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Arts

James Holden et Ramon Llull mis en lumière lors d’une soirée particulière à l’EPFL

James Holden – Droits réservés

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C’est un fructueux partenariat entre l’ArtLab de l’EPFL et le festival Electrosanne qui a offert à un public hétéroclite une visite de l’exposition « Thinking Machines », ainsi qu’un concert gratuit au forum du Learning Center, ce jeudi 15 novembre.

Une exposition complexe mais passionnante à l’ArtLab

En première partie de soirée, une visite de l’exposition « Thinking Machines » – dans le bâtiment construit en 2017 de l’ArtLab, le laboratoire d’art et de science de l’EPFL – était proposée. Consacrée à Ramon Llull, un scientifique espagnol du 14e siècle, l’exposition est composée d’œuvres d’art contemporaines et d’une partie plus explicative et historique de la pensée de ce chercheur, qui a influencé la manière de créer les algorithmes que nous connaissons aujourd’hui. Entre science et art, l’on reste, en sortant de cette exposition, un peu perplexe. On y apprend certes des choses, mais on ne saurait dire lesquelles. On se trouve dans l’incapacité d’expliquer précisément ce qu’est une « pensée computationnelle ». Dommage…

©  « Thinking Machines » ArtLab/EPFL

Si les notions d’algorithmes et d’expérimentations artistique vous intéressent, et que vous n’avez pas peur des sciences dures, cette exposition est faite pour vous. Avec des œuvres plus ou moins accessibles, l’exposition nous permet de nous intéresser au sujet vaste et intriguant qu’est la pensée computationnelle.

James Holden and the animal spirit

 

En deuxième partie de soirée, en collaboration avec Electrosanne, l’ArtLab de l’EPFL nous a proposé une soirée dans le forum du Learning Center. Salle de cours en journée, elle s’est transformée, le temps d’une soirée, en salle de concert. Le lieu n’a pas l’air propice au concert, assis et sans bar l’on se retrouve dérouté.

© Electrosanne

Mais, nous voilà surpris ; un lieu aussi terne que ce forum a repris une âme avec la présence de James Holden. Anglais d’origine, le producteur de musique électronique revient en Suisse avec son nouvel album sorti l’année passée : « The Animal Spirits ».

Assis en tailleur au centre de la salle avec toute une installation de synthétiseur, il est entouré de deux saxophonistes, d’un batteur et d’un percussionniste. Le concert commence et la musique envoutante prend le dessus sur le public. Les gens se taisent, la salle se plonge alors dans un silence presque religieux et l’on se laisse emporter.

Le pouvoir mystique de l’œuvre de James Holden prend le dessus sur les machines qu’il utilise. Ce que l’on pourrait qualifier d’électronique et froid en apparence reprend vie. Proche de l’animisme avec le morceau « Incantation For Inanimate Object », l’inspiration chamanique du producteur est présente dans la salle et touche tous les spectateurs. Chaque fin de chanson se termine sous un tonnerre d’applaudissement, probablement touché, James Holden répond par de timides remerciements.

Lire aussi :  Dans les pas de LyOsun, musicien genevois aux inspirations ethno-folk

À la sortie de la salle, tout le monde est conquis, on se sent privilégié d’avoir pu participer à ce moment musical hors du temps. La seule envie qui nous vient alors c’est d’en avoir plus. Tant mieux, l’ArtLab commence furieusement à s’imposer dans le monde culturel lausannois.

 « Thinking Machines » est exposé jusqu’au 10 mars 2019. Informations sur leur site web.s

James Holden est sur Facebook.

Arts

Le tatouage suisse a son “Mojo Jojo”, il s’appelle Jonas Béguin

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Depuis quelques années, le tatouage est devenu à la mode. Fini le temps où les gens qui exhibaient leurs oeuvres étaient mal vus par une majorité. Le tatouage est partout.

Les profils et les hashtags dédiés à cet art sur les réseaux sociaux se comptent par millions. À croire que ne revêtir aucun dessin sur son corps serait désormais synonyme de «marginalisation». Même si son exposition est aujourd’hui grande, les tattoos ne sont toutefois pas encore acceptés au sein de tous les corps de métiers.

Les salons de tatouage sont nombreux et il est loin d’être facile de tirer son «aiguille» du jeu. Depuis moins d’un an, Jonas Béguin alias Mojo Jojo, jeune tatoueur de 24 ans, s’est lancé sur ce marché. Interview.

