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Arts

Le « voguing » et sa philosophie mis à l’honneur au Théâtre de Vidy

"House of HMU, film series, A Baroque Ball [Shade] – Paris Ballroom", Photogramme – © Frédéric Nauczyciel, 2014

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Trois installations vidéo du plasticien et photographe Frédéric Naczyciel nous font découvrir l’univers du voguing de Baltimore. L’exposition est en collaboration avec la présentation des photos de l’artiste dans le cadre du festival Images de Vevey.

L’histoire commence quand Frédéric Naczyciel part à Baltimore, sur les traces d’un personnage homosexuel de la série « The Wire », qui vole de la drogue aux dealers du ghetto noir. Le photographe y découvre le phénomène du « voguing ». Apparue à Harlem au sein des communautés homosexuelles et transgenres noires américaines dans les années 1970, cette danse consiste à imiter les poses des mannequins blancs, sur les couvertures de magazine. Et un en particulier : Vogue (magazine de mode américain).

Ce phénomène se transforme en véritable mode de vie, mais surtout en symbole de protestation contre la prédominance de la culture blanche. Le voguing devient mondialement connu en 1990, grâce au fameux titre de Madonna, Vogue.

Puis, Frédéric Naczyciel rentre à Paris, où il découvre une scène de voguing codifiée, formant une communauté artistique soudée. Il ouvre une « house conceptuelle » – House of HMU – dont le but est de relier les vogueurs de Paris et Baltimore, dans des improvisations sur de la musique baroque européenne.

Fire Flies, Baltimore est une installation vidéo immersive qui nous propulse au milieu des Balls, des battles de vogueurs, similaires à celles que l’on peut retrouver dans le hip-hop. Parallèlement, les films La Peau vive présentent les tatouages des performeurs et vogueurs, dans une interrogation sur la manière dont un individu se montre et se raconte. Enfin, en collaboration avec le Théâtre de Vidy, le Festival Images Vevey expose la série de photos Fireflies de Frédéric Naczyciel, un récit visuel de l’univers du voguing, celui de Baltimore.

Fires Flies, Baltimore, par Frédéric Nauczyciel est à voir au Théâtre de Vidy, jusqu’au 6 octobre.
Fireflies, par Frédéric Naczyciel est à voir au Festival Images Vevey, jusqu’au 30 septembre.

Arts

Et si le Web mourrait demain ?

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© Lauren Huret

À l’occasion des 30 ans du World Wide Web – créé au CERN en 1989 –, plus de 50 artistes et professionnels prendront part au 15e Mapping Festival, du 23 au 26 mai 2019, à Genève.

Il y a tout juste 30 ans, à Genève, naissait le World Wide Web (WWW). Trois décennies plus tard, la possibilité d’un effondrement de la Toile fait frémir.

«La fin d’Internet serait-elle pour bientôt ?», c’est la question que se sont posés les organisateurs du Mapping Festival. Depuis 2005, l’événement genevois se donne pour mission de favoriser les échanges et participer activement au développement du milieu des arts numériques. Ainsi, l’exposition ​The Dead Web – La fin viendra, au travers des arts, imaginer notre vie sans Internet.

Lire aussi :  J'ai répondu à toutes les sollicitations pubs d'Internet pendant 24 heures

Artistes suisses et québécois à l’honneur

Initialement composée de cinq artistes québécois, The Dead Web – La fin accueillera spécialement pour le Mapping Festival trois artistes suisses sélectionnés par le biais d’un appel à projets lancé début 2019. Les oeuvres présentées, qui plongeront le public dans un futur sans Internet, se veulent révélatrices de l’omniprésence du Web dans nos vies quotidiennes. Vernie le jeudi 23 mai, l’exposition s’étendra jusqu’au 2 juin, au Commun.

“Membranes”, portées par Lukas Truniger et Nicola Hein, est une installation performative qui transforme texte écrit en percussion lumineuse – DR

La créativité numérique à son apogée

Lors de ce vernissage, le DJ genevois Estebahn proposera un set entre downtempo, jungle et électro. Le week-end suivant, la Fonderie Kugler se transformera en laboratoire audio-visuel. Le vendredi 24, la performance délirante de Freeka Tet sera suivie du collectif russe Tundra, qui présentera sa toute dernière création, ​« ​Nomad ​»​, combinant vidéo et laser. La soirée se clôturera en beauté avec un DJ set du suisse Acid Kunt. Le samedi, ce sont Grand River & Marco C qui lanceront les festivités avec leur projet ​« ​0,13% ​»​, voyage poétique entre humain et nature. La scène sera ensuite foulée par le duo Recent Arts (Tobias. et Valentina Berthelon) accompagné de Barbie Williams, avec ​« ​Skin ​»​, concert audiovisuel expérimental. La soirée terminera avec la DJ genevoise Audrey Danza.

