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Société

Les femmes cellophanes #4  : Alexandra Kollontaï, première ambassadrice

Crédit : RIA Novosti

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En pleines célébrations des 50 ans de Mai 68, c’est à l’une des plus grandes féministes socialistes, Alexandra Kollontaï, que nous consacrons le 4e portrait de notre série Les femmes cellophanes.

En effet, le mouvement de révolte étudiante et ouvrière fût principalement une révolte d’hommes, que certains catégorisèrent même de machiste. Pourtant, les mouvements socialistes dénombrèrent plusieurs partisanes féministes, dont certaines devinrent des figures extrêmement importantes. Alexandra Mikhaïlovna Domontovitch, son nom de jeune fille, en fait partie. 

Kollontaï naît le 19 mars 1872 à Saint-Pétersbourg. Enfant unique d’un général de l’armée tsariste, issu de la noblesse ukrainienne, et d’une riche finlandaise, on raconte que la future militante à l’esprit rebelle est passionnée par le mouvement socialiste. Après avoir refusé un mariage arrangé à ses 17 ans, son père la marie dès ses 20 ans à l’ingénieur Vladimir Kollontaï, en espérant calmer ses ardeurs révolutionnaires. Mais très vite, après la naissance de son fils et à peine 4 ans de mariage, elle se lasse de la vie de famille traditionnelle et quitte tout pour aller étudier l’économie politique à l’Université de Zurich.

En Suisse, elle en apprend plus sur le marxisme et se lie d’amitié avec plusieurs révolutionnaires en exil, dont Lénine. Dès son retour en Russie en 1899, elle prend part au mouvement révolutionnaire marxiste menchevik et rejoint le POSDR, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie.

Durant la révolution de 1905 qui aboutit au Manifeste d’octobre, Alexandra Kollontaï se consacre à plein temps à la révolution. Elle émet pour la première fois un discours en tant que porte-parole des femmes prolétaires cette même année, lors de la réunion d’inauguration de l’Union Panrusse pour l’Egalité des droits des femmes. Son discours s’attaque au féminisme russe de son époque, qu’elle qualifie de « bourgeois » et de « distraction à la lutte des classes ».

Plus tard, elle rencontre Klara Zetkin, femme politique allemande, à la première Conférence internationale des femmes socialistes et celle-ci la persuade que les ouvrières sont les premières victimes de la société capitaliste et du patronat. Elle participe donc à l’ouverture, à Saint-Pétersbourg, d’un collectif légal d’ouvrières qui dénombrera plus de 300 adhérentes en quelques mois.

Alexandra Kollontaï, en 1937 – © Wikimedia Commons

Anticipant le premier Congrès féminin panrusse, Alexandra Kollontaï écrit Les Bases sociales de la question féminine, qui sera publié en 1909. En s’inspirant d’Engels et de Bebel, elle y traite des conditions de vie des travailleuses et du lien entre l’émancipation des femmes et la cause socialiste marxiste. Elle prend également part aux deuxième et troisième Conférences des femmes socialistes en 1910 et 1915g.

Sa fonction en tant que commissaire du peuple lui permet d’obtenir le droit de vote et d’être élue, le droit au divorce par consentement mutuel, l’accès à l’éducation, un salaire égal à celui des hommes, des congés maternité, l’égalité de reconnaissance entre enfants légitimes et naturels, et finalement le droit à l’avortement en 1920.

Elle s’oppose à la Première Guerre mondiale à son début et, de ce fait, quitte le parti menchevik pour rejoindre les bolcheviks en 1915. Surveillée par la police impériale pour ses attaques contre la politique tsariste dans son œuvre La Finlande et le socialisme, elle quitte la Russie. Après ses voyages en Europe du Nord et en Amérique, c’est en Norvège qu’elle apprend les débuts de la révolution russe en 1917 et décide de rentrer. Élue au comité central du parti bolchevik, elle devient la première femme du monde membre d’un gouvernement. La politicienne quitte ses fonctions, suite à de profonds désaccords concernant le plan de fin de guerre en 1918. La communiste de gauche fût l’une des pionnières du courant de l’Opposition ouvrière mais se dissocie du parti en 1922, lors de tensions au sein de ce courant d’opposition. Elle ne participa d’ailleurs plus jamais aux débats du Parti communiste russe.

