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Récit d’un backpacker au Mexique

San Cristobal – © Slash Média / Loris Cabos

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Alors que le dicton «rester c’est exister, et voyager c’est vivre» est si souvent entendu, il me fallait prendre la décision qu’après être resté 9 mois à San Francisco, j’allais continuer à vivre, en partant sac à dos à la découverte d’une partie de l’autre Amérique. Celle où j’allais troquer d’un côté mon anglais (plus ou moins certifié) avec mon espagnol (qui aurait apprécié une légère remise à niveau), et de l’autre, ma nonchalance californienne (récemment adoptée) avec ma prudence helvétique (laissée temporairement de côté).

C’est donc à l’aéroport de San Francisco, après moult recommandations de la part de mes proches et des semaines de préparation, que je me suis envolé pour la deuxième étape de mon voyage. Le charme authentique de ses villages reculés, la variété de sa gastronomie et ses anciennes civilisations aztèques et mayas ; cap sur le Mexique que je vous raconte aujourd’hui, à travers ma courte expérience d’un mois seulement dans ce pays aussi irrésistible qu’imprévisible.

Mexico City

Une fois mon passeport tamponné et mon backpack récupéré, j’arrive, comme un gosse, pour la première fois sur le territoire mexicain. Excité à l’idée de découvrir un pays inconnu, avec sa culture colorée et ses habitants – qui s’avéreront par la suite aussi serviables que généreux. Je ne vous apprends rien en disant que Mexico City est l’une des villes les plus grandes au monde. J’y ai donc choisi, pour ne pas être complètement perdu, une charmante auberge de jeunesse en son quartier historique. Je me rends rapidement compte, en commandant ma première VTC à 70 MXN (un peu moins de CHF 4.-), que le coût de la vie à Mexico est bien moins élevé que celui de San Francisco.

Malgré la joie de pratiquer mon espagnol et mes efforts pour me fondre dans la masse, difficile de ne pas passer pour un « gringo » (nom donné par les mexicains aux étrangers à la couleur de peau blanche), m’extasiant constamment à chaque coin de rue et prenant comme à mon habitude une belle quantité de photos.

Trois jours ce n’est pas beaucoup pour découvrir la capitale. Je me concentre donc sur le centre historique, sa cathédrale métropolitaine, sa rue commerçante et la « Plaza de la Constitución », nommée par les autochtones « Zócalo ». Je me rends également au poignant musée de la tolérance, à défaut de ne pas pouvoir, à mon plus grand regret, aller au musée Frida Kahlo.

Le soir, la « Zona Rosa » m’appelle avec ses nombreux bars et restaurants. C’est l’endroit parfait pour les noctambules. Plus amateur d’un verre de rouge que d’une bière fraîche, je me laisse cependant facilement tenté par une, puis plusieurs bières locales tout au long de mon séjour dans ce pays.

Puis, pour mon dernier jour, je fais étape à « La Condesa ». L’endroit idéal pour un brunch élaboré en terrasse ou pour une balade plaisante dans un quartier de charme. Le parc « Chapultepec », juste à côté, est un lieu incontournable. C’est donc à cet endroit, plus exactement au musée d’histoire qui prend ses quartiers dans un magnifique château surplombant la ville, que je termine déjà ces trois jours, avant de prendre le bus le lendemain matin pour ma prochaine destination.

Mexico City

Château de Chapultepec

Cathédrale métropolitaine de Mexico

Guanajuato

Véritable musée à ciel ouvert, Guanajuato m’a séduit, dès les premiers instants. Cela même avec mon backpack bien trop rempli et le soleil qui tape avec intensité sur ma tête. Ce n’est pas pour rien que l’UNESCO classe cette ville si singulière dans son patrimoine en 1988. Véritable coup de cœur, je me perds avec bonheur dans ses « Callejón », des petites ruelles toutes plus colorées les unes que les autres. Dans les endroits plus peuplés, l’intense effluve de certaines eaux de Cologne se mélange à merveille à l’odeur subtile du tabac. Je retombe donc assez rapidement dans mes travers ; ça fait du bien de pouvoir fumer sans se faire dévisager.

