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Eeeeh!, l’association hyperactive qui fait écho à travers les arts

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Quand on pense à Nyon, on pense très vite à trois festivals : Paléo pour la musique, Visions du Réel pour le cinéma ou encore Far° pour les arts vivants. Mais depuis près d’un an s’est installé Eeeeh!, le cri de ralliement de l’association éponyme qui s’investit quasi quotidiennement au cœur de la ville. Son épicentre, La Grenette, est un ancien marché couvert qui permet aujourd’hui des échanges d’un tout autre genre.

C’est entre deux accrochages, performances, événements, dans un espace rarement dénudé qu’on a rencontré Stéphanie Pfiester, Pierre Schwerzmann et Alexandre Démétriadès, trois des cinq co-fondateurs et membres du comité de Eeeeh!. Entièrement bénévoles, issus de différentes générations, ils sont eux-mêmes artistes ou ont une affinité particulière avec l’art. C’est assez logiquement qu’ils ont souhaité dédier cet espace aux arts plastiques – mais pas seulement – pour un public varié « qui ose donner son avis ».

Nourris par une intention sociale, inter-générationnelle et politique, il a fallu presque deux ans aux membres de l’association pour obtenir le lieu et tenter  de lui redonner une identité plus claire. Depuis le 27 janvier, La Grenette fait déjà, et désormais, office d’une sorte d’agora moderne où les citations « l’art pour l’art » et « l’art c’est la vie » prennent tout leur sens.

Interview réalisée le 16 octobre 2018

Slash : Ce lieu, avant Eeeeh!, manquait apparemment d’identité et déstabilisait le public nyonnais. Est-ce que vous pensez avoir renversé cela depuis que vous avez repris ce lieu en main ?

Pierre Schwerzmann : Si on a décidé de nous en occuper, c’est pour lui donner une identité, pas seulement resserrée autour de l’idée d’expositions, mais un lieu de rencontres, un lieu social. On l’a aussi obtenu grâce à ces arguments.

Stéphanie Pfiester : En presque une année on a réussi à faire en sorte que ce soit un lieu de rendez-vous. On ne voulait pas le refermer sur un milieu élitiste d’art contemporain, mais l’élargir en intégrant la musique et différentes formes d’activités. Cela a créé des liens assez vastes avec Lausanne et Genève.

« Interdisciplinarité » et « décloisonnement » ressortent énormément aujourd’hui dans la culture en général, pourquoi est-ce important pour votre association ?

SP : Pour ne pas rester dans un truc fermé avec des gens qui se connaissent. Le décloisonnement est important pour Eeeeh! dans le but de toucher la population plus largement. Il y a aussi une idée politique de rendre la ville de Nyon vivante de l’intérieur, dans un lieu de passage central qu’est la Place du Marché. Je pense que c’est important de ne pas être dans un lieu privé.

Le « Bureau des questions importantes » – terme qui interpelle – a eu lieu récemment, sept jours sur sept pendant deux semaines. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

SP : C’était un projet mené par Chloé Démétriadès, pour rendre ce lieu comme une petite maison qui a accueilli beaucoup de projets. C’était chaleureux, avec des discussions, des invitations à débattre, manger ensemble, voir des films, partager… C’était très riche. Le fait que ce soit tout le temps occupé, ça a aussi modifié la perception du lieu de la part des passants. L’idée était de faire en sorte que le lieu devienne un point important dans la ville.

Alexandre Démétriadès : De la part de Chloé, il y avait cette idée de questionner le rôle de l’artiste dans la cité. Quelle est son implication, comment potentiellement conjuguer ces deux choses. Un des projets invités était « Artiste ? Et sinon tu fais quoi ? ». On a invité des artistes et non-artistes à venir partager leurs questions dans ce lieu, en gardant la discussion centrée sur la dimension artistique.Le « Bureau des questions importantes » – © Eeeeh!

Des questions importantes, c’est quoi alors ?

PS : L’une d’entre elle était « bêtement » la façon de faire un composte. Comment on se sert de détritus, comment on peut générer une plus-value sur ses restes. Donc, il y avait aussi un aspect politique.

SP : Des questions qui touchent à l’écologie, au féminisme, des questions très actuelles et centrales.