L’écrivaine rentre au cœur de nombreuses polémiques sur la place des femmes dans la société soviétique. En effet, elle pense que la libération des femmes ne peut se faire que par refus de la famille. En 1918, elle parle de l’union libre dans La Nouvelle morale et la classe ouvrière, ouvrage basé sur l’égalité des rapports mutuels, l’absence de possessivité et la reconnaissance des droits individuels de chacun des membres du couple et le souci de l’autre réciproque. Elle-même vivra plusieurs relations amoureuses libres et multiples, pour lesquels même Trotski et Lénine la condamneront.

Alexandra Kollontaï devient à nouveau la première femme à tenir un poste dans le monde politique, cette fois en tant qu’ambassadrice de l’Union Soviétique. Elle débute en Norvège en 1923, et malgré les critiques virulentes sexistes et soviétiques, son succès lui mène à représenter son pays au Mexique, puis en Finlande. Certains politiciens finlandais proposeront même sa candidature pour le Prix Nobel de la paix en 1946, en vue des négociations qu’elle a mené pour les deux armistices entre l’URSS et la Finlande, en 1940 et en 1944, et pour l’armistice avec la Roumanie en 1944.

Elle animera également des séminaires sur l’histoire des relations internationales et de la politique extérieure soviétique à l’Institut de préparation des travailleurs diplomatiques et consulaires jusqu’en 1945. La militante, politicienne et écrivaine renonce à ses fonctions en 1945 et retourne à Moscou, où elle décède en 1952.

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Grève du climat : ces jeunes qui passent de la parole à l’action

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Plus de 1 000 jeunes se sont mobilisés pour la grève du climat, ici à Neuchâtel – © Muriel Antille

Vendredi 18 janvier 2019, 22 000 jeunes ont envahi les rues de toute la Suisse. Leur revendication ? Imposer l’urgence climatique et surtout dénoncer l’inaction politique dans la lutte contre le réchauffement de la planète. La réaction des médias à l’encontre de ce mouvement a été partiellement encourageante. Celle des politiciens et des réseaux sociaux, un peu moins. Slash est parti à la rencontre de jeunes qui se bougent, qui veulent faire évoluer la situation, qui passent de la parole à l’action.

Slash a rencontré Héléna Brendow, 23 ans, et Mirko De Bortoli, 21 ans, deux étudiants de l’Université de Neuchâtel et membres de la SDNE (Semaine de la Durabilité Neuchâteloise). Ils nous parlent de cette grève, mais également de leurs actions. De quoi, restons polis, changer l’opinion de certain.e.s sur la jeunesse actuelle. À la suite des remarques négatives balancées sur les réseaux sociaux ou par des politiciens, les deux jeunes étudiants ont réagi de vive voix.

«Ça ne sert à rien de manifester, retournez étudier !»

Premièrement, il faut mettre les choses au clair. Si les gymnasiennes et gymnasiens n’étaient, en effet, pas en congé ce jour-là, ce n’est pas le cas des universitaires. Ces derniers sont en période de révisions et d’examens. «Je n’ai d’ailleurs pas pu me rendre à la manifestation à cause d’un examen. Mais j’ai soutenu la cause», relève Mirko. «Ce n’était pas la première manifestation pour le climat que je faisais. J’ai trouvé ça d’autant plus touchant que c’était des étudiants et des jeunes qui manifestaient. Cela va peut-être avoir un plus grand impact», ajoute Héléna, originaire de Genève. Car comme relevé par de nombreux manifestants, les conséquences du réchauffement climatique vont affecter la jeunesse actuelle ainsi que les générations futures.

«La plupart des étudiants ont manifesté juste pour louper les cours !»

«Même si c’est le cas, il y a eu beaucoup de discussion autour de la durabilité durant cette manifestation. Cela peut encourager des jeunes qui étaient moins concernés à s’y intéresser un peu plus», tempère Héléna. Ce qui est sûr, c’est que cette grève a eu le mérite d’ouvrir le débat (il était temps) et de montrer que le climat est bel et bien une préoccupation de la jeunesse. Pour les plus sceptiques, la prochaine grève du climat aura lieu ce samedi 2 février, dans toutes les villes suisses. Le public ciblé par cette nouvelle manifestation ne sera plus uniquement les jeunes, mais toutes les personnes, peu importe l’âge, qui se sentent concernées par la problématique climatique. Il n’y a donc plus d’excuse.