Quant à mon auberge, elle est à l’image de la ville. Chaleureuse et pittoresque, comme son personnel avec qui j’échange mes premières impressions le matin avant de partir l’explorer. Après avoir marché un bon moment et dans toutes les directions, je m’assois un instant sur un banc et regarde les gens passer. Sur celui d’en face, un papi lit son journal les jambes croisées, un tendre sourire en coin. J’en arrive donc à la conclusion que les nouvelles ne doivent pas être si mauvaises. Je reste un moment à contempler son expression adoucie et me dis que c’est beau de vieillir ainsi.

Lire aussi :  San Francisco, l’éternelle rebelle

Mais le moment qui m’aura le plus marqué restera probablement, lorsqu’après dîner une musique flamenco et un chant féminin m’attirent quelques mètres plus loin, la « Plaza de la Paz ». Un concert y est improvisé. Les gens dansent et chantent avec une belle spontanéité. Et moi, je me laisse prendre au jeu, apaisé et le visage enjoué à une telle vision d’amour et de chaleur humaine. Il est maintenant temps pour moi de repartir, le sac tout aussi lourd mais le cœur léger ; cœur que Guanajuato a à moitié gardé.

Vue sur la ville depuis le monument du Pipila

L’une des places colorées de Guanajuato

Guanajuato

San Miguel de Allende

Plus touristique que Guanajuato et à 270 km de Mexico City, San Miguel de Allende se revendique comme le cœur du Mexique. Attablé au café français « Petit Four », à l’heure des tartines et croissants, je ne peux m’empêcher de tendre l’oreille et écouter la conversation de l’unique table voisine, à ma droite, comme les mexicains ne sont pas réputés pour être des lèves tôt. J’y distingue alors un anglais plutôt soutenu. Une élégante dame au chapeau blanc et aux imposantes boucles d’oreilles couleur émeraude fait la conversation à 3 copines, britanniques elles aussi – si on en croit leur accent.

Véritable petit paradis pour les amateurs d’art et de bijoux, je comprends assez vite que passablement d’étrangers ont porté leur dévolu sur cette ville, dont les couleurs chaudes des façades varient entre le rouge, le jaune et le orange. La vie y est plus chère et plus huppée qu’ailleurs dans le pays et les maillots de foot mexicain se font rare. À la place, des garde-robes plus sophistiquées font leur apparition. La musique cependant est toujours aussi présente et semble bien être l’âme du pays. Que l’on se prélasse un instant dans un jardin publique ou que l’on se rende au restaurant, sonorités latines et guitares sèches sont toujours au rendez-vous. Pour le plus grand bonheur des mexicains, des touristes et du mien. On dit qu’elle adoucit les mœurs et j’ai l’agréable sentiment que ce soit chose vraie.

San Miguel

Parroquia San Miguel Arcángel

San Miguel

San Cristobal et Palenque

Après 18 heures de bus, j’arrive dans l’état souverain de Chiapas qui a connu pas mal de tensions politiques ces dernières années. Je contemple à travers la vitre panoramique cette nature si verte et luxuriante, alors qu’en ce petit matin brumeux tous mes compères de route semblent dormir à poings fermés. Mon voisin bien en chair, qui empiète complètement sur mon espace vital, ce que j’ai du mal à supporter, ne fait pas exception. Quelques coups de coude et de genoux plus tard, j’aperçois au loin, à travers les arbres, San Cristobal de las Casas. Nous y sommes, enfin.

Je constate assez rapidement que San Cristobal est le repère des hippies backpackers. On y écoute du reggae et on s’y déplace en vieilles New Beetle. La mendicité, surtout infantile, est ici plus présente. Fréquemment, alors assis en terrasse, des gamins au visage d’ange viennent quémander une pièce pour manger.