PS : Il y avait plusieurs artistes invités pour travailler autour de ces questions importantes, dont Aurélie Dubois qui a traité des conquêtes de l’Ouest au 17ème siècle et qui questionnait cela à travers des films et des textes.

Vous aviez une intention de résidence artistique, de donner l’opportunité à des artistes d’ailleurs à venir créer dans cet espace. Est-ce que ça a eu lieu ?

SP : Oui, notamment une résidence artistique avec un ami sénégalais qui a été invité grâce à cet espace. On a fait le montage et des peintures murales ont recouvert tout le mur. Il y avait cette idée de résidence, car la peinture était très longue à réaliser, on a passé presque une semaine sur place. Et là aussi, c’est génial que ce soit ouvert sur l’extérieur. C’était intéressant de voir qu’il y avait sans arrêt du passage. L’idée de résidence, c’est d’inviter les artistes à travailler en public, pas de dormir ici évidemment, mais de mettre en place l’exposition progressivement.

PS : À l’occasion de cette exposition, il y avait un atelier de peinture sénégalaise sous verre pour des enfants, et des adultes. Un mélange générationnel.

SP : On va aussi faire l’exposition des 10 ans de Ripopée, notre maison d’édition, et collaborer avec beaucoup d’artistes principalement autour du dessin. On va inviter une cinquantaine d’artistes au mois de décembre pour travailler sur place. C’est aussi une idée de résidence, avec un atelier ouvert et le travail qui est visible.

Exposition de Mbaye Diop – © Eeeeh!

Il y a eu plus de 50 % d’artistes venus directement du district de Nyon. Comment expliquez-vous ce foisonnement important ?

SP : Entre Lausanne et Genève, il y a deux grandes écoles qui forment beaucoup beaucoup d’artistes. J’ai l’impression que ça fait beaucoup pour une région.

PS : Je pense qu’en amont, il y a eu un changement au niveau de la formation, avec les options spécifiques qui se sont mises en place dans les années 2000 et une possibilité pour les élèves de s’inscrire en « Arts visuels». Ça a généré quelque chose. Il y a eu un moment où s’était très fort. Au niveau du gymnase, il y avait du soutien au niveau des intervenants, de l’histoire de l’art, théorique et pratique. Ça a créé un foisonnement d’intérêt et curiosité pour quelque chose qui n’était pas présent avant.

Le mot « politique » est beaucoup ressorti lors de la discussion. Quelle est votre critique par rapport à la situation actuelle de la culture ?

PS : Le décloisonnement déjà, c’est politique aussi. Et puis la question des âges, puisque pour l’année prochaine, on a pensé à une ou deux possibilités pour mélanger les générations. Par exemple, un jeune artiste invitant un artiste de la génération précédente ou l’inverse. Et ça, c’est aussi politiquement pas très correct, car on sait que la loi du marché vise des groupes et tend à cloisonner pour leurs produits. On est pas là-dedans. Le type de fonctionnement qui est horizontal – qui est très peu pratiqué quoi qu’on en dise – est assez exemplaire pour moi, c’est une leçon de liberté de travailler de cette façon-là.

AD : Il y a un phénomène à deux facettes. Les gens commencent à avoir conscience que la culture est un investissement qui rapporte de l’argent à la collectivité. Mais il faut aussi légitimer la culture qui ne doit pas forcément toujours rapporter de l’argent mais avoir juste une valeur symbolique. C’est particulièrement précieux. Il ne faut pas tomber dans une vision que économique, surtout pas… Même si par ses bons aspects cela permet de légitimer la place de la culture, il faut continuer d’investir dans la culture qui ne va pas forcément rapporter mais mettre en lien les gens.

Le bilan semble très positif ! Alors qu’est-ce qu’on peut souhaiter à Eeeeh! ?

PS : Beaucoup de mécènes (rires)… Les artistes sont là.

AD : De continuer d’asseoir notre place sur le bassin alémanique. C’est quand même assez rare de voir des gens venir de Lausanne et Genève. Ce ne sont pas des paroles en l’air et c’est toujours difficile à faire. Mais aussi de toujours de continuer l’ancrage dans la ville.

Du 16 au 25 novembre prochains, retrouvez, à La Grenette, les installations et interventions de Cécile Tonizzo.

Eeeeh! est sur Facebook, sur Instagram et a un site web.