Conférence organisée lors de la Semaine de la Durabilité par la SDNE – DR

«C’est facile de manifester, mais proposez quelque chose maintenant !»

Contrairement à d’autres, Héléna et Mirko ont délaissé les paroles pour les actes. Désormais, ils organisent et participent activement à une semaine de débat et de sensibilisation sur le thème de la durabilité. Le projet se déroulement conjointement dans toutes les hautes-écoles et universités suisses dans le cadre de la Sustainability Week Switzerland (SWS). «En dehors de cet événement, nous avons effectué une enquête portant sur la durabilité à l’Université de Neuchâtel. Nous avons ensuite soumis un dossier complet au rectorat avec des propositions d’action et des alternatives aux problèmes rencontrés», explique Mirko, co-président et responsable des finances de la SDNE.

Depuis, les mets servis à la cafétéria dans les habituels récipients en plastique jetable ont disparu, faisant place à un système de bols réutilisables et de cautions. Les machines à café ont également changé pour un modèle plus écologique. «Un poste à l’université a également été créé pour s’occuper de la durabilité dans l’établissement. Une personne réalisant son service civil est maintenant chargée de développer des projets durables», ajoute Héléna, étudiante en géographie et allemand. Mais la SDNE n’est pas seule. D’autres associations universitaires collaborent ensemble, à l’instar de VEGA’Neuch, du Gramu (Groupe d’aménagement de l’Université) ou de l’AED (Alternative Étudiante Durable). Cette dernière organise d’ailleurs régulièrement un marché gratuit avec les invendus des commerces de la région neuchâteloise.

«Les jeunes sautent sur la moindre occasion de prendre l’avion et changent d’iPhone tous les six mois !»

«Je n’ai pas toujours eu cet esprit écologique, avoue Mirko. Mais j’ai grandi et j’ai mûri. Actuellement, je ne voyage presque plus qu’avec les transports publics. Après, il ne faut pas oublier que nous sommes nés dans une société de surconsommation. Les générations précédentes ne l’ont pas vécu. Tout est fait pour nous faire acheter et nous n’y pouvons pas grand-chose, nous les jeunes. Si l’on veut que les choses changent, le système entier doit être adapté à la problématique climatique», réagit le Chaux-de-Fonnier.

Héléna, quant à elle, a décidé de ne plus prendre l’avion, sauf nécessité. «Les trains de nuit se sont bien développés. Cela prend plus de temps, mais ce n’est pas forcément plus cher et l’impact écologique est bien plus bas», lance la Genevoise. L’éducation peut également jouer un rôle. «Nous avons été éduqués dans ce système. Il est donc dur de changer. Mais si l’éducation, dès le début, sensibilise à ces problématiques, certains gestes ne deviendront plus que de simples habitudes», réfléchit Mirko.

Marché gratuit composé d’invendus et organisé par l’AED – DR

«Allez nettoyer vos déchets dans les parcs avant de manifester !»

Dans son studio neuchâtelois, qu’elle occupe durant ses études, Héléna a vite remarqué la quantité de déchets produits quotidiennement. «Un sac poubelle de 17 litres par semaine, ça faisait beaucoup. Je me suis mise ensuite au zéro déchet. J’achète tout en vrac. J’ai toujours une gourde avec moi. Je mange les légumes du marché et tente de diminuer ma consommation de viande, sans pour autant devenir végétarienne», déclare-t-elle. Comme quoi les jeunes d’aujourd’hui ne font pas que parler.

Une dernière remarque ?

«Regardez le rapport du GIEC [Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat, ndlr.]. Ce ne sont pas des prévisions ou des hypothèses, ce sont des faits. Si nous ne faisons rien maintenant, dans 10, 20 ou 30 ans, ça sera la merde», balance Mirko, afin de clore le débat et de dissoudre la dernière once de scepticisme qui pourrait être présente en nous.

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Entre gilets jaunes et COP24, une dualité sociale

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Stop aux taxes, stop au réchauffement climatique, un dilemme cornélien – © F. Scheiber / SIPA

L’actualité de ces derniers jours est brûlante. D’un côté, la France vit une insurrection populaire rassemblée sous le mouvement des « gilets jaunes ». De l’autre côté, la Pologne, et plus particulièrement la ville de Katowice, accueillait la 24e conférence de l’ONU sur le climat, la COP24. En analysant la base de ces deux événements, deux initiatives antagoniques sont au cœur du débat. Explications et commentaire.