Je ne passe qu’une nuit à San Cristobal où on entend parler français plus qu’ailleurs. C’est aussi une ville très vibrante et colorée que je m’apprête à quitter pour rejoindre Palenque, ma première cité maya, à 200 km de là.

Je rencontre dans le bus une autre backpackeuse française avec qui le courant passe dès les premiers instants. Nous décidons alors d’aller visiter les ruines de Palenque ensemble le lendemain.

Une fois arrivé à l’auberge, ma première impression n’est pas des meilleures : dortoirs exigus de 8 personnes, ventilos faisant un boucan d’enfer et hygiène douteuse. Je m’étonne, plutôt fier de moi, de ne pas prendre mes jambes à mon cou et de réussir à relativiser. Après tout, ça fait partie du jeu et ce n’est que pour une nuit. Une nuit pendant laquelle je n’ai pratiquement pas dormi…

Sur plus de 3’300 hectares, Palenque est l’une des cités mayas les plus vastes et importantes d’Amérique latine. Le mot « grandiose » est parfaitement approprié pour décrire ce site historique qui se dévoile au milieu d’une jungle dense et fertile. Nous passons l’après-midi entier à nous y promener. Le soir venu, 13 petites heures de route m’attendent pour rejoindre ma prochaine destination d’un tout autre genre.

Une des nombreuses New Beetle

Palenque

Cancún et Holbox

Après m’en être mis plein les yeux pendant deux intenses semaines, j’active alors un mode plus farniente pour quinze autres jours, sur l’idyllique « Riviera maya ». Je laisse temporairement l’esprit « routard » de côté, ce qui me permet de terminer les visites de manière plus décontractée. Je rejoins une amie à Cancún pour 17 jours sur la péninsule du Yucatán et découvre, sans grande surprise, une atmosphère radicalement différente, très américanisée. Cancún semble être la ville de tous les excès. Après tout, c’est bien cette réputation qu’on lui connaît. J’avoue avoir besoin d’un léger temps d’adaptation. Le contraste étant flagrant entre le charme des villes précédemment visitées et cette destination touristique où argent et bouteilles de vodka coulent à flots. Nous garderons de Cancún un excellent souvenir de notre séance de plongée au musée sous-marin, mais, fêtards que nous sommes tous deux pourtant, mon amie et moi nous accordons à dire que l’alchimie avec cette ville ne s’est point faite. Qu’à cela ne tienne, il nous reste encore trois autres destinations à découvrir.

Chacun a sa propre définition du paradis. La mienne se rapproche de la petite île d’Holbox, où l’aventure se poursuit avec ma compère. Large de seulement 2 km, ici, pas de boîte de nuit dénaturant le paysage ni de magasins cheaps où l’on appâte le touriste sans jamais le lâcher. Non, Holbox est encore l’un des rares endroits préservés du tourisme de masse et malgré les puces et moustiques affamés, y passer 4 jours est une vraie bénédiction. Les hamacs y sont un must. On en trouve de toutes les couleurs et de tous les styles, dans les cafés, sur la plage ou tout simplement plantés dans l’eau. Il ne reste plus qu’à choisir son préféré et faire alors une pause bien méritée. Holbox se décrit donc par des plages de sables fins, des bars attrayants et beaucoup de calme. On note aussi une chose : pas (ou peu) de trafic sur Holbox. Juste des vélos et quelques discrètes voitures de golf se fondent dans le décor.

Plage de Cancún

Plage d’Holbox

Holbox

Playa del Carmen, Chichen Itza et Tulum

Difficile de quitter Holbox, mais nous prenons rapidement nos habitudes à Playa del Carmen, qui ressemble à certaines stations balnéaires italiennes ou espagnoles. Nous commençons par une agréable promenade de fin d’après-midi en bord de mer, où des bars animés se succèdent. Le soleil se couche alors et assis les pieds dans le sable, nous trinquons un verre de Mezcal (boisson locale à base d’agave) à la main. Nous séjournons dans une très chouette auberge où, sur son rooftop, piscine et soirées techno ne font qu’un.

