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« Trois amis en quête de sagesse » #2 : l’Altruisme au quotidien

Édouard Baer est Otis dans "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre" – Capture : Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat (2002)

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Selon Fiodor Dostoïevski, nous raconte le philosophe suisse Alexandre Jollien, il serait plus facile d’aimer l’humanité tout entière que de supporter son voisin. Le célèbre écrivain russe avait sans doute de l’humour, mais également raison.

Toujours plongée dans les entrailles du livre « Trois amis en quête de sagesse », paru en 2016 et co-écrit par Alexandre Jollien, Christophe André, psychiatre français, et par Matthieu Ricard, célèbre moine bouddhiste,  cette petite tribune littéraire tente d’explorer cette fois le concept de l’altruisme. Pourquoi ? Car il me semble qu’il y ait confusion sur ce terme pour quelques-uns d’entre nous.

Exemple 1 : l’altruisme, c’est laisser sortir les gens du bus avant d’y entrer – ou, au moins, laisser sa place à la petite dame qui tangue, au rythme des saccades de l’engin. Exemple 2 : l’altruisme, c’est ne pas mâcher son chewing-gum comme un effréné à côté des oreilles des autres dans le métro. Exemple 3 : l’altruisme, c’est, selon les trois camarades, des petits actes de bienveillance envers l’autre au quotidien.

C’est donc grâce aux transports en commun que ma chronique est née, puisque je me suis rendu compte que beaucoup ne le connaissent pas – l’altruisme –, ou du moins ne le pratiquent pas un minimum au quotidien.

Mettre ses “lunettes roses” et voir la vie d’un autre oeil – © DR

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L’altruisme au quotidien

Mais, justement, qu’en disent les trois amis, qui, sagement, nous invitent à plus de douceur dans notre vie de tous les jours ? Pour Christophe André, psychiatre du positif, faire preuve d’altruisme c’est, pour commencer, prêter de l’attention à son prochain, à ses besoins, et agir pour l’aider. Matthieu Ricard, maître du bouddhisme tibétain, le rejoint en expliquant : « L’altruisme, ou l’amour altruiste, c’est essentiellement faire le bien des autres. » 

En dernier lieu, et il y aurait pourtant tant de choses à dire, « se lancer dans l’altruisme, c’est finalement, s’échapper de prison, s’affranchir de l’ego. », nous explique un peu plus loin dans le chapitre le Valaisan Alexandre Jollien. Car au contraire de l’égoïsme, on peut faire preuve d’altruisme en mettant notre petit moi de côté pendant quelques instants, dans des petits actes quotidiens de bienveillance comme cités plus haut – par exemple.

Attention toutefois, bienveillance et compassion riment avec altruisme et les trois auteurs nous mettent en garde contre une possible confusion : agir de telle façon ne signifie ni être niais ou faible, mais à l’inverse, cela démontre une certaine force, un courage et une sagesse d’ouverture à l’autre. En effet, en faisant preuve d’altruisme, on se fait du bien à nous-mêmes et aux autres, dont on a parfois aussi besoin.

Alors, pourquoi ne pas, dès à présent, mettre son ego dans la poche et agir de façon bienveillante envers nos proches ou dans un lieu public, et, juste, penser à faire quelque chose pour quelqu’un d’autre que soi ? Mettre ses « lunettes roses », et essayer de voir le monde de façon moins autocentrée et ce, même si l’on a une vie intense, est-ce possible ? La réponse des trois acolytes ne se fait pas attendre: Oui, si l’on s’entoure des autres et que l’on n’attend pas forcément quelque chose en retour de notre petit geste bienveillant. Le simple fait d’agir de façon altruiste devrait suffire à nous combler. Comme le dit si bien le philosophe Jollien, en opposition à la maxime de la pièce de théâtre « Huis clos » de Jean-Paul Sartre : « Je ne crois pas que l’enfer, ce soit les autres. ». À méditer.

