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Société

« Pionnière », tout sauf un truc de bonhomme

Simone Veil (1927-2017) a sans nul doute été une pionnière dans la place des femmes en politique – Droits réservés

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Pionnière : un mot largement utilisé pour définir toute personne ayant décidé de se mettre elle-même dans une position minoritaire ou atypique. C’est le choix qu’ont fait Linda Aubort et Anne Jeanneret. La première est carrossière, la deuxième opératrice de machines automatisées. Mais qu’est-ce qui se cache vraiment derrière ce mot ? Petit tour de la question.

Pour Nadia Lamamra, professeure et docteure en études genre, «les pionnières sont des personnes minoritaires et atypiques par rapport à leur sexe dans leur métier. Par contre, la définition du pourcentage maximum de femmes présentes dans une entreprise pour que celles-ci soient encore considérées comme des pionnières n’est pas très claire». La chercheuse choisit la proportion de 3 femmes pour 10 hommes, car avec ce pourcentage  on commence à avoir un poids en matière de masse critique, mais on observe quand même les mêmes phénomènes». Ces phénomènes se regroupent en deux cellules principales : le sentiment de minorité et le rapport aux normes masculines.

Elzie Crisler Segar, créateur du mythique « Popeye », à été accusé à plusieurs reprises de « sexisme ordinaire » – DR

Une minorité difficile à accepter

Les pionnières ont presque toutes un sentiment de minorité face à leurs collègues masculins. Celui-ci peut cependant être un choix : «une partie des filles ont envie de sortir du carcan des métiers dits “féminins“ c’est donc un choix conscient» précise Nadia Lamamra.

«Dans l’entreprise où je travaille maintenant, je suis l’égal d’un homme, on me laisse faire la même chose qu’eux et ça me plait. J’ai une personnalité qui correspond à ça aussi.»
Linda Aubort, carrossière

Cependant, pour qu’une femme puisse évoluer dans un métier dit d’hommes, il faut déjà qu’elle se trouve dans un environnement de travail prêt à accueillir une pionnière. Ce qui n’est pas toujours le cas. «Certains métiers fonctionnent comme des bastions. Ce sont les métiers dans lesquels la valorisation vient particulièrement de la virilité. Ils ne veulent pas accepter la présence de femmes, car ce serait éliminer ce qui est parfois le seul moyen de valoriser le métier», explique la sociologue.

Dans d’autres cas, l’on trouve un «équilibre fragile dans l’environnement de travail et dès que quelque chose vient troubler cet équilibre la situation devient problématique». En effet, c’est souvent lors de conflits que le sentiment d’être atypiques des pionnières ressort, car «on a tendance à exclure la minorité plutôt que de questionner l’organisation», fait remarquer Nadia Lamamra.

«Quand je suis allée voir la direction pour régler le problème avec un nouveau supérieur, on ne m’a pas soutenue du tout. On a un peu mis ça sur le dos que j’étais une femme et je pense que si j’étais un mec on m’aurait plus défendue. Je suis devenue la fautive pour avoir mis ça en évidence. C’est en grande partie à cause de ça que j’ai changé d’entreprise.»
Linda

L’attention se concentre sur les particularités des femmes que ce soit en situation de conflit, mais aussi lors de difficultés, et «c’est ce retour systématique au sexe de la personne qui fait ressortir ce sentiment de minorité», explique Nadia Lamamra. Cette focalisation peut léser l’apprentissage du métier et pousser à contourner ce cliché.

«Parfois, on m’a dit que si je n’y arrivais pas c’était parce que j’étais une femme alors que j’étais juste une élève en formation et que j’avais besoin d’une explication plus précise ou différente. Du coup, j’ai dû apprendre à chercher les informations ailleurs, par moi-même. Ça m’a donné l’avantage d’avoir la capacité de trouver des solutions.»
Anne Jeanneret, Opératrice de machines automatisées

S’adapter à la virilité

L’une des normes principales des métiers dits «typiquement masculins» est celle de la virilité. Cette norme se décline de plusieurs manières. Premièrement, il faut accepter la violence verbale – qu’elle se manifeste sous forme d’ordres, d’insultes ou de blagues. La violence physique fait aussi partie de la norme et est souvent liée à la difficulté du travail. Pour finir, il faut nier son inconfort, qu’il soit somatique ou lié à l’environnement de travail.