Slash : Peux-tu te présenter ?
Jonas :
Je m’appelle Jonas Béguin, jeune tatoueur plus connu sous le nom de Mojo Jojo. Cela fait moins d’un an que je pratique. Avant, j’étais étudiant à l’École cantonale d’art de Lausanne. En plus du tatouage, j’ai commencé à créer des vêtements.

Dès ton plus jeune âge, le dessin t’attirait-il ?
Ouais, ouais… Complètement ! Depuis petit, j’ai toujours adoré dessiner, j’ai été très tôt dans la création… Un temps, je faisais de la peinture, c’était un peu n’importe quoi, mais j’avais ce besoin de m’exprimer avec mes mains et des couleurs. Le manga avait une grande place aussi, j’en lisais et je passais des nuits à reproduire sur papier les personnages qui habitaient mes BDs japonaises.

Pourquoi avoir arrêté l’École cantonale ?
Alors… (rires) Pour plusieurs raisons… Je vais essayer d’être diplomate. L’École cantonale d’art de Lausanne est une structure qui est très bien organisée, qui est bien faite, qui offre un enseignement de grande qualité. Cela implique qu’il y a une sorte d’attente, de conformisme… Cette école essaie de formater «un peu» leurs élèves à produire un certain type d’oeuvre, dans un style particulier. Il y a ce que l’on appelle le genre ou plutôt le «tampon ECAL». C’est-à-dire que tu reconnais rapidement un élève qui est sorti de cette école, au travail qu’il fournira dans sa vie professionnelle. Ça me dérangeait de ne pas pouvoir proposer ce que je voulais. Lorsque je le faisais: on me «bâchait» derrière, avec de mauvaises notes et je me retrouvais en remédiations.

L’ECAL m’a apporté du positif aussi. J’ai appris beaucoup, ça m’a rendu très pointilleux, j’ai affûté mon coup d’oeil. En même temps que ma déception grandissante pour l’ECAL, un amour grandissant pour le tatouage s’est créé. J’ai senti que le moment était venu de me lancer dans cet art.

© Mary P

Quelle est ta définition du tatouage ?
C’est difficile de donner une définition. C’est quelque chose qui transcende le tatoueur ainsi que la personne qui se fait tatouer, je pense. C’est bien plus que dessiner sur la peau, c’est quelque chose que tu gardes sur toi, tout au long de ta vie. Tu réfléchis beaucoup avant de le faire, pour la plupart. (rires) Le tatouage est aussi une transmission de savoir de maître à élève, que tu ne trouves pas dans d’autres disciplines. Il n’y a pas d’académie ou d’école de tatouage.

Quel a été ton premier contact avec le tatouage ?
J’ai découvert le tatouage avec les clips de rap, comme ceux de 50 Cent, que je regardais enfant. Plus tard, je me suis fait tatouer, non pas dans l’optique de ressembler à un rappeur, mais comme moyen d’expression. Mes premiers tatouages ont été réalisés par Dominique Lang, qui a le salon Tom Tattoo à Lausanne. Ce que j’ai aimé est que Dominique était d’accord que je lui apporte mes dessins afin de me les tatouer identiquement.

Pourquoi «Mojo Jojo» ?
Les raisons sont multiples. Premièrement, mon prénom est Jonas et quand j’étais plus petit on m’appelait «Jojo». Le «mojo» c’est un peu le swag, le style, un certain pouvoir d’attraction développé. Mojo Jojo est surtout un personnage que j’adorais enfant et qui est un des méchants de la série animée Les Super Nanas. Dans les séries, je préfère les méchants. Je ne sais pas pourquoi, je les trouve plus intéressants. (rires) Les vilains ont plus d’attitudes que les héros dans les films. Je kiffais trop Mojo Jojo et ses plans machiavéliques afin de détruire Townsville. Je me suis inspiré de cela pour mes vêtements. Rien que ce soit un singe, le personnage me parle, car mon animal préféré est le singe. Un primate super intelligent avec un cerveau surdimensionné qui veut détruire une ville, c’est original, non ? (rires)

As-tu des références dans le tatouage ?
Oui, j’en ai plein. Je vais en citer deux et ils sont Lausannois. Premièrement, Antoine Elvy, qui est le tatoueur qui a composé la majorité de mes tatoos. J’adore cette personne et son travail !  Ce qui me plaît dans ce qu’il fait, ce sont les serpents, les oiseaux et les fleurs, par exemple. Je m’inspire pas mal de ses sujets, mais je les traite différemment.