Web célébré, Web interrogé

Lors de la troisième édition du forum ​«Paradigm_Shift»​, le public sera invité à explorer les impacts de la production abusive de nouvelles technologies. Sur deux jours, le Forum verra s’enchaîner tables rondes  et conférences. Le vendredi débutera avec une prise de parole de Mark Garrett, co-fondateur de Furtherfield, suivi de ​«​E-wasteland»​, une table ronde qui interrogera le gaspillage dans l’art numérique. En guise de clôture, le panel ​«The future web» – tenu en français – s’appuiera sur la thématique de l’exposition en repensant à l’impact d’Internet sur nos vies et à sa potentielle évolution. Nathalie Bachand, commissaire de l’exposition The Dead Web – La fin,​ participera à l’événement avec l’artiste Romain Tardy et Alexandre Monnin (président d’Adrastia), le tout modéré par Nicolas Nova.

L’Immersive Lab, un dispositif immersif unique développé par la Haute École d’Arts de Zurich et l’Université de Genève – DR


Le 15e Mapping Festival se déroulera du 23 au 26 mai 2019, à Genève www.mappingfestival.com

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Arts

Le tatouage suisse a son “Mojo Jojo”, il s’appelle Jonas Béguin

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Depuis quelques années, le tatouage est devenu à la mode. Fini le temps où les gens qui exhibaient leurs oeuvres étaient mal vus par une majorité. Le tatouage est partout.

Les profils et les hashtags dédiés à cet art sur les réseaux sociaux se comptent par millions. À croire que ne revêtir aucun dessin sur son corps serait désormais synonyme de «marginalisation». Même si son exposition est aujourd’hui grande, les tattoos ne sont toutefois pas encore acceptés au sein de tous les corps de métiers.

Les salons de tatouage sont nombreux et il est loin d’être facile de tirer son «aiguille» du jeu. Depuis moins d’un an, Jonas Béguin alias Mojo Jojo, jeune tatoueur de 24 ans, s’est lancé sur ce marché. Interview.

Slash : Peux-tu te présenter ?
Jonas :
Je m’appelle Jonas Béguin, jeune tatoueur plus connu sous le nom de Mojo Jojo. Cela fait moins d’un an que je pratique. Avant, j’étais étudiant à l’École cantonale d’art de Lausanne. En plus du tatouage, j’ai commencé à créer des vêtements.

Dès ton plus jeune âge, le dessin t’attirait-il ?
Ouais, ouais… Complètement ! Depuis petit, j’ai toujours adoré dessiner, j’ai été très tôt dans la création… Un temps, je faisais de la peinture, c’était un peu n’importe quoi, mais j’avais ce besoin de m’exprimer avec mes mains et des couleurs. Le manga avait une grande place aussi, j’en lisais et je passais des nuits à reproduire sur papier les personnages qui habitaient mes BDs japonaises.

Pourquoi avoir arrêté l’École cantonale ?
Alors… (rires) Pour plusieurs raisons… Je vais essayer d’être diplomate. L’École cantonale d’art de Lausanne est une structure qui est très bien organisée, qui est bien faite, qui offre un enseignement de grande qualité. Cela implique qu’il y a une sorte d’attente, de conformisme… Cette école essaie de formater «un peu» leurs élèves à produire un certain type d’oeuvre, dans un style particulier. Il y a ce que l’on appelle le genre ou plutôt le «tampon ECAL». C’est-à-dire que tu reconnais rapidement un élève qui est sorti de cette école, au travail qu’il fournira dans sa vie professionnelle. Ça me dérangeait de ne pas pouvoir proposer ce que je voulais. Lorsque je le faisais: on me «bâchait» derrière, avec de mauvaises notes et je me retrouvais en remédiations.

L’ECAL m’a apporté du positif aussi. J’ai appris beaucoup, ça m’a rendu très pointilleux, j’ai affûté mon coup d’oeil. En même temps que ma déception grandissante pour l’ECAL, un amour grandissant pour le tatouage s’est créé. J’ai senti que le moment était venu de me lancer dans cet art.

© Mary P

Quelle est ta définition du tatouage ?
C’est difficile de donner une définition. C’est quelque chose qui transcende le tatoueur ainsi que la personne qui se fait tatouer, je pense. C’est bien plus que dessiner sur la peau, c’est quelque chose que tu gardes sur toi, tout au long de ta vie. Tu réfléchis beaucoup avant de le faire, pour la plupart. (rires) Le tatouage est aussi une transmission de savoir de maître à élève, que tu ne trouves pas dans d’autres disciplines. Il n’y a pas d’académie ou d’école de tatouage.

Quel a été ton premier contact avec le tatouage ?
J’ai découvert le tatouage avec les clips de rap, comme ceux de 50 Cent, que je regardais enfant. Plus tard, je me suis fait tatouer, non pas dans l’optique de ressembler à un rappeur, mais comme moyen d’expression. Mes premiers tatouages ont été réalisés par Dominique Lang, qui a le salon Tom Tattoo à Lausanne. Ce que j’ai aimé est que Dominique était d’accord que je lui apporte mes dessins afin de me les tatouer identiquement.