Les pionnières ont «tendance à mettre en évidence, par leur simple présence en tant que femmes, ces normes et rapports de pouvoirs, ajoute la spécialiste. Elles sont alors d’autant plus mises à l’épreuve et impliquées dans ces “jeux de virilité“ qui concernent tous les membres du métier».

«J’ai dû porter des trucs lourds et ils m’ont testé du coup pour voir si j’y arrivais. Dans un métier d’homme, il faut savoir encaisser et ça c’est normal, il faut accepter d’être traitée comme un homme, surtout quand ça vient d’un supérieur. En fait, il faut savoir encaisser, mais aussi s’affirmer.»
Linda

Cependant, toutes les pionnières n’ont pas la capacité ou l’envie de se plier aux normes masculines de ce métier. Elles ont alors tendance à contourner cette norme, particulièrement en ce qui concerne la force physique.

«Les hommes avaient tendance à croire que pour eux c’était naturel d’être bons dans leur métier. Moi comme je n’avais pas la même force physique, surtout au début, je trouvais d’autres techniques, d’autres solutions. Souvent, elles finissaient par être plus efficaces et je finissais par les surpasser.»
Anne

Cette façon différente de voir le métier et cette tendance à moins entrer dans les « jeux de virilité » peut être un avantage pour les entreprises, comme le fait remarquer Nadia Lamamra : «en termes de santé au travail, il est parfois extrêmement bienvenu d’avoir eu des pionnières dans son entreprise, car, si l’entreprise est prête à prendre en compte cette façon différente de travailler, elle pourra alléger la charge physique du travail, et ce pour les hommes également».

«La hiérarchie a aussi pu adapter différents postes à différents niveaux de force ou de capacité. Ça s’est venu du fait qu’il y avait des femmes, mais au final ça a servi à tout le monde, car les différences ne sont pas forcément homme/femme.»
Anne

Les pionnières n’ont donc pas toujours la vie facile. De plus, s’ajoute aux défis leur étant propres, ceux vécus par la plupart des femmes quelques soit leur métier. Ceux-ci peuvent s’apparenter à du sexisme, à une difficulté à trouver un équilibre entre maternité et carrière professionnelle, à un comportement paternaliste de la part des collègues et supérieur, et à bien d’autres choses encore.

«En plus de ça, il y a aussi des très grands écarts salariaux en plus. Moi, ça m’est arrivé, et j’ai dû aller taper du poing sur la table.»
Anne

Cependant, Anne et Linda ont toutes les deux trouvés des places de travail qui leur plaisent dans des entreprises proposant un environnement qui leur convient. Anne a même pu contribuer à améliorer l’organisation et la répartition des tâches dans un métier qui venait de voir le jour au moment de sa formation. Comme quoi tout est possible quand chacun y met du sien.

«Pour moi, le terme de pionnière est valorisant, ça prouve que les femmes peuvent y arriver aussi. Ça prouve que si c’est le métier qui te plaît tu peux y arriver.»
Linda

Sexo

L’assistance sexuelle pour personnes handicapées : un double tabou

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Si le handicap est un sujet sacral de la société, la sexualité est un autre problème qu’il est difficile d’aborder. La combinaison des deux en fait une réalité souvent mise sous silence.

Le droit à une sexualité saine concerne tout individu, les personnes en situation de handicaps y compris. Il est temps d’en savoir plus sur comment les acteurs concernés peuvent ainsi exprimer leur-s plaisir-s érotique-s et quels sont les obstacles auxquels ils font face.

Le double tabou

Le besoin sexuel est souvent mis sous silence chez les personnes atteintes de handicaps. Une image asexuée leur est attribuée et il est difficile d’imaginer que celles-ci peuvent, elles aussi, ressentir du plaisir. Ce préjugé pose un grand problème pour les individus cherchant à s’épanouir sexuellement, mais ayant des difficultés physiques, mentales ou psychiques. D’un côté, le tabou mélangeant handicap et sexe freine grandement l’accessibilité aux associations offrant ces services, et de l’autre, ces services sont nettement insuffisants. En Suisse romande, Corps Solidaire est une des rares associations qui proposent les services d’assistants sexuels et qui offre également une formation pour ces derniers. Claudine Damay, présidente de l’association, nous a éclairés sur le sujet.