Arts

James Holden et Ramon Llull mis en lumière lors d’une soirée particulière à l’EPFL

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James Holden – Droits réservés

C’est un fructueux partenariat entre l’ArtLab de l’EPFL et le festival Electrosanne qui a offert à un public hétéroclite une visite de l’exposition « Thinking Machines », ainsi qu’un concert gratuit au forum du Learning Center, ce jeudi 15 novembre.

Une exposition complexe mais passionnante à l’ArtLab

En première partie de soirée, une visite de l’exposition « Thinking Machines » – dans le bâtiment construit en 2017 de l’ArtLab, le laboratoire d’art et de science de l’EPFL – était proposée. Consacrée à Ramon Llull, un scientifique espagnol du 14e siècle, l’exposition est composée d’œuvres d’art contemporaines et d’une partie plus explicative et historique de la pensée de ce chercheur, qui a influencé la manière de créer les algorithmes que nous connaissons aujourd’hui. Entre science et art, l’on reste, en sortant de cette exposition, un peu perplexe. On y apprend certes des choses, mais on ne saurait dire lesquelles. On se trouve dans l’incapacité d’expliquer précisément ce qu’est une « pensée computationnelle ». Dommage…

©  « Thinking Machines » ArtLab/EPFL

Si les notions d’algorithmes et d’expérimentations artistique vous intéressent, et que vous n’avez pas peur des sciences dures, cette exposition est faite pour vous. Avec des œuvres plus ou moins accessibles, l’exposition nous permet de nous intéresser au sujet vaste et intriguant qu’est la pensée computationnelle.

James Holden and the animal spirit

 

En deuxième partie de soirée, en collaboration avec Electrosanne, l’ArtLab de l’EPFL nous a proposé une soirée dans le forum du Learning Center. Salle de cours en journée, elle s’est transformée, le temps d’une soirée, en salle de concert. Le lieu n’a pas l’air propice au concert, assis et sans bar l’on se retrouve dérouté.

© Electrosanne

Mais, nous voilà surpris ; un lieu aussi terne que ce forum a repris une âme avec la présence de James Holden. Anglais d’origine, le producteur de musique électronique revient en Suisse avec son nouvel album sorti l’année passée : « The Animal Spirits ».

Assis en tailleur au centre de la salle avec toute une installation de synthétiseur, il est entouré de deux saxophonistes, d’un batteur et d’un percussionniste. Le concert commence et la musique envoutante prend le dessus sur le public. Les gens se taisent, la salle se plonge alors dans un silence presque religieux et l’on se laisse emporter.

Le pouvoir mystique de l’œuvre de James Holden prend le dessus sur les machines qu’il utilise. Ce que l’on pourrait qualifier d’électronique et froid en apparence reprend vie. Proche de l’animisme avec le morceau « Incantation For Inanimate Object », l’inspiration chamanique du producteur est présente dans la salle et touche tous les spectateurs. Chaque fin de chanson se termine sous un tonnerre d’applaudissement, probablement touché, James Holden répond par de timides remerciements.

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À la sortie de la salle, tout le monde est conquis, on se sent privilégié d’avoir pu participer à ce moment musical hors du temps. La seule envie qui nous vient alors c’est d’en avoir plus. Tant mieux, l’ArtLab commence furieusement à s’imposer dans le monde culturel lausannois.

 « Thinking Machines » est exposé jusqu’au 10 mars 2019. Informations sur leur site web.s

James Holden est sur Facebook.

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« Un acte d’une violence indicible », entre photo-reportage de guerre et photographie artistique

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L’exposition « Un acte d’une violence indicible » présente le projet du photographe lausannois Matthias Bruggmann. Lauréat de la deuxième édition du Prix Elysée, il nous emmène au coeur du conflit syrien, dans une réalité dure, mais dont la beauté artistique nous transporte.

Marmarita, Reef Homs, 11 septembre 2013, un des clichés de Matthias Bruggmann exposés au Musée de l’Elysée. – © Matthias Bruggmann – Courtesy Musée de l’Elysée – Galerie Polaris.

Matthias Bruggman – photographe suisse de 40 ans, né en France – est  diplômé de l’École de photographie de Vevey en 2003. Il co-fonde ensuite l’espace d’art contemporain Standard/Deluxe à Lausanne, en 2005. 