Nous faisons escale au Chichen Itza pour une journée d’excursion. La ville est grandiose et nous nous extasions, bien obligés, devant sa beauté et l’histoire de sa cité. La fin de journée est déjà arrivée. À deux petites heures en bus, Tulum nous attend aussi patiemment que nous sommes impatients.

Tulum est notre prochaine et dernière destination et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a du style : le juste milieu entre le côté festif de Cancún et l’aspect paradisiaque de Holbox. La chaleur est étouffante, mais cela ne nous empêche pas de profiter des nombreuses activités qu’offrent Tulum et ses environs : nager dans les eaux douces des Cénotes (fosses naturelles exposant les eaux souterraines), observer les tortues à Akumal, visiter les ruines mayas de la ville faisant face à la mer des Caraïbes et son eau turquoise ou encore dire bonjour au crocodile et patauger dans la lagune de la réserve naturelle de Sian Ka’an, dont nous sortons après 45 minutes de stop en convoi militaire, vu que les taxis ne semblent pas se déplacer aussi loin.

À Tulum, il y en a définitivement pour tous les goûts. La ville est modeste et, bien qu’agréable, pas particulièrement spectaculaire. C’est lorsque l’on se rend dans la zone hôtelière, à pied, en collectivo ou à vélo, que la magie opère. On découvre alors l’esprit bohémien de Tulum qu’on aime instantanément. Les hôtels en bord de mer sont majestueux et aux antipodes des gros complexes hôteliers de Cancún. De l’autre côté, des cafés à la décoration subtile et à la carte délicieuse, des boutiques épurées aux objets et vêtements de qualité.

Chichen Itza

Une yourte dans la réserve de Sian Ka’an

Le “Grand Cenote” de Tulum

Toutes les photos sont de Loris Cabos.
Loris est sur Instagram.

Lifestyle

Le juin de La Dérivée : fanfare hip-hop, vélos vintages et ciné fantastique

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© ICI – La Dérivée

La Dérivée reprend ses quartiers sur le Quai de Nogent d’Yverdon, pour une troisième édition riche et singulière.

Il y a des villes que l’on oublie. Des «patelins» gardé à l’écart de tout. À tort. Yverdon, vous fréquentez ? Localité de passage, repère de zonards, la réputation de la cité balnéaire n’est pas des plus reluisantes. C’est en tout cas le constat que se sont fait les membres de l’association ICI – La Dérivée.

Il n’en fallait pas moins alors pour motiver la cellule du Nord Vaudois à redynamiser sa ville. Ainsi, chaque été depuis 2017, le Quai de Nogent se voit occupé par une étrange structure boisée, décorum de cet espace open air emprunt de cohésion sociale et de respect environnemental. «C’’est, en effet, la même structure en bois qui est montée et démontée depuis maintenant trois ans», se félicitent les protagonistes du projet, les mains pleines d’échardes.

© ICI – La Dérivée

Soutenue par les autorités communales, l’association proposera quelque 200 événements, durant treize semaines, sur les bords du lac de Neuchâtel.  Partenaire des festivités, la rédaction de Slash vous décortiquera chaque mois la programmation copieuse et singulière de cette édition «prise de risques», en commençant avec un mois de juin chargé. «Cette année, chacun des membres du comité a eu la liberté de programmer “sa” semaine, selon ses envies et ses valeurs», explique Joshua Pereira, l’un des organisateurs de La Dérivée. Départ le 13 juin, atterrissage prévu le 7 septembre.