Claudine Damay, également assistante sexuelle, est la fondatrice et présidente de l’Association “Corps Solidaires” – Capture : YouTube / TEDx Talks

Les raisons pour lesquelles une personne handicapée exprime le désir de faire appel à un assistant sexuel varient selon les individus. Alors que recourir à l’assistance sexuelle n’est pas une solution absolue pour les personnes en situation de handicaps, certaines ressentent l’envie de prendre, par ce biais, du plaisir, ou simplement de partager une connexion intime. C’est pour cela que les services proposés diffèrent selon les besoins. Une prestation peut se limiter à des caresses ou peut impliquer divers services sexuels, allant jusqu’à la pénétration. Les services prodigués sont décidés entre la personne bénéficiaire et l’assistant, dans la confidentialité. Claudine Damay ajoute : «C’est une histoire intime entre le bénéficiaire et l’assistant, le but n’est pas d’imposer une sexualité normée, mais de découvrir quelle est la sexualité du bénéficiaire et de l’explorer».

Le manque de ressources et d’informations sur l’assistance sexuelle pour personnes handicapées amène régulièrement les individus concernés à se tourner vers le domaine de la prostitution. Cela peut mener à des situations malheureuses, car de nombreux travailleurs du sexe n’ont jamais eu de contact avec le handicap et n’ont pas reçu de formation spécialisée pour aider une personne dans la découverte de sa sexualité. Recourir aux services d’un-e prostitué-e amène aussi à faire face à de nombreux refus, qui alimentent la stigmatisation du handicap.

Le combat des associations

Pour aider les personnes handicapées à répondre à leurs besoins sexuels, des agences et associations s’organisent autour du monde, afin de réguler la pratique, proposer des structures saines et faciliter l’accès à l’assistance sexuelle. La plateforme européenne EPSEAS propose ainsi une liste d’associations en lien avec la pratique. Bien que la liste paraisse exhaustive, ces associations font souvent face à de nombreux obstacles. Par exemple, dans de nombreux pays, la pratique reste interdite. En France, par exemple, la prestation est assimilée à de la prostitution et se retrouve donc proscrite. Plusieurs assistants français ont d’ailleurs été formés en Suisse. Il n’y a pourtant que peu d’échanges avec l’étranger et les réalités en dehors des frontières suisses ne sont pas forcément plus joyeuses. Le schéma reste similaire :peu ou pas de subventions et un grand manque de moyens. Bien que l’assistance sexuelle ne soit pas interdite en Suisse, elle est soumise aux mêmes régulations que la prostitution, sauf dans le canton de Genève, qui a exclu l’assistance sexuelle de la Loi sur la prostitution, sans, toutefois, préciser son statut.

La différenciation entre prostitution et assistance sexuelle est importante dans la discipline. Les assistants sexuels sont, eux, spécialement formés pour accompagner des personnes handicapées dans la découverte de leur sexualité. Pour exercer au sein de l’association Corps Solidaires, il est demandé d’avoir une activité professionnelle à côté de celle d’assistant. L’accent est mis sur le consentement entre les bénéficiaires et les assistants, pour éviter que ces derniers se forcent à exercer pour le gain. Les compagnons des assistants doivent aussi exprimer leur accord pour que leurs partenaires pratiquent ; «le but n’est pas de briser des ménages». C’est pour ces raisons que l’association ne considère pas la pratique de l’assistance sexuelle comme un métier, mais comme une activité secondaire, à la différence de la prostitution. «Nous sommes solidaires des travailleurs du sexe, mais nous ne fréquentons pas ce milieu. Les journalistes s’efforcent à aborder ce sujet, bien qu’il n’y ait pas de lien, précise Claudine Damay. Si les prestations sont payantes, c’est pour éviter tout abus de pouvoir».