C’est en 2012, durant la fameuse ère du printemps arabe, que Matthias Bruggmann débute son projet sur la Syrie qui durera près de six ans. Il en fera premièrement un livre avant d’exposer ses images au musée. Son mot d’ordre : « mettre le public mal à l’aise en remettant en cause ses propres suppositions morales, et ainsi à essayer de susciter, chez un public occidental, une compréhension viscérale de la violence intangible qui sous-tend tout conflit ».

En effet, Matthias Bruggmann attribue une responsabilité particulière à l’Occident quant à son devoir de militer contre toute forme d’impunité, notamment via son influence mondiale. Le photographe désire inciter, même une seule personne, à lutter contre des crimes flagrants qui restent impunis. Cela peut se faire de diverses manières, comme « se battre contre l’administration Trump qui veut supprimer les tribunaux internationaux », selon l’exemple qu’il a donné dans une interview au Temps.

Matthias Bruggmann a déjà travaillé de façon engagée sur divers sujets conflictuels (l’Égypte, Haïti, l’Irak, la Somalie et la Libye) malgré les risques encourus dus à une montée de « l’internationalisation de l’information »La Syrie est une destination qui a fini par décourager beaucoup de journalistes. Le danger d’y perdre la vie y est trop élevé et les conséquences au retour du voyage peuvent être très lourdes. La particularité des clichés de Bruggman est qu’ils bousculent les normes et contournent les attentes en illustrant des situations complexes, parfois ambigües, tout en déconstruisant les principes de représentation de la photographie classique du réel. Ainsi, le spectateur est poussé à ce questionner sur ce qu’il voit.

Les photographies ne représentent pas toujours ce que l’on pense. Elles intriguent et laissent perplexe. Aucune légende n’est présente. Rien n’induit donc une réflexion nette et spécifique au premier regard. Le lecteur peut cependant se référer par la suite à des descriptions situées à la fin du livre ou à un fascicule mis à disposition à l’exposition. Matthias Bruggman avoue laisser volontairement les photographies brutes : « L’un des moyens utilisés consiste à pervertir les codes normalement employés dans la photographie documentaire pour accroître l’identification avec le sujet ». Un procédé fort et stratégique, qui en se positionnant entre deux pôles, photographie d’art d’un côté et photographie de guerre de l’autre, permet d’ancrer les images dans un espace-temps plus long. Cette manière de faire est opposée aux photos de presse qui sont bien souvent associées à une actualité, aussi vite exposées qu’oubliées…

Reef Idlib, 20 février 2013, un des clichés de Matthias Bruggmann exposés au Musée de l’Elysée – © Matthias Bruggmann / Courtesy Musée de l’Elysée /  Galerie Polaris

Malgré le fait qu’il ne s’agisse pas d’un photo-reportage de guerre, j’ai été surprise de ne pas avoir vu plus de clichés dits « frontaux »immortalisant le conflit de manière plus explicite et sanglante. Cette surprise provient sûrement de l’avertissement « violents pouvant heurter la sensibilité des personnes ». L’approche conceptuelle de Bruggmann casse alors des attentes et des idées qu’un individu lambda pourrait avoir d’une exposition sur ce genre de thématique délicate et conflictuelle. Bien évidemment, l’exposition reste dure à visionner car elle met en scène des évènements dramatiques, meurtriers et malheureusement encore d’actualité.

Finalement, il s’agit d’une guerre ensanglantée et d’un massacre exposé à un « public » saturé par des clichés et les informations médiatiques, qui le font tomber petit à petit dans l’apathie. Matthias Bruggmann critique d’ailleurs la tendance journalistique à ne pas prendre le temps d’étudier – sur le terrain – les véritables profondeur et complexité de ce qu’il se passe réellement. Les situations ne sont pas toujours ce qu’elles laissent paraitre au premier abord. C’est exactement ce que le photographe cherche à faire ressentir dans son travail. C’est donc sa façon à lui de tenter de sensibiliser plus intimement certaines personnes, au travers de clichés inhabituels et de manière originale… Et retenons que, même avec toute la bonne volonté du monde, comme il le dit plutôt bien : « On ne peut pas apprendre l’empathie à quelqu’un qui n’en a pas ». 

L’exposition « Un acte d’une violence indicible » est à voir au Musée de l’Elysée, jusqu’au 27 janvier 2019.

Informations et billetterie sur le site du Musée de l’Elysée.

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