitif et ce qui s’impose. Parce qu’outre sa faconde outrancière et son hip-hop affreux, sale et méchant, Lorenzo se caractérise par son attachement à une orthographe approximative, et une syntaxe très personnelle. Quand il donne des interviews d’ailleurs, le rappeur reste dans son personnage de loser indolent et priapique et exige que ses fautes soient conservées telles quelles.

© Paléo / Anne Colliard

Lorenzo est aussi un rappeur connu sous plusieurs identités. De son vrai nom Jérémie Serrandour, ce jeune breton a d’abord été membre du groupe Rennais Columbine sous le nom de Larry Garcia avant de choisir le pseudo de Lorenzo. Joe la Crapule (l’un de ses autres surnoms) n’en est pas à son coup d’essai. En effet, son album L’Empereur du sale, sorti en 2017, est  rapidement devenu disque d’or. Un album uniquement disponible en version digitale sur les plateformes de streaming. Un seul disque a été mis en vente par le rappeur sur un site de ventes au prix de 87 000 francs environ.

Adepte, comme la plupart des rappeurs, de mots d’argot empruntés par exemple à l’arabe, au portugais, au verlan ou au gitan, Lorenzo est quasiment l’inventeur du mot « mamène », mot d’argot breton qu’il a largement popularisé. S’il le ressort un peu à toutes les sauces, on peut le traduire par « mon gars ». Il est devenu un cri de ralliement des fans de Lorenzo, à tel point qu’il a envisagé de le faire entrer dans le dictionnaire.

On a bien ri, mamène

En maître de cérémonie, Lorenzo amuse. Un peu comme un connard à qui l’on veut tout de même claquer une bise, le Français inspire malgré tout une véritable sympathie, carrément inexplicable. On rit, oui, mais l’on se surprend aussi à pousser la chansonnette et à répéter, béatement, des propos tous plus odieux les uns que les autres. On l’avoue à demi-mot, sur une heure, l’exercice est quasi sympathique, voire jubilatoire.

Voir :  À Paléo, tout le monde il veut seulement Angèle
 

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Voilà une heure que l’on scande des obscénités. Peut-être lassée, la soucoupe finit par s’éteindre. Lorenzo part, un peu comme un oncle, fier d’avoir apposé ses idioties et blasphèmes à la fin d’un agité repas de famille. L’un est risible, l’autre moins. Agréable moment. Merci, mamène.

Infos, bourse au billets et line-up complet sur www.paleo.ch.
Le 43e Paléo Festival se déroule du 17 au 22 juillet 2018, à Nyon.

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Walk off the Earth enflamme la planète Gampel

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Walk off the Earth a ravi le Gampel Festival, vendredi – © Open Air Gampel / Droits réservés

On les a découverts en 2012, avec leur reprise en guitare-voix de Somebody That I Used to Know de Gotye. Quelque 6 années plus tard, c’est sur la Red Stage de l’Open Air Gampel qu’a eu lieu vendredi la rencontre entre Walk off the Earth et le public survolté du petit village haut-valaisan. Si le lustre passé a laissé s’installer les marques du temps, l’énergie, elle, n’a pas quitté les cinq Canadiens multi-instrumentistes.

Vendredi, 21 heures. Le soleil rase les falaises qui surplombent le festival. Dans les premiers rangs, au pas, les fans de la première heure. Au loin, les dernières notes de Tom Walker se confondent, sans ménagement, à l’electro house des bars voisins.

Lorsqu’apparaît finalement Oswi (le personnage virtuel égérie du festival), le Gampel fait place au silence. Avec sa voix crispante et dans un allemand plus que régional, le vieil homme en image de synthèse annonce fièrement « Falk off the Earth (sic.) ».

« Wie geht’s ? »

Arrivé sur scène, le band électrise instantanément la foule avinée de l’open air. « Wie geht’s ? » (comprenez « Ça va ? »), lance Sarah Blackwood, la chanteuse de Walk off the Earth. Le public, semblant en effet bien se porter, se lance dans un très rrudimentaire pogo.

Les titres s’enchaînent. Tantôt niaiseuse, tantôt délurée, la musique éclectique du collectif américain captive. La magique justesse vocale de Gianni Luminati, l’attitude fatigante d’éphèbe sans charisme tenue par Ryan Marshall, le côté antipathique amusant de Mike « The Beard Guy » Taylor, tous renvoient une conduite qu’il leur est propre.

Le concert semble lancé. L’excitation est au rendez-vous, quand un bête larsen interrompt le show. La console de mixage cède à deux reprises. Pendant quelques instants, dans un noir quasi complet, seules les huées de l’auditoire dominent. Qui du régisseur en chef ou du stagiaire à trébuché sur la rallonge, le mystère reste entier, néanmoins le concert peut reprendre. Sur une imparfaite, mais efficace, cover de Bohemian Rhapsody de Queen, le groupe s’excuse. Le public, lui, chante.

Gianni Luminati interprétant Hold On, sur la Red Stage du Gampel Festival – © Open Air Gampel / Droits réservés

Un quintet pas si neuf

Fondé en 2006, le groupe a désormais conquis la planète entière. Leurs diverses reprises totalisent plus de 760 millions de vues sur YouTube et leur premier EP « REVO, » sorti en 2013, a fait danser un grand nombre de fans.