Marcel Nuss, atteint d’amyotrophie spinale, est un essayiste français particulièrement intéressé par la thématique de l’assistance sexuelle – © Martin Colombet

Un service qui manque de ressources et de soutien

La présidente de Corps Solidaires explique que l’un des problèmes majeurs au sein de l’association et au sein de l’assistance sexuelle en général est le manque de personnel jeune. Il est rare de rencontrer un assistant de moins de quarante ans et il est difficile de motiver de jeunes personnes à s’impliquer. Cela est d’autant plus compliqué que l’association met l’accent sur le propre épanouissement sexuel de ses assistants, qui doivent se sentir suffisamment matures dans leur sexualité, ce qui n’est que rarement le cas de jeunes adultes. Les parcours des assistants sont très variés et les motivations diffèrent aussi. Mais un point leur est commun : le désir de vivre dans une société plus juste. «On reconnait une sexualité aux animaux, heureusement maintenant aux homosexuels, mais les seules personnes auxquelles on ne s’est jamais intéressé sont les handicapés».

Lire aussi :  J'ai parlé handicap avec des universitaires. Et il y a peut-être encore des progrès à faire…

L’image de l’assistance sexuelle a évolué au fil des années, et la pratique a été victime de son succès. Si la prestation attire par sa singularité, la réalité est très précaire. Le manque de soutien se fait sentir et contrairement à l’exposition médiatique dont elle bénéficie, la pratique n’est que peu fréquente et manque énormément de moyens. «C’est énervant lorsqu’il faut refuser des demandes de prestations, car nous n’avons pas les ressources nécessaires». Ce manque de ressources concerne aussi le manque d’assistants, qui ne sont que très peu à pratiquer régulièrement. Claudine Damay explique aussi que la demande pour des assistantes féminines est beaucoup plus forte que celle pour des assistants masculins. En effet, les cas de prestations pour des bénéficiaires féminins sont très rares. «C’est dramatique, on n’apprend pas aux femmes à reconnaitre leurs désirs, et encore moins aux femmes handicapées. C’est un double-handicap malheureux.».

Si l’opinion publique accepte de plus en plus le débat sur l’assistance sexuelle, sa reconnaissance en tant que pratique légale et bénéfique a encore du chemin à parcourir. Les obstacles financiers, légaux et ceux liés au duo de sujets tabous, le handicap et la sexualité, n’aident en rien les personnes concernées à jouir pleinement de leur droit aux plaisirs de la chair, sains et respectés.


Sur corps-solidaires.chvous trouverez des informations ainsi que des offres de soutien dans le domaine de la sexualité des personnes handicapées.

Hasta la vista
Un film de Geoffrey Enthoven (2011)
108 minutes

Sélection cinéma de Malick Touré-Reinhard.
Sélection documentaire d’Arthur Würsten.

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Actu

Avec un train de retard, l’Académie Française adopte la féminisation des noms de métiers

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L'Institut de France abrite depuis 1795 regroupe cinq aréopages, dont la prestigieuse Académie française – © Steve Barru

«Avocate», «chirurgienne», «écrivaine», en dépit du fait que ces appellations soient couramment employées depuis plusieurs années pour désigner la déclinaison féminine d’une profession, ces termes n’étaient, jusqu’au 28 février dernier, toujours pas reconnus officiellement par l’Académie Française. Adopté à «une large majorité», en quoi le rapport sur la féminisation des noms de métiers est-il porteur dans le climat actuel ?

Bien qu’il s’agisse d’une avancée quant à la considération de la femme au sein de la sphère professionnelle, l’égalité linguistique n’est malheureusement pas tributaire d’une égalité salariale, comme le déplore le quotidien L’Union : «Madame la cheffe sera ravie d’être reconnue, mais si c’est pour continuer à être payée 20% de moins que le chef d’à côté, elle n’aura pas l’impression d’y avoir gagné grand-chose.»

Au vu de l’environnement professionnel difficile dans lequel baignent les femmes qui travaillent en entreprise, si pour certaines ce progrès équivaut à brasser du vent, le raisonnement ne fait pas l’unanimité pour autant. Il s’agit d’un cap important selon Danièle Linhart, sociologue du travail au Centre national de la recherche scientifique, qui intervient, pour commenter la nouvelle, dans Le Figaro : «Cela reflète une prise de conscience et une évolution pour la société, souligne-t-elle, en ajoutant par ailleurs que cela permettra à certaines femmes d’apparaître pour ce qu’elles sont en n’étant plus obligées de se bricoler un nom de métier ou de se cacher derrière une identité masculine. Désormais, hésitations et quiproquos n’ont plus leur place au travail, puisque les exceptions masculines ont officiellement leurs équivalences féminines.»