Fanfare militante

Et les festivités démarrent fort, jeudi 13 juin, avec la tonitruante fanfare hip hop Brassmaster Flash, popularisée notamment l’an passé lors de ses happenings donnés au Paléo Festival. À coup de tubes planétaires et de mélodies plus confidentielles, l’orchestre d’étudiants viendra animer le vernissage de cette troisième Dérivée.

Lendemain de fête, 14 juin, place au militantisme. Pour faire suite à la Grève féministe suisse et à la Journée de l’égalité, le secteur jeunesse de la ville d’Yverdon, Y-Music et l’atelier DJ-Mix nous invitent à vivre la thématique de l’égalité femmes-hommes au travers de concerts et de jeux. Au programme : tournois de jeux, discussions, concert d’Y-Music et atelier DJ-Mix de jeunes DJs et DJettes.

Utopies musicales

Le week-end suivant, La Dérivée se fera porte-parole des utopies musicales d’ici et d’ailleurs. À commencer par le collectif cumbia Hitcha Chibtukua – Tierra Caliente, qui donnera, vendredi 21 juin, le top départ à la saison estivale.

Le samedi, la plateforme d’ingéniérie-culturelle du collectif FLEE s’emploiera, le temps d’une conférence participative, à questionner la place de la musique dans l’univers de la science-fiction. Avant que l’improvisateur jazz lausannois Alexandre Cellier n’y apporte, le lendemain, un bout de réponse. Découverte et création instrumentale seront à l’honneur au cours de la parenthèse musicale insolite qu’il ouvrira.

Petite reine et grande toile

Sur les dernières notes de juin, le vélo entrera en piste à La Dérivée. Le 29 juin au matin, et seulement sur inscription, les amoureux de la petite reine, du bon vin et de la gastronomie, enfourcheront leurs deux-roues avant de mettre les pieds sous la table, le tout couronné par une course unique, appelée VYVE.

Pour terminer, le 30 juin au soir, le Festival International du Film Fantastique de Neuchâtel (NIFF) projettera ses courts-métrages sur la toile de l’espace open-air des Rives-du-Lac. Yverdon, vous appréciez ?


La 3e édition de La Dérivée se déroulera du 13 juin au 7 septembre 2019. Programme complet sur www.laderivee.ch.

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Arts

Le tatouage suisse a son “Mojo Jojo”, il s’appelle Jonas Béguin

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Depuis quelques années, le tatouage est devenu à la mode. Fini le temps où les gens qui exhibaient leurs oeuvres étaient mal vus par une majorité. Le tatouage est partout.

Les profils et les hashtags dédiés à cet art sur les réseaux sociaux se comptent par millions. À croire que ne revêtir aucun dessin sur son corps serait désormais synonyme de «marginalisation». Même si son exposition est aujourd’hui grande, les tattoos ne sont toutefois pas encore acceptés au sein de tous les corps de métiers.

Les salons de tatouage sont nombreux et il est loin d’être facile de tirer son «aiguille» du jeu. Depuis moins d’un an, Jonas Béguin alias Mojo Jojo, jeune tatoueur de 24 ans, s’est lancé sur ce marché. Interview.

Slash : Peux-tu te présenter ?
Jonas :
Je m’appelle Jonas Béguin, jeune tatoueur plus connu sous le nom de Mojo Jojo. Cela fait moins d’un an que je pratique. Avant, j’étais étudiant à l’École cantonale d’art de Lausanne. En plus du tatouage, j’ai commencé à créer des vêtements.

Dès ton plus jeune âge, le dessin t’attirait-il ?
Ouais, ouais… Complètement ! Depuis petit, j’ai toujours adoré dessiner, j’ai été très tôt dans la création… Un temps, je faisais de la peinture, c’était un peu n’importe quoi, mais j’avais ce besoin de m’exprimer avec mes mains et des couleurs. Le manga avait une grande place aussi, j’en lisais et je passais des nuits à reproduire sur papier les personnages qui habitaient mes BDs japonaises.