Deuxièmement, Maxime Büchi, parce qu’il a apporté quelque chose d’important au tatouage. Il a monté un «petit» empire et j’admire vraiment cela. Il a ouvert des salons à Londres, Zurich, Los Angeles. Il recrute de nombreux tatoueurs, ça crée des emplois, c’est parfait ! J’ai eu l’occasion de l’écouter, lors d’une conférence l’été passé, il s’exprime vraiment bien et ce qu’il dit est intéressant.

© Mojo Jojo

Où pratiques-tu le tatouage ?
En ce moment, je tatoue chez moi… J’avais une pièce, qui était utilisée comme «fourre-tout», que j’ai transformée en studio professionnel pour mon art. Cet endroit est spacieux, j’ai désinfecté et tout mis aux normes d’hygiène. À l’avenir, je souhaite travailler avec d’autres tatoueurs, dans un vrai shop.

Avec le nombre de salons existants, n’est-il pas risqué de te lancer là-dedans ?
À l’heure actuelle, tout est risqué à mes yeux. Il y a beaucoup d’offres et une plus faible demande dans de nombreux domaines et surtout dans l’artistique. Tout dépend de ton état d’esprit et de ta volonté. Je suis arrivé avec cette envie de faire du tatouage mon job. Du coup, ce n’est pas les mêmes enjeux que pour la personne qui fait ça pour «s’amuser».

Comment définirais-tu tes oeuvres ? As-tu vraiment un style qui t’est propre ?
Mon style est en constante évolution. C’est un style avec des lignes, ce que j’apporte de nouveau à ce style est des lignes de pinceau. C’est-à-dire des lignes avec des épaisseurs différentes, faire ressentir un mouvement dans le trait comme quand tu vois un pinceau de la calligraphie chinoise. J’ai été inspiré des estompes japonaises ou même le tatouage japonais. Mon genre évolue. Quand tu commences à plus tatouer, t’as envie d’essayer d’autres choses comme les dégradés de gris. Je ne vais pas te mentir, je recherche encore ce style qui me définira et que les gens reconnaîtront directement.

© Mojo Jojo

Tu es aussi dans le textile, peux-tu nous en parler ?
L’histoire est que j’arrivais gentiment au cap des 500 abonnés sur Instagram. Pour les dépasser, j’ai créé un concours qui stipulait : «À 500 abonnés, vous aurez une surprise». Les gens ont partagé, les abonnés ont augmenté rapidement et j’ai franchi le cap. J’ai sorti une petite série de t-shirts et de crewnecks [des pulls à col rond, ndlr.] pour l’occasion. Je voulais également savoir si mes habits intéresseraient mes abonnés. Seize articles ont été créés, j’en ai gardé deux, les quatorze autres sont partis. À la base, cela avait un objectif promotionnel, mais c’est devenu un second amour que je développe comme le tattoo. J’ai travaillé avec le sérigraphe Thomas de Colormakerz, le contact a été très bon. De nouveau, l’entraide entre artistes est importante.

© Mary P

Peut-on dire que tu arrives à vivre de ton art ?
Franchement, pas encore. Il y a des mois,  je fais 500 francs et d’autres plus. Mais pour le moment, cet argent est utilisé comme argent de poche. Je le redis, j’ai la chance d’habiter chez ma maman, je ne paie pas de loyer, car elle ne le veut pas. Je suis nourri, logé.

Quels sont tes projets pour cette nouvelle année ?
Être pleinement indépendant, fin 2019. Ce serait un magnifique cadeau ! J’aimerais continuer à progresser dans le tatouage, offrir de nouvelles oeuvres, mieux que celles d’hier. Je veux continuer à satisfaire ma clientèle, tout comme l’agrandir. (rires) Faire des rencontres, et pourquoi pas des collaborations. Pour ce qui est des habits, j’aimerai collaborer avec des mecs de la région qui bossent bien. Je suis sur une bonne lancée et je compte bien y rester !

Quel proverbe définit bien Mojo Jojo ?
Avec tout ce que j’ai vécu les trois-quatre dernières années, je dirais : «Tout vient à point à celui qui sait attendre».

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Arts

« Un acte d’une violence indicible », entre photo-reportage de guerre et photographie artistique

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L’exposition « Un acte d’une violence indicible » présente le projet du photographe lausannois Matthias Bruggmann. Lauréat de la deuxième édition du Prix Elysée, il nous emmène au coeur du conflit syrien, dans une réalité dure, mais dont la beauté artistique nous transporte.

Marmarita, Reef Homs, 11 septembre 2013, un des clichés de Matthias Bruggmann exposés au Musée de l’Elysée. – © Matthias Bruggmann – Courtesy Musée de l’Elysée – Galerie Polaris.