«Nous sommes dans l’ordre du symbolique, mais cela compte»

«Nous sommes dans l’ordre du symbolique, mais cela compte», assure Margart Maruani, sociologue du travail spécialisée sur la question du genre à Paris. Parallèlement, si l’on décide de se pencher sur cette symbolique que revêt la langue française pour sa nation, il apparait assez distinctement que cette dernière s’inscrit comme élément significatif du patrimoine français. Significatif au point que lors de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuelle Macron, l’actuel Président du Conseil constitutionnel français, Laurent Fabius, fait mention de protéger la langue dans le cahier des charges du nouveau président de la République : «En application des articles 6, 7 et 58 de notre constitution, le Conseil constitutionnel, mercredi 10 mai, vous a proclamé, élu, Président de la République. […] Président d’une république indivisible, laïque, démocratique et sociale, chargé de la représenter, de la faire progresser, d’en incarner les valeurs et la langue et de la ressembler.»

Par ailleurs, l’État a su au fil des siècles développer et entretenir le caractère «mythique» de son Académie. Une institution prestigieuse présentée comme gardienne de la langue, composée d’«Immortels» qui se réunissent dans un palais, vêtus d’un uniforme aux broderies en forme de rameaux d’olivier et arborant fièrement cape et épée.

Le célèbre Habit Vert revêtu par les Immortels en séance à l’Académie Française nécessite près de 600h de travail, uniquement en broderies faites main. – © Stark and Sons

Dans cette perspective, la langue s’est pourvue d’un puissant caractère symbolique auprès de sa population, et c’est peut-être ici que réside l’essence même de la réforme. Soutenant cette hypothèse, Danièle Linhart ajoute que : «Cela peut renforcer la légitimité des femmes au travail et cela renforce dans les esprits l’idée selon laquelle le monde du travail est un monde pour les hommes et pour les femmes.»

Aujourd’hui, le prestige qui gravitait autrefois autour de l’Académie s’est fortement amenuisé auprès de l’opinion publique, probablement car les gens sont désormais plus à même de réaliser que l’assemblée d’Académiciens qui remplissent les bancs de l’institution ne sont peut-être pas aussi qualifiés pour parler de la langue française que ce qu’on voulait bien nous laisser croire. C’est du moins ce qu’affirme avec conviction Maria Candea, enseignante-chercheuse en linguistique et sociolinguistique à l’Université de Paris 3 dans un entretien de la revue Ballast :

« On pense spontanément que l’Académie française est légitime à parler de langue française, alors que c’est vraiment une position usurpée. Il n’y a aucun linguiste parmi eux ! Ils ne sont pas du tout cooptés sur la base d’une quelconque formation linguistique. Il y a par exemple Valéry Giscard d’Estaing. En quoi serait-il légitime à dire quelque chose sur la grammaire ? Mais l’incompétence des Académiciens remonte bien plus loin. Selon ses premiers statuts, à sa création, l’Académie était censée faire un Dictionnaire, une Grammaire, une Poétique et une Rhétorique. En presque quatre siècles, ils ont bouclé à peine huit éditions de leur dictionnaire et ont édité une seule grammaire, en 1930… immédiatement tournée en ridicule par les linguistes à cause de sa piètre qualité. »

À cela s’ajoute une faible représentation des femmes au sein de l’assemblée (4 femmes pour 31 hommes), et un absentéisme aussi régulier que commun de la part de plusieurs membres lors des réunions.

Finalement, en dépit de la réputation désuète que traîne l’Académie depuis plusieurs années, les «Immortels» se joignent au cortège et reconnaissent la nécessité d’une évolution linguistique s’inscrivant tout simplement dans l’ère du temps. Une reconnaissance qui va dans le sens des revendications actuelles, même si pour beaucoup l’essence de la lutte réside ailleurs.

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