Avec 3 autres albums, la formation originaire d’Ontario n’a qu’un objectif en tête : séduire encore plus de monde, armée de sa belle énergie, de son enthousiasme communicatif et de ses tubes joyeux. Après son dernier opus « Sing I All The Way », sorti en 2015, le groupe est en train de signer un come-back scénique illustré par un premier single, Nomad.

Mélangeant des sonorités très modernes et électroniques à des sons propres au genre rock alternatif, Walk off the Earth évolue actuellement grâce à des covers régulières, ainsi que des compositions originales soignées autant sur le plan musical que visuel.

Belle locomotive 

Après une heure quinze de prestation, l’assemblée est chauffée à bloc. Les Canadiens peuvent donc se retirer et laisser place au tout aussi (si ce n’est davantage) déjanté groupe Thirty Seconds to Mars – tête d’affiche de cette édition. Belle et efficace locomotive, alors, pour les frères Leto ; du grand Walk off the Earth. Merci vielmal.

Infos, billetterie et programme complet sur www.openairgampel.ch.
Le 32e Open Air Gampel se déroule du 16 au 19 juillet 2018.

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Hoshi, petite étoile dans un Rock Oz’Arènes désert

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Hoshi, lors de son concert au Rock Oz'Arènes, mercredi – © Rock Oz'Arènes / HB Pictures

Certains l’ont découverte en 2013, après sa furtive participation à The Voice. D’autres, en yaourt, ont fredonné son premier single La Marinière. Hoshi a 21 ans. Et comme toutes les jeunes femmes de son âge (?), la chanteuse française était attendue mercredi sur la Grande Scène du Rock Oz’Arènes d’Avenches, aux côtés de James Blunt et Nicola Cavallaro.

Un chemisier floral, une voix éraillée qui, par instants, nous rappelle Zaz, un genre qui ramène à Noir Désir ; en bref, Mathilde Gerner (son vrai nom) est un concentré de non-conformité. 

Public, public, où es-tu ?

19 heures, premier soir de festival. Dans les allées de la vieille ville d’Avenches, une foule éparse, presque inexistante. Dans l’arène, quasi vide elle aussi, Hoshi (qui veut dire étoile en japonais) entre en scène, telle une gladiatrice pugnace. D’un « bonsoir » qui frôle la fêlure, la Parisienne engage LE premier concert de cette 27e édition.

Le soleil, couchant, accompagne la chanteuse dans son lyrisme. Aux quatre coins de la structure romaine, le public est amusé, mais s’interroge. « Il n’y a pas grand monde pour elle, la pauvre », entend-on ici et là. La fosse, elle, ne peut qu’en témoigner.

Mais qu’importe. Hoshi balance tout, sans s’économiser. Sa rage et sa jeunesse. Ses espoirs et ses doutes. Puis, après quelques jeux de mots subtils, ses amours et sa mélancolie. Sa tendresse aussi, et le don que cette solitaire a pour observer les gens autour d’elle, avec finesse, sans jugement, et de dresser ensuite leurs portraits – certifiés conformes.

© Rock Oz’Arènes / Joseph Carlucci

Petit bout de femme ambitieuse

Hoshi a fait la promesse de monter sur scène alors qu’elle avait 15 ans. Une ado pourtant timide, mais obstinée. Elle s’est ensuite donné un nom, inspiré de la culture japonaise dont elle est passionnée. 

À 16 ans, elle écrit ses premières chansons. Sur internet, elle poste des reprises. The Voice va s’en emparer. Mais elle quittera le concours sur un désaccord : on lui demande de chanter Le petit bal perdu de Bourvil. Elle n’en veut pas. Sa hardiesse fait mouche et l’équipe du télé-crochet Rising Star s’intéresse à elle. Recalée pendant les castings, elle enchaîne finalement les concerts dans les petites salles.

Début juillet, Hoshi a passé ​​​​​​le cap des 10 millions de vues sur YouTube. Depuis, elle court les festivals. On la sait perfectionniste, amoureuse des mots, elle a le sens des chansons imagées, un peu comme ses aînés Gainsbourg ou Brel.

Après s’être fait connaitre avec son premier EP, « Comment je vais faire », ainsi que son premier single du même nom, la jeune star a sorti son premier opus « Il suffit d’y croire », le 23 mars dernier. Album certifié disque d’or quatre mois plus tard.

L’ambiance tout de même 

Dans les gradins, occupés par de petits amas de foules, l’ambiance pour bouquet final. Hoshi livre des chansons à textes magnifiques et dynamiques, quelque chose à la fois beau et entrainant.

Pari réussi grâce également à ses musiciens, dont la cohésion marche, du batteur au bassiste, sans oublier le pianiste… Chacun apporte une touche singulière aux versions studio des chansons de l’album. Un instant très complice entre Hoshi, son équipe et le public, désormais (presque) réunis.

Les dernières notes de la voix rauque résonnent au loin. Il est maintenant temps d’aller retrouver la folk des Lucernois de Count Gabba. Deux écoles donc, mais un plaisir non dissimulé au final. Hoshi, merci.

Infos, billetterie et programme complet sur www.rockozarenes.ch.
Le 27e Rock Oz’Arènes se déroule du 15 au 18 juillet 2018, à Avenches.

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