Pourquoi avoir arrêté l’École cantonale ?
Alors… (rires) Pour plusieurs raisons… Je vais essayer d’être diplomate. L’École cantonale d’art de Lausanne est une structure qui est très bien organisée, qui est bien faite, qui offre un enseignement de grande qualité. Cela implique qu’il y a une sorte d’attente, de conformisme… Cette école essaie de formater «un peu» leurs élèves à produire un certain type d’oeuvre, dans un style particulier. Il y a ce que l’on appelle le genre ou plutôt le «tampon ECAL». C’est-à-dire que tu reconnais rapidement un élève qui est sorti de cette école, au travail qu’il fournira dans sa vie professionnelle. Ça me dérangeait de ne pas pouvoir proposer ce que je voulais. Lorsque je le faisais: on me «bâchait» derrière, avec de mauvaises notes et je me retrouvais en remédiations.

L’ECAL m’a apporté du positif aussi. J’ai appris beaucoup, ça m’a rendu très pointilleux, j’ai affûté mon coup d’oeil. En même temps que ma déception grandissante pour l’ECAL, un amour grandissant pour le tatouage s’est créé. J’ai senti que le moment était venu de me lancer dans cet art.

© Mary P

Quelle est ta définition du tatouage ?
C’est difficile de donner une définition. C’est quelque chose qui transcende le tatoueur ainsi que la personne qui se fait tatouer, je pense. C’est bien plus que dessiner sur la peau, c’est quelque chose que tu gardes sur toi, tout au long de ta vie. Tu réfléchis beaucoup avant de le faire, pour la plupart. (rires) Le tatouage est aussi une transmission de savoir de maître à élève, que tu ne trouves pas dans d’autres disciplines. Il n’y a pas d’académie ou d’école de tatouage.

Quel a été ton premier contact avec le tatouage ?
J’ai découvert le tatouage avec les clips de rap, comme ceux de 50 Cent, que je regardais enfant. Plus tard, je me suis fait tatouer, non pas dans l’optique de ressembler à un rappeur, mais comme moyen d’expression. Mes premiers tatouages ont été réalisés par Dominique Lang, qui a le salon Tom Tattoo à Lausanne. Ce que j’ai aimé est que Dominique était d’accord que je lui apporte mes dessins afin de me les tatouer identiquement.

Pourquoi «Mojo Jojo» ?
Les raisons sont multiples. Premièrement, mon prénom est Jonas et quand j’étais plus petit on m’appelait «Jojo». Le «mojo» c’est un peu le swag, le style, un certain pouvoir d’attraction développé. Mojo Jojo est surtout un personnage que j’adorais enfant et qui est un des méchants de la série animée Les Super Nanas. Dans les séries, je préfère les méchants. Je ne sais pas pourquoi, je les trouve plus intéressants. (rires) Les vilains ont plus d’attitudes que les héros dans les films. Je kiffais trop Mojo Jojo et ses plans machiavéliques afin de détruire Townsville. Je me suis inspiré de cela pour mes vêtements. Rien que ce soit un singe, le personnage me parle, car mon animal préféré est le singe. Un primate super intelligent avec un cerveau surdimensionné qui veut détruire une ville, c’est original, non ? (rires)

As-tu des références dans le tatouage ?
Oui, j’en ai plein. Je vais en citer deux et ils sont Lausannois. Premièrement, Antoine Elvy, qui est le tatoueur qui a composé la majorité de mes tatoos. J’adore cette personne et son travail !  Ce qui me plaît dans ce qu’il fait, ce sont les serpents, les oiseaux et les fleurs, par exemple. Je m’inspire pas mal de ses sujets, mais je les traite différemment.

Deuxièmement, Maxime Büchi, parce qu’il a apporté quelque chose d’important au tatouage. Il a monté un «petit» empire et j’admire vraiment cela. Il a ouvert des salons à Londres, Zurich, Los Angeles. Il recrute de nombreux tatoueurs, ça crée des emplois, c’est parfait ! J’ai eu l’occasion de l’écouter, lors d’une conférence l’été passé, il s’exprime vraiment bien et ce qu’il dit est intéressant.