Pourquoi «Mojo Jojo» ?
Les raisons sont multiples. Premièrement, mon prénom est Jonas et quand j’étais plus petit on m’appelait «Jojo». Le «mojo» c’est un peu le swag, le style, un certain pouvoir d’attraction développé. Mojo Jojo est surtout un personnage que j’adorais enfant et qui est un des méchants de la série animée Les Super Nanas. Dans les séries, je préfère les méchants. Je ne sais pas pourquoi, je les trouve plus intéressants. (rires) Les vilains ont plus d’attitudes que les héros dans les films. Je kiffais trop Mojo Jojo et ses plans machiavéliques afin de détruire Townsville. Je me suis inspiré de cela pour mes vêtements. Rien que ce soit un singe, le personnage me parle, car mon animal préféré est le singe. Un primate super intelligent avec un cerveau surdimensionné qui veut détruire une ville, c’est original, non ? (rires)

As-tu des références dans le tatouage ?
Oui, j’en ai plein. Je vais en citer deux et ils sont Lausannois. Premièrement, Antoine Elvy, qui est le tatoueur qui a composé la majorité de mes tatoos. J’adore cette personne et son travail !  Ce qui me plaît dans ce qu’il fait, ce sont les serpents, les oiseaux et les fleurs, par exemple. Je m’inspire pas mal de ses sujets, mais je les traite différemment.

Deuxièmement, Maxime Büchi, parce qu’il a apporté quelque chose d’important au tatouage. Il a monté un «petit» empire et j’admire vraiment cela. Il a ouvert des salons à Londres, Zurich, Los Angeles. Il recrute de nombreux tatoueurs, ça crée des emplois, c’est parfait ! J’ai eu l’occasion de l’écouter, lors d’une conférence l’été passé, il s’exprime vraiment bien et ce qu’il dit est intéressant.

© Mojo Jojo

Où pratiques-tu le tatouage ?
En ce moment, je tatoue chez moi… J’avais une pièce, qui était utilisée comme «fourre-tout», que j’ai transformée en studio professionnel pour mon art. Cet endroit est spacieux, j’ai désinfecté et tout mis aux normes d’hygiène. À l’avenir, je souhaite travailler avec d’autres tatoueurs, dans un vrai shop.

Avec le nombre de salons existants, n’est-il pas risqué de te lancer là-dedans ?
À l’heure actuelle, tout est risqué à mes yeux. Il y a beaucoup d’offres et une plus faible demande dans de nombreux domaines et surtout dans l’artistique. Tout dépend de ton état d’esprit et de ta volonté. Je suis arrivé avec cette envie de faire du tatouage mon job. Du coup, ce n’est pas les mêmes enjeux que pour la personne qui fait ça pour «s’amuser».

Comment définirais-tu tes oeuvres ? As-tu vraiment un style qui t’est propre ?
Mon style est en constante évolution. C’est un style avec des lignes, ce que j’apporte de nouveau à ce style est des lignes de pinceau. C’est-à-dire des lignes avec des épaisseurs différentes, faire ressentir un mouvement dans le trait comme quand tu vois un pinceau de la calligraphie chinoise. J’ai été inspiré des estompes japonaises ou même le tatouage japonais. Mon genre évolue. Quand tu commences à plus tatouer, t’as envie d’essayer d’autres choses comme les dégradés de gris. Je ne vais pas te mentir, je recherche encore ce style qui me définira et que les gens reconnaîtront directement.

© Mojo Jojo

Tu es aussi dans le textile, peux-tu nous en parler ?
L’histoire est que j’arrivais gentiment au cap des 500 abonnés sur Instagram. Pour les dépasser, j’ai créé un concours qui stipulait : «À 500 abonnés, vous aurez une surprise». Les gens ont partagé, les abonnés ont augmenté rapidement et j’ai franchi le cap. J’ai sorti une petite série de t-shirts et de crewnecks [des pulls à col rond, ndlr.] pour l’occasion. Je voulais également savoir si mes habits intéresseraient mes abonnés. Seize articles ont été créés, j’en ai gardé deux, les quatorze autres sont partis. À la base, cela avait un objectif promotionnel, mais c’est devenu un second amour que je développe comme le tattoo. J’ai travaillé avec le sérigraphe Thomas de Colormakerz, le contact a été très bon. De nouveau, l’entraide entre artistes est importante.

© Mary P

Peut-on dire que tu arrives à vivre de ton art ?
Franchement, pas encore. Il y a des mois,  je fais 500 francs et d’autres plus. Mais pour le moment, cet argent est utilisé comme argent de poche. Je le redis, j’ai la chance d’habiter chez ma maman, je ne paie pas de loyer, car elle ne le veut pas. Je suis nourri, logé.

Quels sont tes projets pour cette nouvelle année ?
Être pleinement indépendant, fin 2019. Ce serait un magnifique cadeau ! J’aimerais continuer à progresser dans le tatouage, offrir de nouvelles oeuvres, mieux que celles d’hier. Je veux continuer à satisfaire ma clientèle, tout comme l’agrandir. (rires) Faire des rencontres, et pourquoi pas des collaborations. Pour ce qui est des habits, j’aimerai collaborer avec des mecs de la région qui bossent bien. Je suis sur une bonne lancée et je compte bien y rester !

Quel proverbe définit bien Mojo Jojo ?
Avec tout ce que j’ai vécu les trois-quatre dernières années, je dirais : «Tout vient à point à celui qui sait attendre».

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