Les gilets jaunes défraient la chronique. Entre violences, déprédations et chaos complet, la révolte populaire prend de plus en plus l’expression d’une colère générale, trop longtemps cantonnée au silence. Mais en revenant à la base de ce mouvement, on remarque que les revendications principales concernaient principalement la hausse du prix du carburant. Des blocages routiers, pour la plupart pacifiques, furent et sont au centre de l’action. La hausse a déjà été annulée, suite à la tournure des événements. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et la situation s’est envenimée. Les inégalités sociales, la chute du pouvoir d’achat, une élite politique qui ne représente pas le peuple, tous les sujets sensibles se rassemblent en une seule manifestation. La colère gronde et se généralise. Emmanuel « Manu » Macron est sorti, lundi, de son silence. Que les pauvres se rassurent, ils auront 100 euros de plus en percevant le SMIC, sans que les employeurs aient à mettre la main à la poche. D’où sortira cet argent, personne ne le sait. Mais le plus important reste que le Président « comprend » cette colère. Bien sûr.

© YANN CASTANIER/HANS LUCAS/AFP

Katowice, capitale du climat

À un peu plus de mille kilomètres de la capitale française, à Katowice en Pologne, le sujet est bien différent. Comment sauver notre planète ? Une des solutions souvent mises sur la table est l’ajout de taxes sur les carburants afin de soutenir les énergies renouvelables. La 24e conférence de l’ONU sur le climat s’est déroulée du 3 au 9 décembre. Discret, ce rassemblement international passe quelque peu aux oubliettes médiatiques. La faute notamment à une actualité obnubilée par nos voisins français et par un G20 qui s’est déroulé en Argentine, rassemblant les politiciens les plus influents de notre monde. Mais pas seulement. La COP24 a vécu, malheureusement, dans l’ombre de l’exposition médiatique qu’avait suscitée sa grande sœur, numéro 21, en 2015, à Paris. Le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris n’a pas aidé non plus.

Les espoirs de transition écologique d’une envergure mondiale s’amenuisent au fil du temps. Trump et Bolsonaro et leur politique conservatrice, une Chine incontrôlable dans ses émissions de gaz à effet de serre, une année 2018 aux températures record, le pessimisme écologique ne doit pourtant pas être un des fondements de notre futur à nous, la génération qui en payera le lourd tribut.

Pendant la COP24, Greta Thunberg, jeune Suédoise de 15 ans, manifeste devant le parlement de son pays pour que son gouvernement respecte l’accord de Paris. – © HANNA FRANZEN/EPA/MAXPPP

Stop aux taxes, stop au réchauffement, un dilemme cornélien

Chaque chose remise dans son contexte, il faut bien admettre qu’on ne peut pas blâmer les Français pour leurs revendications. Il est également difficile de mettre ces deux événements dans le même panier. Mais la question a le mérite d’être posée. L’accord de Paris tablait sur une hausse limitée à 2 degrés, idéalement 1,5, par rapport à l’époque pré-industrielle. À l’heure actuelle, la planète Terre se dirige vers un réchauffement de 3 degrés. Que peut-on donc faire pour endiguer cette bombe à retardement qu’est notre climat, si personne ne veut payer le prix ?

Chaque personne se doit de réfléchir à ses propres actions. Mais c’est également le rôle de la politique de permettre un changement de comportement, de mentalité, sans que les principaux déficitaires soient ceux qui peinent, à la fin de chaque mois, à boucler leurs comptes.

Pendant ce temps, le Conseil National de notre chère patrie helvétique se réunissait lundi de la semaine passée pour discuter d’une éventuelle hausse du prix du carburant pouvant aller jusqu’à 20 ct/litre. Pas de gilet jaune « made in Switzerland » à l’horizon, pour l’instant. Quoique, samedi, à Berne, à Genève et dans d’autres villes, des rassemblements ont eu lieu pour … exhorter le parlement à ne pas affaiblir la loi sur le CO2 et à agir pour la planète. Chacun son combat, mais nous avons quelque chose en commun: notre Terre.

Des marches pour le climat ont eu lieu samedi dans plusieurs villes de Suisse, réunissant plusieurs milliers de personnes, comme ici à Genève – © Keystone/ATS

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