© Mojo Jojo

Où pratiques-tu le tatouage ?
En ce moment, je tatoue chez moi… J’avais une pièce, qui était utilisée comme «fourre-tout», que j’ai transformée en studio professionnel pour mon art. Cet endroit est spacieux, j’ai désinfecté et tout mis aux normes d’hygiène. À l’avenir, je souhaite travailler avec d’autres tatoueurs, dans un vrai shop.

Avec le nombre de salons existants, n’est-il pas risqué de te lancer là-dedans ?
À l’heure actuelle, tout est risqué à mes yeux. Il y a beaucoup d’offres et une plus faible demande dans de nombreux domaines et surtout dans l’artistique. Tout dépend de ton état d’esprit et de ta volonté. Je suis arrivé avec cette envie de faire du tatouage mon job. Du coup, ce n’est pas les mêmes enjeux que pour la personne qui fait ça pour «s’amuser».

Comment définirais-tu tes oeuvres ? As-tu vraiment un style qui t’est propre ?
Mon style est en constante évolution. C’est un style avec des lignes, ce que j’apporte de nouveau à ce style est des lignes de pinceau. C’est-à-dire des lignes avec des épaisseurs différentes, faire ressentir un mouvement dans le trait comme quand tu vois un pinceau de la calligraphie chinoise. J’ai été inspiré des estompes japonaises ou même le tatouage japonais. Mon genre évolue. Quand tu commences à plus tatouer, t’as envie d’essayer d’autres choses comme les dégradés de gris. Je ne vais pas te mentir, je recherche encore ce style qui me définira et que les gens reconnaîtront directement.

© Mojo Jojo

Tu es aussi dans le textile, peux-tu nous en parler ?
L’histoire est que j’arrivais gentiment au cap des 500 abonnés sur Instagram. Pour les dépasser, j’ai créé un concours qui stipulait : «À 500 abonnés, vous aurez une surprise». Les gens ont partagé, les abonnés ont augmenté rapidement et j’ai franchi le cap. J’ai sorti une petite série de t-shirts et de crewnecks [des pulls à col rond, ndlr.] pour l’occasion. Je voulais également savoir si mes habits intéresseraient mes abonnés. Seize articles ont été créés, j’en ai gardé deux, les quatorze autres sont partis. À la base, cela avait un objectif promotionnel, mais c’est devenu un second amour que je développe comme le tattoo. J’ai travaillé avec le sérigraphe Thomas de Colormakerz, le contact a été très bon. De nouveau, l’entraide entre artistes est importante.

© Mary P

Peut-on dire que tu arrives à vivre de ton art ?
Franchement, pas encore. Il y a des mois,  je fais 500 francs et d’autres plus. Mais pour le moment, cet argent est utilisé comme argent de poche. Je le redis, j’ai la chance d’habiter chez ma maman, je ne paie pas de loyer, car elle ne le veut pas. Je suis nourri, logé.

Quels sont tes projets pour cette nouvelle année ?
Être pleinement indépendant, fin 2019. Ce serait un magnifique cadeau ! J’aimerais continuer à progresser dans le tatouage, offrir de nouvelles oeuvres, mieux que celles d’hier. Je veux continuer à satisfaire ma clientèle, tout comme l’agrandir. (rires) Faire des rencontres, et pourquoi pas des collaborations. Pour ce qui est des habits, j’aimerai collaborer avec des mecs de la région qui bossent bien. Je suis sur une bonne lancée et je compte bien y rester !

Quel proverbe définit bien Mojo Jojo ?
Avec tout ce que j’ai vécu les trois-quatre dernières années, je dirais : «Tout vient à point à celui qui sait attendre».

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