Matthias Bruggman – photographe suisse de 40 ans, né en France – est  diplômé de l’École de photographie de Vevey en 2003. Il co-fonde ensuite l’espace d’art contemporain Standard/Deluxe à Lausanne, en 2005. 

C’est en 2012, durant la fameuse ère du printemps arabe, que Matthias Bruggmann débute son projet sur la Syrie qui durera près de six ans. Il en fera premièrement un livre avant d’exposer ses images au musée. Son mot d’ordre : « mettre le public mal à l’aise en remettant en cause ses propres suppositions morales, et ainsi à essayer de susciter, chez un public occidental, une compréhension viscérale de la violence intangible qui sous-tend tout conflit ».

En effet, Matthias Bruggmann attribue une responsabilité particulière à l’Occident quant à son devoir de militer contre toute forme d’impunité, notamment via son influence mondiale. Le photographe désire inciter, même une seule personne, à lutter contre des crimes flagrants qui restent impunis. Cela peut se faire de diverses manières, comme « se battre contre l’administration Trump qui veut supprimer les tribunaux internationaux », selon l’exemple qu’il a donné dans une interview au Temps.

Matthias Bruggmann a déjà travaillé de façon engagée sur divers sujets conflictuels (l’Égypte, Haïti, l’Irak, la Somalie et la Libye) malgré les risques encourus dus à une montée de « l’internationalisation de l’information »La Syrie est une destination qui a fini par décourager beaucoup de journalistes. Le danger d’y perdre la vie y est trop élevé et les conséquences au retour du voyage peuvent être très lourdes. La particularité des clichés de Bruggman est qu’ils bousculent les normes et contournent les attentes en illustrant des situations complexes, parfois ambigües, tout en déconstruisant les principes de représentation de la photographie classique du réel. Ainsi, le spectateur est poussé à ce questionner sur ce qu’il voit.

Les photographies ne représentent pas toujours ce que l’on pense. Elles intriguent et laissent perplexe. Aucune légende n’est présente. Rien n’induit donc une réflexion nette et spécifique au premier regard. Le lecteur peut cependant se référer par la suite à des descriptions situées à la fin du livre ou à un fascicule mis à disposition à l’exposition. Matthias Bruggman avoue laisser volontairement les photographies brutes : « L’un des moyens utilisés consiste à pervertir les codes normalement employés dans la photographie documentaire pour accroître l’identification avec le sujet ». Un procédé fort et stratégique, qui en se positionnant entre deux pôles, photographie d’art d’un côté et photographie de guerre de l’autre, permet d’ancrer les images dans un espace-temps plus long. Cette manière de faire est opposée aux photos de presse qui sont bien souvent associées à une actualité, aussi vite exposées qu’oubliées…

Reef Idlib, 20 février 2013, un des clichés de Matthias Bruggmann exposés au Musée de l’Elysée – © Matthias Bruggmann / Courtesy Musée de l’Elysée /  Galerie Polaris

Malgré le fait qu’il ne s’agisse pas d’un photo-reportage de guerre, j’ai été surprise de ne pas avoir vu plus de clichés dits « frontaux »immortalisant le conflit de manière plus explicite et sanglante. Cette surprise provient sûrement de l’avertissement « violents pouvant heurter la sensibilité des personnes ». L’approche conceptuelle de Bruggmann casse alors des attentes et des idées qu’un individu lambda pourrait avoir d’une exposition sur ce genre de thématique délicate et conflictuelle. Bien évidemment, l’exposition reste dure à visionner car elle met en scène des évènements dramatiques, meurtriers et malheureusement encore d’actualité.

Finalement, il s’agit d’une guerre ensanglantée et d’un massacre exposé à un « public » saturé par des clichés et les informations médiatiques, qui le font tomber petit à petit dans l’apathie. Matthias Bruggmann critique d’ailleurs la tendance journalistique à ne pas prendre le temps d’étudier – sur le terrain – les véritables profondeur et complexité de ce qu’il se passe réellement. Les situations ne sont pas toujours ce qu’elles laissent paraitre au premier abord. C’est exactement ce que le photographe cherche à faire ressentir dans son travail. C’est donc sa façon à lui de tenter de sensibiliser plus intimement certaines personnes, au travers de clichés inhabituels et de manière originale… Et retenons que, même avec toute la bonne volonté du monde, comme il le dit plutôt bien : « On ne peut pas apprendre l’empathie à quelqu’un qui n’en a pas ». 

L’exposition « Un acte d’une violence indicible » est à voir au Musée de l’Elysée, jusqu’au 27 janvier 2019.

Informations et billetterie sur le site du Musée de l’Elysée.

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