Trois amis en quête de sagesse
Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard
Éd. L’Iconoclaste et Allary Éditions, 2016 – 480 pages

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« Le miracle Spinoza » : la dualité joie-tristesse

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Le philosophe néerlandais Baruch Spinoza (1628-1709) – Droits réservés

Sorti en novembre 2017, le livre de Frédéric Lenoir intitulé « Le miracle Spinoza » nous propose un éclairage sur les méditations de Baruch Spinoza, philosophe néerlandais du 17e siècle, dont les idées ont eu une influence considérable sur bon nombre de courants de pensée. En parcourant  ce livre, un chapitre interpelle en particulier et mérite plus ample réflexion : la dualité joie-tristesse.

Qu’est-ce donc que cette dualité « joie-tristesse » ? Selon Spinoza, il s’agirait de deux affects fondamentaux, soit un duo de sentiments où entre deux se situerait une forme de dualité, nichée en nous. Frédéric Lenoir, sociologue, philosophe et historien des religions, nous explique alors comment comprendre cette dualité joie-tristesse dont parlait Spinoza dans son Éthique. 

On comprend donc que pour ce dernier, le clivage fondamental en nous ne sépare plus l’âme et le corps, comme le pensait René Descartes, penseur français décédé en 1650, mais plutôt deux types d’affects : la joie et la tristesse.

Portrait du philosophe Baruch Spinoza, attribué à Barend Graat. – DR

La joie et la tristesse

Ces deux sentiments sont ainsi expliqués par le français Frédéric Lenoir qui vulgarise les propos de Spinoza et nous guide : « Spinoza constate encore que l’augmentation de notre puissance s’accompagne d’un sentiment de joie, tandis que la diminution de notre puissance s’accompagne d’un sentiment de tristesse. » En d’autres termes, l’affect fondamental, la joie accompagnerait l’augmentation de notre potentiel d’action. Et à l’inverse, l’affect fondamental de la tristesse accompagnerait, lui, une diminution de notre puissance d’agir.

L’objectif de l’éthique spinoziste, nous explique l’auteur du livre, veut ainsi dire qu’il faudrait organiser sa vie en fonction de la raison, et ce, afin de diminuer la tristesse et augmenter au maximum la joie.

Une sage et positive pensée, à suivre ou pas, mais quoiqu’il en soi, Spinoza, communément appelé « Le philosophe du bonheur » nous pousse, sous la plume de Lenoir dans ce bouquin de 234 pages, à nous poser des questions et répond surtout à certaines questions existentielles que nous avons tous en nous.

Le miracle Spinoza 

Frédéric Lenoir
Éd. Fayard, 2017 – 234 pages

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Rentrée littéraire 2018 : entre biographies audacieuses et romans de gare béton

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Droits réservés

Voici déjà venu le temps de la rentrée littéraire. Mais qu’est-ce que « La rentrée littéraire » ? Un reflet de l’année écoulée ? Pas sûr… Une image de l’intérêt des lecteurs ? Peut-être… Un tir groupé des éditeurs avant les fêtes et la période des prix littéraires ? Probablement… Faisons donc un petit tour de ce qu’on nous propose cette année. 

Sur la tour centrale labélisée « L’actualité du livre » à l’entrée du Payot de la place Pépinet à Lausanne, on retrouve une belle sélection d’ouvrages qui peut surprendre.  

L’attendu 

Chaque année, le mois de septembre apporte son lot de publications très attendues. Celles-ci restent cependant souvent sans surprises. Les prénoms épicènes (éd. Albin Michel) d’Amélie Nothomb est au-devant de la scène cette année. En effet, la dame au chapeau offre un ouvrage chaque année, depuis son premier roman Hygiène de l’assassin en 1992, ce qui la place en abonnée fidèle de la rentrée littéraire. 

Couverture du 26e roman de la romancière belge – DR

Les prénoms épicènes raconte une relation père-fille. À nouveau rien de très surprenant de la part de la baronne, Frappe-toi le cœur, son roman précédent, ayant traité d’une relation mère-fille. Cependant le manque d’originalité de ce choix n’exclut pas une lecture agréable. 

Les politiques 

Trump, Trump et Trump… Les ouvrages s’accumulent. Que l’on veuille savoir comment il travaille, ce qu’il pense ou comment son entourage gère ses sautes d’humeur ou peut-être même de quelle couleur sont ses slips. Si le sujet de la vie du président des États-Unis vous intéresse, vous aurez de la lecture. Fear : Trump in the White House (éd. Simon & Schuster) de Bob Woodward, le journaliste du Watergate, serait probablement notre premier choix. Mais cet ouvrage est accompagné de Unhinged (éd. Gallery Publishing Group) de Omarosa Manigault, ex-directrice de la communication à la  Maison-Blanche, ainsi que d’A Higher Loyalty (éd. Macmillan Publishers) de James Comey, ancien directeur du FBI, et de Fire and Fury (éd. Henry Holt & Company) de Michael Wolff. 

Beaucoup plus proche de nous, sur la tour centrale des librairies, l’on trouve le dernier livre d’un autre homme de droite : Oskar Freysinger. Le Valaisan a profité de sa vie loin de la scène politique pour écrire un « petit manuel de survie » (d’après son propre sous-titre). Le dos de couverture du Côté obscur de la lumière (éd. Brinkhaus Verlag) promet pourtant une lecture poétique : « Un homme est assis au bord de la mer et médite sur sa vie. […] Cet homme s’appelle Oskar Freysinger ».  

Couverture du 17e ouvrage du Sierrois – DR

Pourquoi Venise ? 

Revenons aux romans. Au centre de notre libraire, deux romans bien exposés se rapprochent : deux thrillers se déroulant à Venise. 

Le premier, Carnaval noir (éd. Grasset & Fasquelle) de Metin Arditi, raconte l’enquête menée par Benedict Hugues, un professeur de latin médiéval, pour découvrir les raisons de la mort de la jeune Donatella, doctorante s’intéressant à l’histoire cachée de la Venise chrétienne, et de sa directrice de thèse. L’enquête de Benedict se fera au travers des siècles et sur un fond de crise de l’Église. 

Le second, Les Disparus de la lagune (éd. Calmann-Levy) de Donna Leon, suit le commissaire Guido Brunetti voulant s’échapper de sa vie complexe, confinée à de lourds dossiers et un mariage compliqué. Son havre de paix se transformera pourtant rapidement en cauchemar quand le gardien de sa villa disparait et qu’il prend en main cette enquête qui révélera plus de secrets qu’il ne le pensait.

“Les Disparus de la lagune” est le 26e roman faisant appel au commissaire Brunetti – DR

Pourquoi cet intérêt pour les thrillers se déroulant dans la Cité des Eaux ? Ce mystère-là reste entier. 

Pour se rappeler qu’on n’est pas si cons 

Il vous est probablement arrivé, dans un moment de faiblesse, de vous dire qu’il ne se passait pas grand-chose d’intéressant en Suisse. Cette année on vous propose une solution avec Le génie des Suisses (éd. Tallandier) de François Garçon. L’historien qui se tue (avec plaisir) à vanter aux Français les qualités et mérites de son pays d’origine nous offre un vaste panorama de nos accomplissements. Pas toujours objectif, mais assurément sincère, tantôt caustique, tantôt anecdotique, il nous présente une série de récits témoignant « de la diversité de ce pays, et de ses limites ». 

Couverture de l’essai patriotique – DR

Une histoire de révolution 

Sur le présentoir, un roman attire notre œil. Il parle de révolution. Il en est une petite lui-même. J’ai couru vers le Nil (éd. Actes Sud) de Alaa El Aswany est aujourd’hui encore interdit de publication en Égypte. Dans son essai, El Aswany traite de l’histoire égyptienne, mais pas n’importe laquelle ; une aventure récente, presque contemporaine. Le conte d’un pays sous une dictature aux portes d’un soulèvement citoyen. Pour cela, il nous présente Asma, Mazen, Khaled, Dania, le général Alouani, Achraf, Akram, Issam et Nourhane, qui se retrouvent tous autour de la place Tahrir en 2011. Chacun d’entre eux permet de représenter chacun une facette de cette révolution. 

Couverture du 6e ouvrage de l’égyptien cairot – DR

Bonne rentrée littéraire !

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